La rationalisation rapporte d’importants dividendes au patron

Paris — Somme « indécente » en période de crise ou juste « récompense d’une réussite » : la rémunération du dirigeant du groupe automobile PSA Peugeot Citroën, qui a presque doublé en 2015 pour atteindre plus de 5 millions d’euros (7,4 millions $CAN), a provoqué une polémique en France.

Le président du directoire du groupe, Carlos Tavares, a gagné l’an dernier 5,24 millions d’euros, selon des documents publiés vendredi. Il s’agit du double de la rémunération de l’année précédente, qui s’était élevée à près de 2,75 millions d’euros.

L’État français, actionnaire à hauteur de 13,68 % de PSA, s’est opposé en vain à cette hausse de rémunération, jugée « dommageable », a déclaré mardi le ministre des Finances, Michel Sapin.

« C’est indécent », a pour sa part estimé le porte-parole du parti écologiste EELV, Julien Bayou.

Des syndicats ont de leur côté crié au scandale. Jean-Pierre Mercier (CGT) s’est ainsi dit mardi « révolté et écoeuré » que M. Tavares ait « osé doubler sa rémunération » en 2015, ce qui lui a permis de toucher « 14 500 euros par jour, samedi et dimanche compris, alors que les salariés, eux, ont obtenu une augmentation générale des salaires de 8 euros nets par mois » pour 2016.

« C’est le même p.-d.g. qui nous tient le même discours depuis des années, à savoir qu’il va falloir encore se serrer la ceinture, encore bloquer nos salaires, encore supprimer des emplois, des primes », a-t-il déploré.

« Sa rémunération peut paraître importante à beaucoup de gens, je le conçois, mais elle n’est pas disproportionnée du tout » par rapport à celles d’autres dirigeants, a rétorqué le président du Conseil de surveillance de PSA, Louis Gallois. Cette rémunération découle « du formidable succès du redressement de l’entreprise […], beaucoup plus rapide qu’espéré », a-t-il expliqué à l’AFP.

« Quand il y a de la réussite, ça ne me choque pas qu’on récompense la réussite », a également déclaré Pierre Gattaz, le patron des patrons français, en qualifiant les dirigeants d’entreprises de « héros » qui « prennent des risques ».

Les polémiques sur les rémunérations des grands patrons sont assez fréquentes en France.

PSA, avec ses marques Peugeot, Citroën et DS, est le premier groupe automobile français, avec 2,97 millions d’unités produites l’année dernière.

Mais le groupe, acculé par la crise de l’automobile européenne, s’était retrouvé début 2014 au bord du dépôt de bilan et n’avait dû son salut qu’à l’intervention de l’État français et de la société automobile chinoise Dongfeng, tous deux entrés au capital à hauteur de 14 %.

M. Tavares avait été nommé à la présidence du directoire de PSA avec la mission de remettre ce fleuron industriel sur la voie de la rentabilité en suivant un plan, qui s’est traduit par des réductions de frais via notamment des efforts demandés aux salariés.

Il a permis au groupe de dégager un bénéfice net de 1,2 milliard d’euros en 2015, un résultat positif pour la première fois depuis 2010. En février, PSA a annoncé une prime de 2000 euros en moyenne pour chaque salarié.