L'emploi américain va mieux, mais pas encore suffisamment

Washington — Les signes encourageants pour l'emploi se sont multipliés aux États-Unis avec le recul, quoique toujours léger, du chômage en janvier et une reprise notable des créations d'emplois qui n'ont toutefois pas satisfait les attentes des analystes économiques.

Le taux de chômage a reculé à 5,6 % en janvier contre 5,7 % en décembre et l'économie américaine a créé 112 000 nouveaux emplois le mois dernier, a annoncé hier le département du Travail. Les analystes tablaient sur un gain de 165 000 postes et un taux de chômage inchangé.

«Il est certain que les signes en janvier indiquent que l'économie s'améliore. La création d'emplois aussi s'améliore. Nous espérons que cela continuera», a souligné la secrétaire au Travail, Elaine Chao, en commentant les chiffres sur l'emploi, talon d'Achille de l'économie américaine. Cependant, cet optimisme de l'administration du président George W. Bush, qui espère rester à la Maison-Blanche pour un second mandat en remportant les élections de novembre, n'a pas gagné le marché des changes hier matin. Le dollar reculait un peu plus face à l'euro après la publication des chiffres pour janvier. L'euro s'échangeait à 1,2657 $US juste après l'annonce des statistiques décevantes pour les cambistes, contre 1,2545 $US auparavant.

À la traîne

«Le dernier rapport montre que le marché de l'emploi reste toujours à la traîne de la reprise dans les autres secteurs de l'économie», a néanmoins estimé l'économiste en chef de Moody's John Lonski. «Nous sommes toujours loin d'une reprise complète sur le marché du travail», a-t-il ajouté.

Même si le chiffre de 112 000 créations d'emplois en janvier représente un record inégalé depuis décembre 2000, et un bond par rapport aux 16 000 postes nouveaux de décembre, les gains par secteur restent modestes: 76 000 dans la vente de détails, 24 000 dans la construction, 22 000 dans l'éducation et la santé, 21 000 dans les loisirs.

En revanche, l'industrie manufacturière a supprimé 11 000 emplois le mois dernier, les emplois de services aux entreprises ont diminué de 22 000 tandis que les officines publiques réduisaient leurs effectifs de 13 000 employés.

«Il est juste de parler de redressement de l'emploi mais cela reste toujours un niveau inacceptable. Il nous faut plus de 200 000 créations par mois pour être à l'aise avec une croissance durable de l'économie», a affirmé l'économiste indépendant Joel Naroff.

La croissance économique a atteint les 4 % au dernier trimestre de 2003 aux États-Unis, confirmant le rôle de locomotive de ce pays au sein des puissances industrialisées.

Pour Sal Guatieri du groupe financier BMO, «il est évident que les entreprises sont toujours réticentes à embaucher massivement». Le ralentissement de la productivité lors du quatrième trimestre 2003, qui n'affichait plus qu'une croissance de 2,7 % après un bond spectaculaire de 9,5 % au troisième trimestre, avait nourri l'espoir d'un retour de l'embauche.

Mais les sociétés préfèrent apparemment toujours recourir à la technologie et «faire l'économie des coûts sociaux», a noté Sung Won Sohn, économiste de la Banque Wells Fargo.

Depuis août dernier, l'économie américaine a créé 366 000 emplois. Mais cela ne suffit pas à compenser les 2,6 millions d'emplois supprimés depuis janvier 2001, date d'entrée du président Bush à la Maison-Blanche.