Pour calmer les critiques - La Bourse de New York se tourne vers l'électronique

New York — La Bourse de New York, dernière grande place financière du monde à ne pas être totalement automatisée, ouvre la porte à davantage de transactions électroniques pour faire taire les critiques qui l'accusent d'être obsolète.

Son p.-d.g., John Thain, frappe ainsi un grand coup trois semaines après son entrée en fonction en s'attaquant au point sensible de la célèbre institution: son système de transactions aux enchères et à la criée, organisé autour de personnages pivots, les teneurs de marché.

Ces derniers sont chargés de la bonne exécution au meilleur prix possible des ordres boursiers. Ils doivent aussi s'assurer de la fluidité des transactions, quitte à injecter leurs propres fonds dans le marché. Les teneurs de marché s'étaient retrouvés sur la sellette à l'automne lorsque le New York Stock Exchange (NYSE) a infligé des amendes à cinq d'entre eux pour avoir abusé de leur position afin de s'enrichir personnellement.

De nombreuses voix se sont élevées depuis un an pour critiquer le système d'échanges du NYSE, à l'instar de l'American Entreprise Institute, un groupe de réflexion de Washington, qui l'a maintes fois qualifié d'«anachronique» et souligné que «le rôle des teneurs de marché est lourd de conflits d'intérêts».

Mesures radicales

En décidant, comme il l'annoncé jeudi soir, de lever les restrictions limitant le recours aux transactions informatisées sur son parquet, le NYSE a donc pris des mesures radicales pour faire cesser ces attaques. «Cela pourrait avoir un impact majeur, car cela devrait enlever une partie de l'activité du parquet aux teneurs de marché, et ainsi affaiblir leur position», juge ainsi Peter Cardillo, principal stratège boursier de SW Bach.

Les transactions électroniques représentent pour le moment 7 % du total des ordres boursiers passés au NYSE. Ceux-ci sont ainsi exécutés en une seconde contre 13 secondes pour un ordre qui passe par le système d'enchères de la Bourse à travers les teneurs de marché. «Selon la réponse de nos clients» à ces changements, le système de transactions pourrait se trouver radicalement transformé, a admis Ray Pellechia, porte-parole de la place financière.

Mais selon lui, «beaucoup de clients préfèrent que leur ordre passe par le système d'enchères, car ils peuvent parfois profiter d'un meilleur prix». «Pour traiter un ordre complexe, vous pouvez avoir besoin d'un être humain», renchérit Larry Wachtel, principal stratège boursier de Prudential Securities.

Venant de la part de John Thain, familier de la technologie des marchés qui s'était déjà publiquement prononcé en faveur des transactions électroniques au NYSE, les réformes annoncées jeudi soir ne sont donc pas une réelle surprise.

Au mois de novembre, il avait ainsi déclaré lors d'une conférence d'investisseurs que le NYSE allait «devoir passer à un système de transactions hybride».

M. Thain s'emploie par ailleurs à redorer la réputation de la direction du NYSE, très écornée après le scandale de la rémunération astronomique de 140 millions $US de l'ancien p.-d.g. Dick Grasso, poussé à la démission en septembre.

Si le nouveau p.-d.g. a assuré jeudi soir lors d'une conférence de presse que le NYSE n'engagerait pas seul des poursuites contre M. Grasso, il n'a pas exclu de s'associer à une action de la Commission des opérations de Bourse américaine (SEC) ou du ministre de la Justice de l'État de New York, Eliot Spitzer, qui enquêtent sur le dossier.

John Thain a aussi profité de la nomination d'une nouvelle directrice financière, Amy Butte, pour mettre le holà à l'escalade des salaires des principaux dirigeants du NYSE. Leurs rémunérations seront réduites de 10 à 20 %, a-t-il affirmé.