Beppe Grillo ou la face comique du scandale Parmalat

Rome — Ni les épargnants, ni les autorités italiennes n'ont vu venir le désastre financier du géant de l'agroalimentaire italien Parmalat, mais un homme l'avait annoncé: le comique Beppe Grillo qui a été entendu dans l'enquête sur le krach.

«Ils m'ont appelé de la garde des Finances, un peu embarrassés... et hop, me voilà parti avec ma petite valise», raconte l'acteur qui rit encore de cette audition tout ce qu'il y a de plus sérieuse le 16 janvier à Plaisance en tant que «première personne à avoir mis en évidence le scandale».

Barbu, le cheveu frisé, 55 ans, Beppe Grillo s'est fait une spécialité dans ses spectacles de dénoncer les arnaques légales. Intarissable, il n'épargne personne et les grandes entreprises sont l'une de ses cibles favorites.

Il y a quelques années, lors d'un spectacle à Gênes, sa ville natale, il a épinglé Parmalat: «13 000 milliards [de lires] de dettes pour 13 000 milliards de chiffre d'affaires, dans un monde normal, ce serait la banqueroute assurée!»

La réplique a fait mouche, mais avec un peu de retard, et plus personne ne rit: 14 milliards d'euros se sont volatilisés dans les comptes du groupe italien et plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été lésées.

À l'origine de son information, un souper avec un cadre de Parmalat rencontré en 2001 à la fin de son spectacle à Parme qui a évoqué ces chiffres, explique-t-il. «Je ne suspectais pas des choses cachées. J'ai simplement fait un raisonnement logique», soutient l'acteur qui cite à tout bout de champ tantôt sa grand-mère, tantôt le Prix Nobel d'économie américain Joseph Stiglitz.

La vérité sort-elle de la bouche des humoristes? «Je ne sais pas. Cela devrait être à la télévision, aux journaux de dire ces trucs-là, pas à un comique», dit-il.

Prendre de l'avance

Aux enquêteurs, il a raconté qu'il passait sept mois de l'année à lire, à s'informer et même à étudier des bilans d'entreprise. Les trois mois restants, il est en tournée et fait salle comble sans l'aide d'une seule publicité. «J'ai laissé aux enquêteurs mes monologues sur Fiat et Telecom Italia... et je leur ai dit: comme ça, vous prendrez de l'avance.» Plus sérieux, il déplore la situation de son pays. «L'Italie est en train de devenir un magasin dont la vitrine est pleine de lumières, mais avec rien à l'intérieur.»

Débordant d'énergie, il doit se défendre contre une dizaine de poursuites judiciaires.

Père de six enfants, dont la plus jeune porte encore des couches et marié à une Italienne d'origine iranienne, Beppe Grillo a débuté en 1968 en chantant Brel et Brassens dans les cabarets.

«Le risque maintenant est que je me prenne au sérieux et que les gens viennent prendre des notes pendant mes spectacles», conclut-il.