Rencontre de Baco Raton - Le G7 se réunit sous le signe du dollar faible

Boca Raton — Les ministres des Finances et gouverneurs de banque centrale du G7 entamaient hier soir à Boca Raton une réunion de deux jours placée sous le signe du dollar faible et rendue délicate par la divergence des points de vue.

La réunion commençait hier par des discussions bilatérales notamment entre le secrétaire américain au Trésor, John Snow, et des représentants du Royaume-Uni, de la Banque centrale européenne (BCE), du Canada, d'Allemagne et de France avant un dîner. De nouvelles discussions bilatérales entre les États-Unis et le Japon et l'Irak (pays invité au G7 de Boca Raton, de même que l'Afghanistan) sont prévues aujourd'hui avant une réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales.

«Tout le monde a du travail à faire pour améliorer la situation», a assuré avant la réunion le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet. Mais les grands argentiers arrivent en Floride avec des priorités bien distinctes. «Les États-Unis et le Japon veulent que la BCE baisse ses taux, l'Europe et le Japon veulent que les États-Unis s'attaquent à leurs déficits jumeaux, l'Europe et les États-Unis veulent que le Japon laisse grimper le yen face au dollar», résume Holger Schmieding de la Bank of America. Face à ces objectifs éclatés, Paris a dit s'attendre à une réunion corsée. «Ce G7 ne sera pas le plus facile que j'ai connu, les échanges ne manqueront pas d'être francs», a estimé le directeur français du Trésor Jean-Pierre Jouyet.

Le dollar en vedette

Le dollar sera sans doute la question numéro un de cette réunion qui inaugure la présidence américaine du G7.

Le ministre français des Finances, Francis Mer, a déclaré être assuré hier que «nos écrits de Boca Raton devront être différents de ceux de Dubai» afin de «montrer aux marchés qu'on a une vision qui était mal exprimée, ou qui est complétée en fonction des évolutions qui ont eu lieu depuis le mois de septembre». Le ministre allemand de l'Économie, Wolfgang Clement, a abondé dans son sens en disant espérer un «message plus clair et plus net» en Floride. À Dubai, les ministres des Finances du G7 avaient jugé dans leur communiqué final que «davantage de flexibilité des taux de change est désirable».

Le billet vert ne cesse de se déprécier depuis un an et demi avec la bienveillante absolution des autorités américaines, qui répètent que c'est aux marchés de fixer la valeur des monnaies même si, bien sûr, elles continuent de proclamer leur attachement à «la politique du dollar fort».

La baisse du dollar fait les affaires d'un président George W. Bush en campagne pour une réélection en novembre, car elle dope les exportations et aide la reprise sans contrecoups majeurs: ni inflation, ni désaffection des investisseurs étrangers, ni hausse des taux.

Et les États-Unis, forts de leur croissance retrouvée, devraient de nouveau déplorer la lenteur des réformes structurelles qui empêchent les Européens de leur emboîter le pas sur le chemin de la reprise.

Les Européens devraient de leur côté remettre sur le tapis le laxisme des États-Unis, qui vivent au crédit du reste du monde avec leur fuite en avant dans les déficits (500 milliards $US pour la balance commerciale en 2003, plus de 500 milliards pour le budget 2004). Ils chercheront par ailleurs à obtenir des Japonais qu'ils laissent du mou au yen et acceptent de ne plus intervenir pour soutenir leur monnaie face au billet vert.

Les grands argentiers devraient également débattre du cas de l'Argentine avant un réexamen de sa situation économique en mars par le Fonds monétaire international (FMI).