Le FMI observe une heureuse anomalie

Contrairement à ce qui était devenu la règle, les économies émergentes ne se retrouvent pas automatiquement en crise économique dès que les flux de capitaux se tarissent.
Photo: Vanderlei Almeida Agence France-Presse Contrairement à ce qui était devenu la règle, les économies émergentes ne se retrouvent pas automatiquement en crise économique dès que les flux de capitaux se tarissent.

Les économies émergentes ne sont plus aussi vulnérables qu’elles l’ont déjà été au tarissement de leurs flux de capitaux, se réjouit le Fonds monétaire international.

La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, déplorait encore dans un discours mardi que la reprise économique mondiale « reste trop lente, trop fragile et que les risques qui pèsent sur sa durée de vie augmentent ». L’une des craintes souvent évoquées est de voir les investisseurs fuir les économies émergentes qui ont été les principaux moteurs de la croissance après la Grande Dépression, et que le choc envoie plusieurs de ces pays par le fond comme cela a déjà été le cas durant la terrible crise financière asiatique de la fin des années 90, mais au moins une autre fois aussi durant les années 80.

« Les flux de capitaux vers les pays émergents ont nettement reculé », a confirmé le FMI mercredi dans un chapitre de ses prochaines Perspectives de l’économie mondiale attendues la semaine prochaine. Pire encore, contrairement à ce que l’on croyait savoir jusque-là, « le ralentissement a en fait débuté peu après 2010 » et « a touché toutes les régions et la majorité des pays émergents, quelle que que soit leur taille ». Ce phénomène est notamment attribuable à la dégradation de leurs perspectives de croissance, note-t-on. Mais cela ne s’est malgré tout pas accompagné par une explosion du nombre de crises économiques et financières comme les autres fois.

Les experts du FMI expliquent cette heureuse anomalie par de nombreux changements intervenus dans ces pays depuis la crise asiatique, à commencer par leur plus grande intégration financière internationale qui se traduit par de plus grandes réserves de devises et d’actifs étrangers et une plus grande part de leur dette extérieure libellée en monnaie nationale. Cela tiendrait aussi à leur adoption de taux de change flottant, ce qui a l’avantage, en périodes difficiles, de rendre les sorties de capitaux plus coûteuses pour les investisseurs étrangers tout en augmentant le pouvoir d’achat des nouvelles entrées. Les pays émergents seraient moins vulnérables aussi en raison de leurs politiques « budgétaires prudentes » du faible niveau de leurs dettes publiques.

Cela prouve, dit le FMI, que « les pays ne sont pas de simples spectateurs du cycle mondial des flux de capitaux » et que l’adoption des bonnes politiques peut aider grandement à faire face aux difficultés lorsqu’elles surviennent.

Les bonnes politiques au bon moment

Dans un autre chapitre de ses futures Perspectives de l’économie mondiale, le FMI a repris un appel maintes fois répété en faveur de réformes structurelles en matière de main-d’oeuvre et d’accès au marché susceptibles de redonner du tonus à la croissance dans les pays développés. On a toutefois admis, cette fois-ci, que toutes les réformes ne sont pas toujours bonnes et que certaines peuvent même faire plus de tort que de bien si le contexte économique n’est pas favorable.

Un resserrement des règles de l’assurance-chômage ou un assouplissement de celles qui s’appliquent à l’embauche et à la mise à pied de travailleurs se traduisent, par exemple, à moyen terme, par plus de croissance économique et même de la création d’emplois en période de prospérité, mais donnent exactement le résultat contraire en période de morosité économique, parce que les employeurs en profitent pour se débarrasser encore plus vite de leurs travailleurs en trop et que le resserrement du filet social ne contribue qu’à réduire encore plus le pouvoir d’achat des chômeurs. À l’inverse, la réduction de l’impôt sur le revenu et une hausse des dépenses publiques dans la requalification des travailleurs donnent d’excellents résultats en période de récession, mais se révèlent moins efficaces lorsque l’économie et l’emploi se portent déjà bien.

Entre autres réformes structurelles, les pays développés devraient aussi chercher à libéraliser des secteurs de leurs économies, comme ils l’ont fait avec succès dans les années 90 dans le domaine du transport aérien et des télécommunications, disent les experts du FMI.

De bons mots pour Trudeau

Mais dans tous les cas, « il importe de procéder avec soin sans l’établissement de l’ordre des priorités et à l’échelonnement des réformes », résument-ils. Il faut aussi savoir que la plupart des réformes structurelles en question mettent « un certain temps pour que leurs avantages se concrétisent, surtout lorsque la situation économique demeure morose ». Aussi, les gouvernements qui disposent encore d’un peu de marge de manoeuvre budgétaire ne devraient pas hésiter à la mettre au service de la relance économique, dit-on.

Christine Lagarde a d’ailleurs eu de bons mots à ce sujet dans son discours de mardi pour le premier budget du gouvernement de Justin Trudeau. « Le Canada, à travers son dernier budget, s’illustre par sa volonté de tirer le meilleur parti de cette possibilité. »

D’autres réformes en profondeur seront nécessaires aussi pour établir les bases d’une croissance à plus long terme des pays développés, conclut enfin le FMI, notamment en matière d’éducation et d’innovation.

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