Mario Draghi hausse le ton

Mario Draghi : « Nous avons pour mandat de chercher à atteindre la stabilité des prix pour toute la zone euro, pas seulement pour l’Allemagne. »
Photo: Thierry Charlier Agence France-Presse Mario Draghi : « Nous avons pour mandat de chercher à atteindre la stabilité des prix pour toute la zone euro, pas seulement pour l’Allemagne. »

Quelques semaines après avoir musclé son action devant une inflation léthargique, la BCE a demandé jeudi qu’on laisse du temps à ses mesures pour dévoiler pleinement leurs effets, mais exigé le soutien actif des gouvernements.

« Nos mesures fonctionnent, elles sont efficaces, laissez-leur juste du temps pour montrer pleinement leurs effets », a plaidé son président, Mario Draghi, lors d’une conférence de presse. Mais cela ne peut se faire tout seul. « Afin de récolter pleinement les fruits de nos mesures de politique monétaire, d’autres sphères de décision doivent contribuer de façon beaucoup plus appuyée, au niveau national et au niveau européen », a-t-il insisté avec un ton plus véhément qu’à l’habitude.

La politique de la BCE est « la seule à soutenir la croissance » depuis quatre ans, a-t-il regretté, reprochant aux gouvernements de ne pas avoir lancé les réformes structurelles indispensables. Le président de l’institution monétaire s’exprimait à Francfort à l’issue de la réunion régulière du conseil des gouverneurs, qui a décidé, sans surprise, de maintenir ses taux d’intérêt directeurs à leurs niveaux historiquement bas.

« Nous avons pour mandat de chercher à atteindre la stabilité des prix pour toute la zone euro, pas seulement pour l’Allemagne, a dit M. Draghi. Nous obéissons à la loi, pas aux politiques, parce que nous sommes indépendants », a insisté le président de la BCE, s’exprimant officiellement pour la première fois après une récente vague de critiques germaniques.

La guerre des mots pourrait toutefois bien se poursuivre puisque la banque centrale, mise en échec depuis de longs mois par une inflation désespérément basse, a encore promis jeudi d’utiliser tous les instruments disponibles dans le cadre de son mandat, si nécessaire. L’Italien a notamment répété que les taux directeurs de l’institution pourraient aller encore plus bas que leur niveau actuel.

Pour Marcel Fraztscher, président de l’institut économique allemand DIW, « la BCE a donné un signal clair de la poursuite de la politique expansive. […] La politique des taux zéro va se poursuivre au moins trois ou quatre ans ».

Pénalisés par le recul des cours du pétrole, les prix ont fait du surplace en mars, après un recul de 0,2 % en février, là où la banque centrale vise une « inflation proche mais inférieure à 2 % ».