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La «fintech» sous les projecteurs

La Banque TD
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La Banque TD

La technologie financière retient l’attention. La Banque TD qui réclame à grands cris la mise en place d’une réglementation spécifique à certains joueurs de la fintech, la Scotia qui chiffre à 2 milliards ses investissements annuels en technologie, Citigroup qui évoque l’éventualité d’un « moment Uber »… Il n’y a plus de doute : l’année 2016 annonce un tournant.

« On en est encore aux débuts, mais il y a eu une accélération importante des investissements », dit le directeur général de Finance Montréal, Mario Albert, dont l’organisme se positionne comme un carrefour désirant rallier l’ensemble des acteurs locaux. Selon les dernières estimations, l’argent englouti en technologie financière dans le monde est passé de 1,8 milliard à 19 milliards en cinq ans seulement. « Si j’avais à gager, je dirais que le secteur va vivre une progression considérable. Peut-être comme le jeu vidéo il y a 20 ans. »

Des exemples de modèles disruptifs ? Des applications d’investissement automatisé, des systèmes de prêts interpersonnels, le paiement mobile, des objets connectés qui transmettent des données aux assureurs en échange de rabais, des plateformes numériques pour prêts aux PME, le sociofinancement, le bitcoin et l’architecture qui soutient les transactions (blockchain), etc. Dans certains cas, les grands se méfient, alors que dans d’autres, ils surveillent de près, participent à l’innovation et appuient sans retenue.

Un « moment Uber » ?

Citigroup a lâché toute une bombe jeudi après-midi en publiant un volumineux rapport annonçant, pratiquement, la fin des succursales bancaires telles qu’on les connaît. Oui, à peine 1 % des revenus générés par les activités au détail proviennent des nouvelles plateformes et les banques ont encore l’avantage du déploiement à grande échelle — face à l’innovation des jeunes pousses —, mais « compte tenu des investissements dans la fintech, ça ne va probablement pas durer très longtemps ».

Pour les banques, le « moment Uber » dont parle Citigroup va toucher les succursales plus que les banques elles-mêmes. Elle évoque, sur dix ans, le spectre d’une baisse de 30 % du nombre d’employés en succursales. « Le principal canal d’interaction entre les clients et la banque passera par le mobile. Le rendement d’une succursale physique diminue. L’idée selon laquelle la rentabilité des activités bancaires est égale à la rentabilité d’une succursale sera désuète. Les succursales ne deviendront qu’un canal parmi d’autres. Elles joueront encore un rôle important, mais en déclin. »

De manière générale dans le monde, l’immense majorité des échanges et des interactions entre un client et sa banque passe par un « contact non humain », a indiqué Citi en s’appuyant sur un sondage d’Accenture fait auprès de 9000 personnes dans 12 pays. Au Canada, par exemple, sur 16 interactions par mois, en moyenne, 14 se font sur Internet, sur l’application mobile, au guichet automatique et les médias sociaux. Les clients privilégient le contact humain pour les enjeux plus complexes.

Les règles

Dans certains cas, l’évolution rapide des modèles alternatifs et de solutions numériques innovatrices a eu lieu plus vite que les ajustements réglementaires. Lors de l’assemblée annuelle des actionnaires de la Banque TD, jeudi à Montréal, le président de l’établissement a souligné ce qu’il voit comme une urgence absolue : la mise à jour de l’encadrement. La TD est tout à fait prête à prendre part à la révolution et soutient déjà certaines start-ups, mais il faut des règles pour les consommateurs. « Le besoin est devenu d’autant plus pressant. Plusieurs entreprises de technologie financière ont été aux prises avec des brèches de sécurité, des interruptions de service et des problèmes de solvabilité, a dit Bharat Masrani, sans nommer ces firmes. Les consommateurs doivent bénéficier de la même tranquillité d’esprit, quelle que soit l’entreprise avec laquelle ils font affaire. »

Même le Conseil de stabilité financière, présidé par l’ex-gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, s’est mis de la partie. En réunion cette semaine, le CSF a convenu de classer les types de fintech et d’évaluer les risques. Le but n’est pas de freiner l’innovation, a-t-il dit, car les banques centrales veulent suivre le mouvement et puiser dans la technologie financière pour « améliorer la robustesse du système ».

Innover en interne

De son côté, la Banque Scotia a vanté cette semaine ses propres efforts, qui passent notamment par sa filiale numérique Tangerine. « C’est notre unité disruptive interne », a dit son chef de la direction, Brian Porter, de passage à London afin d’annoncer un don de 3 millions pour la mise sur pied d’un laboratoire numérique à l’École de gestion Ivey de l’Université Western.

La Scotia, d’ailleurs, a entrepris la construction d’un laboratoire numérique au centre-ville de Toronto pour travailler sur l’innovation. Environ 350 personnes devraient y oeuvrer. Un projet qui n’est pas sans rappeler le Desjardins Lab du Mouvement Desjardins, inauguré en grande pompe en décembre 2015.