Air Canada: les employés se dressent contre Trinity

L'opposition demeure vive sur l'un des grands enjeux de la restructuration d'Air Canada, le déficit milliardaire de la caisse de retraite. Le nouvel acquéreur a lancé un ultimatum jeudi soir, reliant son injection salvatrice de 650 millions à une réforme des fonds de retraite du transporteur. Les employés ont aussitôt fait front commun et rejeté en bloc la proposition de Trinity Time Investment.

«C'est tout simplement inacceptable», a dénoncé Jean-Marc Bélanger, du syndicat montréalais représentant les pilotes d'Air Canada. «Il faut mettre cela dans la perspective des compressions et des concessions que nous avons déjà tous faites pendant que les deux principaux dirigeants se sont vus offrir une prime de 21 millions chacun. Nous avons assez donné. Sur la question des régimes de retraite, nous avions déjà une entente avec Air Canada. Nous sommes déjà convenus d'un calendrier de remboursement du déficit actuariel.»

Au demeurant, le représentant des pilotes soutient que Trinity n'est pas en position légale pour faire de telles propositions. «Trinity a lancé un ultimatum. Elle nous a donné jusqu'au 16 février pour répondre. La réponse est venue immédiatement. De tous les syndicats», a-t-il ajouté.

Pilotes, machinistes, agents de bord et employés de bureau ont à l'unisson rejeté l'ultimatum de Trinity soumis jeudi soir. Ils ont reconduit leur front commun, formé en mai dernier après qu'ils eurent également refusé de modifier le statut de leur régime de retraite. Ils avaient, du même souffle, accouché d'une entente avec Air Canada sur les modalités d'un calendrier de remboursement, sur dix ans, du déficit actuariel, qui atteint 1,5 milliard. Ils avaient alors accepté de nouvelles compressions de 1,1 milliard en retour de garanties quant à leur régime de retraite.

La recapitalisation des caisses de retraite déficitaires avait été l'objet d'une proposition faite par Air Canada le 27 octobre dernier auprès du Bureau du surintendant des institutions financières. Une proposition qu'appuie l'éventuel acquéreur d'Air Canada. Mais l'entreprise de Victor Li en veut plus. Son injection de 650 millions en contrepartie d'une participation de 31 % dans Air Canada a été et demeure conditionnelle à ce que «la problématique des pensions» soit réglée à sa satisfaction.

Dans sa proposition soumise jeudi soir lors de rencontres avec les représentants syndicaux, Trinity demande de transformer le statut des régimes de prestations à cotisations définies. On veut également repousser l'âge donnant droit à une retraite anticipée. Le plan prévoit des clauses «grand-père» pour les retraités actuels et une catégorie d'employés, ajoutant ainsi des clauses discriminatoires venant créer une nouvelle classe d'employés, avec des nouveaux arrivés recevant moins de bénéfices pour davantage de cotisations.

Bref, a averti Harold Gordon, un représentant de Trinity, «il ne s'agit pas d'une proposition illimitée et indéfinie. Pour nous, une solution viable et soutenue à la problématique des pensions est une condition essentielle d'investissement.»

Jean-Marc Bélanger, le représentant des pilotes, rappelle pourtant qu'Air Canada a multiplié les congés de cotisation pendant six ans, lorsque les régimes étaient en excédent. Le congé de contribution a été de 250 millions en 2002 seulement, ce qui a valu à Air Canada des remontrances du Bureau du surintendant des institutions financières. «Et l'on parle, ici, de déficits actuariels appelés à se résorber avec la reprise des cours boursiers et une remontée éventuelle des taux d'intérêt.» Donc, pas question de passer d'un statut de prestations déterminées à celui de cotisations déterminées.

Mais Trinity n'en démord pas. «Notre plan montre que Trinity a fait des efforts considérables afin de tenir compte des besoins des employés d'Air Canada pour leur retraite. Toutefois, tout investisseur de capitaux qui maintiendrait le statu quo serait irresponsable», a soutenu Harold Gordon.