Manuvie: le Québec perd une vice-présidence au profit de l’Ontario

Avant de diriger Manuvie au Québec, Charles Guay a été le président des activités canadiennes de Standard Life pendant trois ans.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Avant de diriger Manuvie au Québec, Charles Guay a été le président des activités canadiennes de Standard Life pendant trois ans.

Manuvie met un terme à la double fonction qu’occupe son plus haut gradé québécois, Charles Guay, qui dirige depuis un an les marchés institutionnels canadiens pour l’assureur tout en agissant comme président des activités au Québec. La responsabilité des marchés sera transférée à Waterloo, en Ontario.

Père de quatre enfants âgés de 3 à 11 ans, M. Guay a annoncé aux employés lundi qu’il va quitter ses fonctions afin de passer du temps avec sa famille, une décision qui survient alors que sa vie professionnelle vibre à un rythme « frénétique », dit-il.

Du coup, la vice-présidence des marchés institutionnels canadiens se retrouvera dès juin entre les mains de Sue Reibel, basée à Waterloo, en Ontario, où se situe le quartier général des activités canadiennes. Quant au poste de président pour le Québec, M. Guay conserve ce poste pour l’instant, mais partira aussitôt que l’entreprise aura trouvé quelqu’un pour lui succéder.

« On peut appeler ça une sabbatique », a dit M. Guay, âgé de 43 ans, lors d’un entretien téléphonique en évoquant une absence de 9 à 18 mois. « J’ai quatre enfants qui sont âgés de 3 à 11 ans. Ma vie professionnelle se déroule à un rythme frénétique depuis au moins 10 ans. J’avais promis à mon épouse que je ralentirais, mais c’est exactement le contraire qui s’est produit. »

« J’adore mon travail et les gens avec lesquels je travaille, mais je sens que je suis très loin du genre d’équilibre que j’aimerais avoir dans ma vie avec mes enfants. Le moment critique, c’est maintenant, pas dans 10 ou 20 ans », a ajouté M. Guay.

Avant de diriger Manuvie au Québec, M. Guay a été le président des activités canadiennes de Standard Life pendant trois ans. Auparavant, il a occupé plusieurs postes de direction à la Banque Nationale.

Normalement, la décision d’envoyer un poste de Montréal vers l’Ontario serait susceptible de faire jaser dans le milieu financier, mais la direction de Manuvie, un assureur dont le siège mondial est ancré à Toronto, insiste sur l’importance du Québec.

Selon Marianne Harrison, directrice générale de Manuvie pour l’ensemble du Canada, la double fonction occupée par M. Guay est « très, très difficile ».« Chacun de ces deux rôles demande beaucoup de concentration », a-t-elle dit au Devoir. « Une des raisons pour lesquelles on a acheté Standard Life, c’est parce que l’entreprise est située au Québec et nous voulons vraiment augmenter notre présence ici. »

« Décevant »

Selon le directeur de l’Institut sur la gouvernance (IGOPP), Michel Nadeau, il est « bien triste » et « décevant » de voir une responsabilité quitter Montréal. « Avec M. Guay, c’était bien prometteur. Son successeur sera le “Québec man”, sans lien d’autorité souvent. Toutes les divisions fonctionnelles relèvent de Toronto. On n’arrive pas à trouver une formule qui permettrait à des gens ayant des fonctions nationales de travailler à partir de Montréal. »

Manuvie a annoncé l’achat des activités canadiennes de Standard Life — un géant écossais — pour 4 milliards en 2014. Dans le cadre de la transaction, la Caisse de dépôt et placement du Québec a acquis pour 500 millions en actions de Manuvie. La transaction a été conclue au début de 2015. La direction des deux entreprises a mis les bouchées doubles pour intégrer les deux corps d’effectifs, ce qui s’est soldé par un certain nombre de licenciements chez Standard Life à Montréal.

« Charles nous a beaucoup impressionnés en très peu de temps. Il s’est acquitté de son rôle avec distinction et nous restons en très bons termes », a affirmé dans un communiqué le grand président de Manuvie, Donald A. Guloien. « Charles est un excellent dirigeant et un cadre de grand talent. Nous serions ravis de le revoir parmi nous un jour, si les circonstances lui permettent de revenir. »