Les hausses seront graduelles, réitère Janet Yellen

New York — La présidente de la banque centrale américaine (Fed), Janet Yellen, a adopté un ton ultra-prudent sur la trajectoire des taux d’intérêt aux États-Unis mardi, indiquant seulement que des hausses « graduelles » seraient de mise dans les années qui viennent.

« Étant donné les risques qui pèsent sur les perspectives économiques, je considère que le Comité monétaire doit procéder avec précaution dans l’ajustement de la politique monétaire », a affirmé Mme Yellen dans un discours très attendu, devant l’Economic Club de New York. Le rythme d’expansion économique « ne demandera que des hausses de taux graduelles dans les années qui viennent », a-t-elle répété.

« Ce message doit être compris comme une projection de la trajectoire des taux […], ce n’est pas un plan gravé dans le marbre que l’on suivra quels que soient les développements économiques », a-t-elle ajouté.

C’est la première fois depuis sa conférence de presse à l’issue de la réunion monétaire des 15 et 16 mars que Janet Yellen prenait la parole.

Elle s’est gardée de donner une indication de date pour une prochaine hausse des taux d’intérêt.

Si l’ensemble du Comité avait choisi de laisser les taux en l’état à la mi-mars — après les avoir relevés pour la première fois depuis neuf ans en décembre — plusieurs participants se sont montrés plus impatients dans leurs commentaires cette semaine, affirmant qu’un relèvement en avril était sur la table.

Mais pour Omar Esiner, analyste pour Commonwealth Foreign Exchange, « le ton généralement prudent » de Mme Yellen est en contraste avec des commentaires cette semaine de participants, plus pressés de remonter les taux.

« Ce discours va tuer dans l’oeuf les spéculations sur un éventuel relèvement des taux par la Fed en avril », a affirmé Paul Ashworth, économiste en chef pour Capital Economics.

La patronne de la Fed a relevé que les développements sur les marchés internationaux, notamment au début de l’année, avaient affaibli les perspectives économiques mais elle prévoit que leur impact sur l’activité américaine se révélera « probablement limité ».

Mme Yellen cite notamment le « ralentissement » et « la transition » de l’économie chinoise. « Il y a beaucoup d’incertitude sur le fait de savoir si cette transition se fera en douceur », a-t-elle poursuivi, notant que les marchés avaient été déboussolés au début de l’année par les inquiétudes sur la politique de changes suivie par Pékin.

Elle estime que « les développements à l’étranger » notamment une plus faible croissance globale, « impliquent que l’atteinte de nos objectifs en terme d’emploi et d’inflation exigera sans doute une trajectoire de la hausse des taux plus faible que ce qu’on avait anticipé en décembre ».

La projection moyenne du niveau des taux pour la fin de l’année a été abaissée en mars et implique deux hausses des taux seulement au lieu de quatre initialement prévues.

Sur le plan intérieur, Mme Yellen reconnaît que les derniers indicateurs de l’économie américaine ont été « mitigés ».

Si ceux du marché de l’emploi ont été favorables avec 230 000 créations d’emplois mensuelles ces derniers trois mois, le secteur manufacturier et les exportations « continuent d’être durement touchés par la lenteur de la croissance mondiale et par l’appréciation significative du dollar depuis 2014 », affirme la patronne de la Fed.

À propos de l’inflation, deuxième mandat de la Réserve fédérale avec l’emploi, la présidente de la banque centrale ne semble pas convaincue de l’accélération récente des prix hors alimentation et énergie.

« Il est trop tôt pour dire si le rythme plus rapide récemment va s’avérer durable », a-t-elle indiqué. La Fed a un objectif d’inflation de 2 % dont on est loin actuellement.