Fin de la réunion du G7 - La reprise risque d'être mise en péril par les mouvements de changes

Boca Raton, Floride — Les cambistes réfléchiront peut-être à deux fois avant de faire baisser fortement le dollar alors que le groupe des sept pays industrialisés les plus riches du monde ont mis en garde samedi contre les conséquences négatives pour l'économie mondiale de mouvements erratiques sur les changes.

Une phase d'observation risque toutefois de s'ouvrir entre les intervenants du marché des changes et les autorités monétaires, les premiers cherchant à donner des contours plus précis aux termes employés dans le communiqué du G7 comme «volatilité excessive» ou «marchés désordonnés». Ils chercheront surtout à déterminer si les pays du G7 sont tombés d'accord sur le principe et sur un éventuel calendrier d'interventions concertées sur le marché des changes.

Les économistes de marché soulignent que le communiqué du G7 peut bien avoir renforcé les perspectives d'une intervention des banques centrales pour contrer de nouveaux décrochages du dollar notamment par rapport à l'euro. Mais ils ajoutent que cela ne suffira pas pour inverser la tendance à long terme de dépréciation de la devise américaine.

«Quand nous allons tous nous mettre à disséquer ce message, nous pourrions bien nous apercevoir que les Européens et les Américains sont tombés d'accord sur la formulation mais pas sur son interprétation» déclare ainsi Steven Englander, stratégiste sur les changes pour Barclays Capital à New York. «Au delà des efforts communs pour parvenir à un accord sur une phrase du communiqué, le degré de coopération entre les membres du G7 est probablement assez limité» poursuit-il.

Les ministres des Finances et les banquiers centraux ont estimé samedi, au terme de deux jours de réunion dans la très chic station balnéaire de Boca Raton, en Floride, que l'économie mondiale allait mieux mais que la reprise, inégale selon les pays, risquait d'être mise en péril par des mouvements de change brutaux.

«Une volatilité excessive et des mouvements désordonnés des taux de change ne sont pas souhaitables pour la croissance économique» indique le G7 dans son communiqué final. «Nous continuons à surveiller de près les marchés des changes» poursuit le communiqué en évoquant une éventuelle coopération le cas échéant.

Le communiqué constitue une tentative calculée de rectifier le tir après la réunion de septembre dernier à Dubaï dont le communiqué final avait prôné davantage de souplesse sur la question des devises, ce qui avait été interprété par les marchés comme un encouragement à la baisse du dollar.

Le billet vert a perdu depuis 10 % supplémentaire par rapport à l'euro. Au cours des deux dernières année, la devise américaine a baissé d'environ 30 % contre l'euro et de 20 % contre le yen.



Divergences d'interprétation

Le communiqué final de la réunion de Boca Raton reprend l'appel à une plus grande flexibilité, mais en le formulant différemment et en l'appliquant «aux principaux pays et zones économiques qui manquent d'une telle flexibilité». Ce passage du communiqué vise apparemment les pays d'Asie qui lient artificiellement leur devise à d'autres, et avant tout la Chine, dont la devise, le yuan, est arrimée de façon quasiment fixe au dollar depuis près de dix ans. Le communiqué ne fait pas non plus référence explicitement au Japon, dont la banque centrale intervient pourtant presque quotidiennement pour freiner l'appréciation du yen par des achats massifs de dollar sur le marché des changes.

Après les longues heures de débats et de négociations nécessaires à l'élaboration d'un compromis sur le communiqué, les ministres des Finances comme les banquiers centraux du G7 se sont montrés très réticents à en commenter les termes.

Les principales indications sur son interprétation sont venues des délégations européennes qui se sont attachées à souligner que la référence à plus grande flexibilité de la part de pays asiatiques ne devait pas être confondue avec leurs propres positions sur les mouvements de l'euro contre le dollar.

Le gouverneur de la Banque du Canada a quant à lui précisé que le communiqué ne voulait pas signifier que les mouvements sur les marchés des changes avaient été désordonnés jusqu'à présent, mais qu'il constituait une mise en garde contre de pareils développements.

Pour certains économistes, une intervention pour soutenir le dollar est désormais plus qu'une éventualité. Mais ils soulignent que les marchés ne devraient guère inverser la tendance actuelle, au moins jusqu'à ce qu'une telle intervention apparaisse imminente.

Pour Marcel Kasumovitch, stratégiste sur les changes pour Merrill Lynch à New York, les marchés continueront de faire monter l'euro mais devront sans doute tenir compte du risque accru d'une intervention de la Banque centrale européenne.

L'apparente indifférence manifestée par les Américains au soutien apporté par un dollar faible à leurs exportations, en pleine année électorale, peut être considéré comme une victoire.

Les termes du communiqué du G7 étaient dans l'ensemble très proches de ceux employés au cours des dernières semaines par la Banque centrale européenne ou les ministres des Finances de l'Eurogroup.