Investissements PSP en quête de notoriété

André Bourbonnais, président d’Investissements PSP
Photo: Copyright 2016 Pierre Roussel André Bourbonnais, président d’Investissements PSP

Quand un ami a voulu présenter André Bourbonnais à un invité, l’an dernier, il y a eu une hésitation. L’ami savait qu’il dirigeait depuis peu une caisse de retraite. « Serge a voulu me présenter en disant “Jacques, je te présente André Bourbonnais, le nouveau président de… de...” Et là, il m’a regardé et m’a dit “C’est quoi le nom de ton affaire, encore ?” »

L’affaire, c’est Investissements PSP, qui gère 115 milliards au nom des fonctionnaires fédéraux, des forces armées et de la GRC. Et cette anecdote, racontée lundi devant un parterre de 450 personnes au Cercle canadien de Montréal, en dit long sur la discrétion d’une caisse qui est aujourd’hui le quatrième investisseur institutionnel canadien et le 28e au monde. Son siège est à Ottawa, mais son centre opérationnel est à Montréal, où travaille le gros de ses 600 employés.

« Si on remonte dans le temps, quand PSP a vraiment commencé sa gestion active, c’était un portefeuille de 20 milliards, alors ce n’était pas une chose sur laquelle la direction précédente a mis beaucoup l’accent », a dit M. Bourbonnais, un ancien de l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada (OIRPC) et de la Caisse de dépôt et placement du Québec, en marge de l’événement.

Mais PSP, qui comptait un actif sous gestion de 58 milliards il y a seulement cinq ans, n’a plus les moyens de négliger sa réputation. « Là, on gère 115 milliards. Qu’on le veuille ou non, on est importants, pour le gouvernement et pour nos bénéficiaires. Si on ne gère pas notre marque, quelqu’un d’autre va le gérer à notre place. C’est pour ça qu’on accorde plus d’importance à notre marque maintenant. »

M. Bourbonnais a indiqué dans son discours qu’après New York, PSP va ouvrir un deuxième bureau à l’étranger cette année, lequel sera situé en Asie. Le lieu n’est pas encore choisi. « La notoriété accrue passe notamment par une présence géographique accrue », a-t-il dit.

Climat difficile

Le contexte, cependant, a changé et la firme fait face aux mêmes problèmes que doivent gérer ses concurrents comme la Caisse de dépôt, le régime ontarien Teachers et les autres grandes caisses aux États-Unis, en Europe et ailleurs dans le monde. La faiblesse des taux d’intérêt et l’environnement boursier volatil donnent du fil à retordre. D’autant plus que les caisses de retraite sont plusieurs à s’être lancées dans les placements privés, l’immobilier et les projets d’infrastructures, ici comme ailleurs.

« En avril 1996, les obligations de 10 ans du gouvernement canadien généraient un rendement de 6,3 %. Aujourd’hui, 20 ans plus tard, ces mêmes obligations génèrent un rendement de 0 à 0,5 % », a dit M. Bourdonnais à l’auditoire. « Pour mettre ça en perspective, l’objectif de rendement réel de PSP, à long terme, est de 4,1 % par année. Vous pouvez voir qu’on a un vrai défi. »

Invité à dire comment PSP entend se positionner dans les infrastructures avec la présence de beaucoup d’acteurs, M. Bourbonnais a dit que ça figure dans les priorités. « C’est une classe d’actifs sur laquelle on veut mettre un accent. On était sous-pondérés dans ce secteur-là. Il demeure important. Il y a beaucoup de joueurs, beaucoup de capitaux, alors il faut être très discipliné et ne pas être déçu quand on ne gagne pas aux enchères. »

Une des plus récentes acquisitions de la caisse de retraite est celle d’un réseau hydroélectrique privé en Nouvelle-Angleterre pour 1,2 milliard de dollars américains.

La course à la diversification, qui pousse vers de nouveaux secteurs, a incité PSP l’an dernier à établir une première présence à l’étranger : un bureau new-yorkais spécialisé dans les « placements en dette et titres de créances privés ». En d’autres mots, faire concurrence aux banques et aux autres grands joueurs comme fournisseur de prêts auprès des entreprises qui, pour diverses transactions, cherchent à emprunter des capitaux. Lors de l’annonce, le Globe and Mail avait rappelé que l’OIRPC s’avance lui aussi dans ce créneau, ayant fait l’acquisition d’une filiale de financement de General Electric pour 12 milliards.