L’Université de Toronto ne désinvestira pas

« Le comité de dix universitaires nommés par M. Gertler visait nommément les entreprises d’exploration pétrolière dans l’Arctique, dans les sables bitumineux, dans la fracturation », selon un étudiant de premier cycle actif dans l’organisation de la campagne de désinvestissement, Clement Cheng.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne « Le comité de dix universitaires nommés par M. Gertler visait nommément les entreprises d’exploration pétrolière dans l’Arctique, dans les sables bitumineux, dans la fracturation », selon un étudiant de premier cycle actif dans l’organisation de la campagne de désinvestissement, Clement Cheng.

Après des mois de réflexion et de consultation, l’Université de Toronto, qui gère le plus gros fonds universitaire au Canada, rejette l’idée de ne pas placer son argent dans les énergies fossiles. La décision est mal reçue dans le mouvement étudiant, qui avait bon espoir d’un désinvestissement.

La section locale de 350.org, un mouvement présent dans de nombreux campus nord-américains et européens, souhaitait que l’Université aille dans le sens d’un comité expert qui lui a récemment suggéré de sortir des entreprises ayant un « mépris flagrant » des objectifs de la conférence de Paris.

Le président de l’Université, Meric Gertler, a plutôt dévoilé mercredi une série de mesures visant à intégrer au processus de placement et d’évaluation des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Il a dit que l’Université n’a rien investi dans les entreprises spécifiquement visées par le comité.

Dans le monde universitaire canadien, le fonds de 6,5 milliards, géré par un conseil indépendant, est un incontournable et un désinvestissement aurait envoyé un signal fort. D’autant plus que des campagnes ont également visé des universités au Québec, dont Concordia, McGill et l’Université de Montréal, et d’autres au Canada.

« Le comité de dix universitaires nommés par M. Gertler visait nommément les entreprises d’exploration pétrolière dans l’Arctique, dans les sables bitumineux, dans la fracturation », a dit en entrevue Clement Cheng, un étudiant de premier cycle actif dans l’organisation de la campagne de désinvestissement. « Puisque c’est le président qui avait institué le comité expert et que l’examen a pris un an, nous espérions qu’il abonde dans le même sens. La décision néglige ça et nous sommes déçus. »

Le comité dirigé par Bryan Karney, un professeur de génie environnemental, avait notamment suggéré à l’Université de se doter d’une méthode unique pour évaluer le respect ou le non-respect des entreprises à l’égard de l’objectif de Paris visant à limiter à 1,5 degré la hausse de température.

« M. Gertler estime qu’il serait préférable que l’Université travaille avec des tiers partis ayant déjà des outils pour évaluer les pratiques ESG des entreprises »,affirme l’Université dans un communiqué. L’établissement vise une intervention plus large, notamment en se joignant à des groupes qui préconisent une plus grande transparence portant sur les émissions de carbone et la promotion d’une économie pauvre en carbone.

Rôle des universités

M. Gertler a reconnu que « nous devons prendre des mesures pour limiter la hausse de température si nous voulons éviter des effets catastrophiques pour la planète et l’humanité ». « Les universités, en particulier, ont un rôle critique et unique à jouer pour aider la société à relever ce défi, et comme établissement qui reçoit des deniers publics, l’Université de Toronto a le devoir d’agir de manière décisive. »

Entre autres, l’Université va demander à la direction du fonds d’adhérer au Carbon Disclosure Project, de réfléchir à la possibilité d’appuyer les Principes pour l’investissement responsable des Nations unies et de rendre compte annuellement de ses efforts en matière d’évaluation des critères ESG.

Selon les dernières données de Fossil Free, la campagne mise sur pied par 350.org, des établissements financiers gérant 3400 milliards de dollars américains — 509 institutions — ont décidé de se départir d’actifs dans les énergies fossiles. Parmi elles figurent le fonds des héritiers Rockefeller, le grand fonds souverain de la Norvège et le Guardian Media Group.

4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 31 mars 2016 00 h 40

    Un frein a la décarbonnisation

    Nos universités sont elles contraints d'être a la remorque des grands capitaux, c'est a dire au nom de la science doivent-elles se refugier dans des principes dépassés, au nom de la science sont elles en train de devenir un frein a la décarbonisation

    • Gilles Théberge - Abonné 31 mars 2016 08 h 42

      Oui les universités se perdent en circonvolutions pour ne pas agir tout en donnant l'impression de bouger.

      Avancez en arrière criait le chauffeur d'autobus!

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 31 mars 2016 05 h 12

    Nécessités d'effectuer un suivi et de raffiner les moyens.

    Les étudiants devront effectuer un suivi de cette décision universitaire: ils sauront alors s'il s'agit seulement de bons mots. D'une certaine façon, ils ont réussi: leur message sur l'exploitation des énergies fossiles a été lancé, l'université l'a bien compris et y a quand même réagi positivement. Ils pourraient également cibler l'une ou l'autre des activités pétrolières actuelles ou possibles dans un avenir prévisible, par exemple les processus de captation de CO2 et la fracturation hydrolique. Cette fois, ils la valoriseraient ou au contraire la dévaloriseraient en suggérant, probablement pour les mêmes raisons, d'y investir ou au contraire d'y désinvestir. Ils devraient également s'intéresser aux investissements des industries pétrolières, ferroviaires et exploitantes d'oléoducs pétroliers dans les différentes facultés et chaires de recherche. Ils peuvent être ciblés, énormes et récurrents et les décideurs obnubilés par la possibilité de voir cette source de financement se tarir. Autrement dit, leur lutte doit continuer.

  • Daniel Clapin-Pépin - Abonné 31 mars 2016 14 h 15

    Le titre même de cet article est faux !


    Il ne peut y avoir désinvestissement que si et seulement si, au départ, il y avait investissement.

    Or, selon l’extrait suivant de cet article, tel n’était justement pas le cas => « (…) Le président de l’Université, Meric Gertler (...) a dit que l’Université n’a rien investi dans les entreprises spécifiquement visées par le comité. »

    Donc, ce qui revient au même eu égard à l’exclusion des énergies fossiles dans les placements – tant actuels que futurs - de 6,5 milliards de dollars du Fonds de l'Université de Toronto (le plus riche du Canada) :

    «(…) l’Université va demander à la direction du fonds d’adhérer au Carbon Disclosure Project, de réfléchir à la possibilité d’appuyer les Principes pour l’investissement responsable des Nations unies et de rendre compte annuellement de ses efforts en matière d’évaluation des critères ESG. »

    CQFD (signifiant, en mathématique, "Ce Qu'il Fallait Démontrer")

    Écolosociétalement,

    Daniel Clapin-Pépin
    Écologiste humaniste altermondialiste coopérativiste postcapitaliste
    Professeur de gestion + éthique + comptabilité environnementales
    Département des sciences comptables
    École des sciences de la gestion
    UQAM