Norda Stelo réduit ses activités

La firme de génie-conseil, anciennement Roche, a été éclaboussée en mars 2016 par des accusations pénales.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir La firme de génie-conseil, anciennement Roche, a été éclaboussée en mars 2016 par des accusations pénales.

La firme de génie-conseil Norda Stelo, qui a tiré un trait sur le nom Roche en décembre 2015, a récemment effectué des mises à pied qui ont contribué à réduire son niveau de personnel à 950 employés, comparativement à environ 1200 il y a un an.

L’entreprise de Québec a fourni ces chiffres lorsque Le Devoir lui a demandé mardi d’expliquer un communiqué, affiché sur son site Internet depuis la veille, concernant l’abandon de travaux civils auprès des municipalités et le licenciement graduel d’une centaine de personnes.

Selon l’entreprise, le « réalignement s’accompagne d’une série de mesures visant à améliorer la performance de l’organisation et sa compétitivité ». La diminution des effectifs est le résultat de mises à pied temporaires et permanentes, a indiqué la direction, de même que d’un certain nombre de départs volontaires. Même en novembre 2015, l’entreprise comptait encore environ 1200 employés, a indiqué la direction.

« L’Association des firmes de génie-conseil a déjà estimé que le secteur québécois est passé de 24 000 à 18 000 emplois » depuis les révélations sur les pratiques du milieu de la construction en 2013, a affirmé en entrevue le président de Norda Stelo, Alex Brisson. « Il y a un enjeu de confiance, mais aussi un ralentissement majeur au chapitre des travaux d’infrastructure au Québec et une baisse du prix des ressources naturelles. »

Les services de travaux municipaux qui seront délaissés comprennent les trottoirs, l’eau potable, les égouts, etc. « C’est un marché archi, archicompétitif », a dit M. Brisson. « Avec les 6000 pertes d’emplois, il y a eu la création de beaucoup de petits bureaux d’ingénieurs, qui ont une stratégie visant à réduire les prix. Pour une entreprise comme la nôtre, qui a une infrastructure assez importante, ça devient très, très difficile d’être compétitif dans ce marché-là. »

Les contrats déjà en cours dans le monde municipal seront menés à terme, a dit Norda Stelo. Dans les créneaux du transport et des services aux clients industriels et étrangers, les services continuent.

Le gouvernement fédéral a profité du budget Morneau pour annoncer des investissements majeurs en infrastructures, mais il faudra du temps pour voir la couleur de ces projets car « ça doit passer par le gouvernement provincial et les municipalités ».

UPAC

Norda Stelo a obtenu en 2014 l’autorisation de l’Autorité des marchés financiers (AMF) pour participer à des appels d’offres publics, et l’entreprise possède encore cette accréditation, a insisté M. Brisson, qui dirige l’entreprise depuis 2013.

La firme a été éclaboussée en mars 2016 par des accusations pénales pour des agissements allégués qui auraient eu lieu avant 2011. Les accusations de nature fiscale — portant sur des crédits et des remboursements de taxe sur des intrants — touchent un certain nombre de personnes ayant déjà travaillé pour la compagnie, dont M. Brisson. Ce dernier n’a pas voulu aller dans les détails du dossier, mais a indiqué qu’« on va plaider non coupable ».

Invité à dire si l’UPAC a envoyé un avis quelconque, un porte-parole de l’AMF a déclaré ce qui suit. « Comme pour tout autre dossier similaire, l’UPAC a le pouvoir en tout temps d’effectuer des vérifications à l’égard des entreprises autorisées et elle doit transmettre un avis à l’AMF si elle constate que la validité d’une autorisation est susceptible d’être affectée par de nouvelles informations, a dit le porte-parole, Sylvain Théberge. Si les faits et circonstances le justifient, l’Autorité peut alors révoquer une autorisation. »

Le nouveau nom de l’entreprise dévoilé en décembre 2015 signifie « étoile du nord » en espéranto. À l’époque, M. Brisson avait affirmé en entrevue que « ce n’est pas cosmétique, c’est une modification qui vient de la base, et notre modèle d’affaires repose vraiment sur une relation de confiance avec nos clients ».

L’entreprise a été fondée dans les années 60 par Charles E. Rochette. Elle compte une quarantaine de bureaux, situés en grande partie au Canada.

3 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 4 mai 2016 09 h 49

    Le lourd fardeau d'un énorme manque de concurrence

    Ces propos émanant du dirigeant d'une grande entreprise aident à comprendre l'impact d'un manque illégal de concurrence dans un secteur d'activité: « (...) il y a eu la création de beaucoup de petits bureaux d’ingénieurs, qui ont une stratégie visant à réduire les prix. Pour une entreprise comme la nôtre, qui a une infrastructure assez importante, ça devient très, très difficile d’être compétitif dans ce marché-là. ». Je n'écris pas qu'il faille absolument valoriser une totale concurrence, mais pendant des décennies réussir le contraire a gaspillé, peu important la bonne foi des donneurs d'ouvrage public, une bonne partie de leurs ressources financières. Il ne suffit pas d'affirmer que la qualité des travaux concernés fut excellente: il faut aussi se rappeler que certains travaux et services ne furent pas faits ou rendus, par exemple dans le secteur de la santé, parce qu'il n'y avait plus d'argent pour eux.

    • Sylvain Auclair - Abonné 4 mai 2016 14 h 47

      Il me semblait qu'une grande taille permettait des économies d'échelle? Ce n'est plus vrai?

  • Sylvain Auclair - Abonné 4 mai 2016 12 h 51

    On se moque déjà du nom

    Norda stelo, ce sont deux mots en espéranto et ça veut dire Étoile du nord. Mais, en ajoutant un circonflexe, on obtient Norda ŝtelo, qui veut dire: vol du norda... Vol comme dans voleur.