Québec n’investira pas dans Couche-Tard

Le ministre des Finances, Carlos Leitão, n’a pas retenu la suggestion de la CAQ d’investir quelques milliards dans Couche-Tard.
Photo: Jacques Boissinot La Presse Canadienne Le ministre des Finances, Carlos Leitão, n’a pas retenu la suggestion de la CAQ d’investir quelques milliards dans Couche-Tard.

L’achat d’un important bloc d’actions d’Alimentation Couche-Tard pour s’assurer que la multinationale demeure sous contrôle québécois ne figure pas dans les plans du gouvernement Couillard.

Le ministre des Finances, Carlos Leitão, a estimé jeudi qu’il ne revenait pas à l’État d’investir massivement dans des entreprises. « Nous ne sommes pas dans un régime de capitalisme d’État, a-t-il dit au cours d’une mêlée de presse dans les couloirs de l’Assemblée nationale. Nous ne sommes pas dans un régime soviétique. »

M. Leitão aimerait mieux faire appel à Investissement Québec (IQ), qui pourrait servir de catalyseur afin de mettre sur pied un groupe d’actionnaires capable de détenir un certain pourcentage de la multinationale. « Ce n’est pas IQ qui va dépenser tous ces milliards, a-t-il assuré. On peut attirer d’autres investisseurs privés québécois pour créer un bloc de contrôle. C’est l’objectif. »

Sa collègue à l’Économie, Dominique Anglade, a abondé dans le même sens, affirmant qu’il ne fallait pas envoyer le message que « le Québec était prêt à nationaliser » toutes ses entreprises. Investissement Québec, qui ne détient pas d’actions de Couche-Tard, a déjà fait part de son intention d’approcher l’entreprise, à un moment qui n’a toutefois pas encore été précisé.

Le ministre des Finances a ainsi rejeté la suggestion du chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, d’octroyer « plusieurs milliards de dollars » à cette société d’État par l’entremise du Fonds des générations pour intervenir. D’après M. Legault, il manque entre 6 et 8 % d’appuis aux dirigeants de Couche-Tard afin d’obtenir le seuil de 66,6 % nécessaire à la prolongation du statut des actions multivotantes. Autrement, ces titres à 10 votes par action cesseront d’exister une fois que le dernier des quatre fondateurs de la société, Jacques D’Amours, fêtera son 65e anniversaire, en décembre 2021.

Si les actionnaires refusent de changer leur fusil d’épaule, le président du conseil exécutif et actionnaire de contrôle, Alain Bouchard, pourrait envisager une vente de l’entreprise, a-t-il laissé entendre en entrevue à La Presse. M. Bouchard, qui détient 38,9 % de ces actions de catégorie A, estime que des actionnaires torontois de l’entreprise sont en grande partie responsables de ce blocage.

Selon le chef caquiste, IQ pourrait également demander à la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui détient 26,9 millions d’actions de catégorie B, ou 6,4 %, d’augmenter sa participation dans l’entreprise établie à Laval. Sur ce point, M. Leitão a répliqué que la Caisse était indépendante et qu’il n’avait pas l’intention de dire quoi faire à l’investisseur institutionnel.

La CAQ avait déjà proposé de mettre 10 milliards de côté afin de protéger les sièges sociaux québécois, ce qui ne veut pas dire pour autant acheter des actions de toutes les sociétés établies dans la province, a rappelé M. Legault. « Il y a des entreprises vulnérables. Je suis inquiet de perdre SNC-Lavalin, je suis inquiet de perdre Metro et la Banque Nationale. Il faut que Philippe Couillard se réveille. »


 
1 commentaire
  • Jean-François Trottier - Abonné 22 avril 2016 09 h 19

    À chacun son soviétisme

    "Nous ne sommes pas dans un régime de capitalisme d’État" - Leitao

    Le système américain, celui qui a mené au 30 glorieuses qui ont suivi la Grande Guerre, était du capitaloisme d'État. C'est ce qu'on appelle le keynésianisme où l'État joue un rôle de régulateur et d'assainisseur de l'économie.

    Depuis la mise au rancart du capitalisme d'État, on assiste à une crise économique plus ou moins importante à chaque décennie, et chaque fois c'est à l'État qu'on demande de corriger la situation.

    Le cas Charest est notable: après avoir vidé les caisses en coupant les impôts mais surtout la taxe, après avoir commandé le retrait du gouvernement de la vie économique du Québec, le gouvernement s'est retrouvé bien mal pris devant la crise de 2008: il a alors emprunté à tout rompre pour initier des travaux publics à la grandeur du réseau routier.
    Comme par hasard les petits amis y ont trouvé leur intérêt tout de suite. Surprise!
    Pour couvrir le trou fiscal mais en fait sa gabegie totale, Charest a du augmenter la taxe à des niveaux jamais vus.

    Le capitalisme d'État dit que celui-ci participe à l'économie, donc qu'il emplit ses caisses lorsque l'activité économique va bien, et qu'il débourse quand l'économie se tasse. Leitao, lui, parle d'un État constamment fragile, sur la brèche et qui n'a même pas la capacité de se dresser moralement pour créer un climat d'entraide en cas de coup dur.

    Ce n'est absolument pas soviétique! Pas du tout! Ça donne une bonne idée de la courte vue de Leitao, qui vient de se déclarer carrément néolibéral. C'est le néolibéralisme qui s'est dressé pour détruire le capitalisme d'État américain, et qui depuis détruit l'économie brique par brique, crise par crise.

    En pondant cette déclaration, M. Leitao avoue son ignorance totale des grandes écoles économiques et de l'Histoire. Il démontre son intransigeance caractérielle et son vide total de pensée.

    Dehors!