Pratiques antisyndicales: Gildan s'en remet aux enquêteurs

Le fabricant montréalais de t-shirts Gildan s'est engagé hier à se conformer à toute recommandation que pourront lui faire les experts chargés de l'examen des accusations de pratiques antisyndicales portées contre lui au Honduras.

«Tout le monde peut faire des erreurs dans la vie», a déclaré hier son président et chef de la direction, Greg Chamandy, après avoir longuement vanté les principes éthiques de la compagnie lors de l'assemblée générale de ses actionnaires. «Si la FLA [Fair Labor Association, une organisation à laquelle appartient l'entreprise et qui a ouvert une enquête dans cette affaire] arrive à la conclusion que nous avons manqué à nos engagements à l'égard de ses règles, je peux vous assurer que nous ferons le nécessaire pour corriger la situation», a-t-il promis.

Réponse satisfaisante

«Je suis satisfait de la réponse. On verra dans le futur s'ils vont s'y conformer», a commenté au terme de l'assemblée Philippe Bélanger, représentant de la Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal (FAECUM), qui a pu poser ses questions à la direction grâce à la complicité d'un actionnaire, le fond d'investissement éthique de Vancouver Real Assets. Rappelant que les «universités québécoises sont de grandes consommatrices de t-shirts», le représentant étudiant a toutefois précisé que l'idée d'un boycottage n'était pas envisagée pour le moment.

Les dirigeants de l'entreprise ont d'autre part annoncé qu'ils recevraient la semaine prochaine, «par courtoisie et volonté de transparence», une délégation du Workers Right Consortium (WRC), une autre organisation ayant ouvert une enquête sur les pratiques de Gildan au Honduras et représentant quant à elle des associations étudiantes américaines. Ils ont également promis la création prochaine d'un programme de liaison avec tous les groupes intéressés à discuter avec eux de respect des droits sociaux.

Les actionnaires de la compagnie et leurs représentants ont été accueillis par une douzaine de manifestants pacifiques à leur arrivée, hier, à l'hôtel du centre-ville de Montréal où se tenait leur assemblée. Tracts à la main et corde à linge chargée de t-shirts à bout de bras, les membres du Centre des travailleurs immigrants dénonçaient les pratiques antisyndicales de la compagnie ainsi que les mauvaises conditions de travail de leurs employés, au Honduras comme au Canada.

Se disant en désaccord avec Gildan sur la défense du principe de liberté syndicale, le Fonds de solidarité de la FTQ s'est départi de ses actions de la compagnie cet automne. On admettait toutefois volontiers que cette décision aurait été prise de toute manière afin d'empocher l'exceptionnelle croissance de l'action des dernières années.

Empêchée, par les règles de la FLA, de commenter les faits qui sont reprochés à la compagnie aussi longtemps que l'enquête ne sera pas conclue, la direction de Gildan n'en a pas moins assuré que ses employés à l'étranger «travaillent dans des usines modernes et climatisées à la fine pointe de la technologie», «gagnent en moyenne deux fois le salaire minimum national» et bénéficient notamment «d'une formation professionnelle, de soins médicaux gratuits, de transport et de repas subventionnés».

L'entreprise compte présentement un total de 9200 employés, dont 1200 au Québec, 5000 au Honduras et 4000 autres principalement répartis au Mexique et en Inde. Environ 5000 nouveaux emplois devraient être créés en République dominicaine et en Haïti d'ici 2008. Gildan, ont expliqué hier ses dirigeants, cherche à établir ses usines dans des pays qui ne sont soumis à aucun quota ou tarif dans ses principaux marchés américains, européens, japonais ou australiens.

Bonne gouvernance...

Les questions d'éthique et de bonne gouvernance ont monopolisé le plancher, hier, à l'assemblée des actionnaires de l'entreprise. Fait inhabituel, les frères Greg et Glenn Chamandy, fondateurs de Gildan, ont officialisé leur volonté de réduire de leur propre chef leur influence sur les destinées de la compagnie en donnant le feu vert à la conversion de leurs actions à droit de vote multiple (catégorie B) en actions à droit de vote unique (catégorie A). Détenteurs jusque-là de 67 % des votes, ils ne se retrouveront plus qu'avec 20 % des votes une fois l'opération complétée, soit à peine plus que les deuxième et troisième plus importants actionnaires, qui en auront respectivement 12 % et 10 %.

«C'était une étape logique dans notre développement, a expliqué en conférence de presse Greg Chamandy qui cédera d'autre part bientôt la place de directeur exécutif à son frère, Glenn. Et je crois que cela correspond bien aussi à notre époque [où la] gouvernance des entreprises occupe une place de plus en plus importante dans l'esprit des investisseurs, [qui] ne regardent plus seulement les revenus d'une compagnie, mais aussi quels sont leurs principes d'éthique et leur philosophie de gouvernance.»

... et profits

Plus important fabricant de t-shirts en Amérique en plus d'être dans le peloton de tête pour les chandails de sport et les chandails de coton molletonné, Gildan connaît une expansion fulgurante depuis les dernières années. La compagnie a affiché en 2003 des ventes totales de 630 millions, soit 30 millions de plus que l'année précédente et 100 millions de plus qu'en 2001. Son bénéfice net s'est élevé à 77,3 millions au terme de l'année financière qui s'est achevée le 5 octobre, comparativement à 66,5 millions un an plus tôt. Son bénéfice par action a quant à lui crû en moyenne de 30 % par année depuis son inscription en Bourse et s'élevait à 2,64 $ en 2003.

Bien décidée à poursuivre sur sa lancée, l'entreprise prévoit investir dans les cinq prochaines années 275 millions en achat d'équipements et en développement de nouvelles installations. Une somme que la compagnie entend puiser à même des liquidités qui n'en continueront pas moins de croître pour atteindre, au terme de la même période, les 200 millions.

Les résultats du premier trimestre 2004 ne semblent pas vouloir démentir la tendance. Gildan rapportait en effet, mardi, un bénéfice net de 10 ¢US par action, soit 22 % de moins que l'année précédente. Cette baisse a toutefois été attribuée, par la direction, à une augmentation des dépenses d'amortissement liée à l'adoption du dollar américain comme monnaie de divulgation. En excluant cet élément non récurrent, on observe plutôt que la compagnie a réalisé un bénéfice de 18 ¢US par action, soit une hausse de 49 % par rapport à l'an passé.