Gazouillez, gazouillez, il en restera toujours quelque chose

Les politiciens, mais aussi les journalistes et les vedettes, sont très actifs sur Twitter, qui peine pourtant toujours à prendre son envol.
Photo: Capture d’écran Les politiciens, mais aussi les journalistes et les vedettes, sont très actifs sur Twitter, qui peine pourtant toujours à prendre son envol.

Après dix ans d’existence, Twitter reste un drôle d’oiseau dans le secteur technologique, qui peine à accroître son audience et à générer des revenus malgré un statut de pionnier, inventeur d’un nouveau et puissant moyen de communication.

Depuis son lancement, il y a une décennie, le réseau social est devenu un outil indispensable pour les journalistes, activistes, célébrités et autres, mais il peine toujours à s’étendre au-delà de cette sphère de « twittos » dévoués.

Les habitués ne pourraient plus s’en passer, mais l’entreprise californienne a vu sa cote baisser à la Bourse, plusieurs de ses dirigeants quitter le navire, le nombre de ses employés réduit, et depuis sa naissance, elle n’a jamais été profitable.

Certains analystes estiment que le réseau social va enfin prendre son envol grâce aux candidats à la présidentielle américaine qui utilisent Twitter pour être en contact direct avec les électeurs.

Photo: Scott Olson Agence France-Presse La chanteuse californienne Katy Perry est la reine de Twitter, avec plus de 84 millions d’abonnés. Suivent le chanteur canadien Justin Bieber (77 millions de fans), la chanteuse pop Taylor Swift (72 millions) et le président américain, Barack Obama (71 millions).

Le premier d’entre eux est le candidat républicain à la Maison-Blanche Donald Trump, considéré par certains comme l’emblème parfait du petit oiseau bleu : « Il n’y a qu’un seul candidat qui vit et respire Twitter, c’est Donald Trump », explique à l’AFP Trip Chowdhry, analyste chez Global Equities Research.

« Regardez le résultat : il y a huit semaines, j’aurais dit que les jours de Twitter étaient comptés, mais aujourd’hui je ne dirais plus cela », ajoute-t-il.

M. Chowdhry a tenu à souligner qu’il ne supportait en aucune manière le milliardaire, mais il veut montrer l’efficacité de l’outil Twitter pour ceux qui l’ont adopté : « C’est une entreprise qui a du potentiel. Twitter crée des rois. »

Donald Trump a en effet vu ses adversaires dépenser beaucoup plus que lui dans leurs campagnes, il a même manqué un débat télévisé, mais ses diatribes fréquentes et en temps réel sur Twitter lui valent d’être suivi par près de sept millions d’abonnés.

« Je suis presque sûr que la plupart de ses supporteurs ne sont pas sur Twitter, mais ils savent ce que dit Trump sur Twitter, souligne Omar Akhtar, un autre analyste pour la firme Altimeter. Le réseau a une vie au-delà de sa propre plateforme, mais le problème c’est qu’il ne sait pas comment monétiser cette partie. »

« Avoir du succès sur Twitter est un art et c’est très efficace », reprend M. Chowdhry.

Le réseau social aux 320 millions d’abonnés permet d’amplifier son message grâce aux utilisateurs qui peuvent donner un écho énorme aux tweets, en les retweetant par exemple. Il permet aussi d’avoir en temps réel un retour d’informations.

Ainsi, si parfois Trump peut donner l’impression de changer de position sur tel ou tel sujet, on peut voir à travers le prisme des médias sociaux qu’il ne fait qu’adapter son message en fonction des réactions observées sur Twitter, explique Trip Chowdhry.

Et à mesure que des personnalités influentes comme Donald Trump deviennent des vedettes de Twitter, il y a davantage de chances que leurs abonnés suivent leur exemple.

« Je pense que le pire est passé pour Twitter », estime M. Chowdry.

« Twitter a révolutionné la manière dont nous communiquons. Pour moi c’est devenu comme l’électricité ou le téléphone, c’est vraiment une part de ma vie quotidienne », estime aussi Omar Akhtar.

Twitter a fait « un super boulot » en créant une nouvelle manière de communiquer, mais il semble à présent stagner au lieu d’être devenu omniprésent, tempère de son côté Lou Kerner, de Flight Ventures Company.

« Pour relancer l’intérêt des gens, ils devraient effectuer de profonds changements, mais le problème c’est que vous ne pouvez pas faire de grosses modifications sans prendre de gros risques », souligne-t-il.

En début d’année le réseau social a modifié en profondeur son équipe dirigeante. Le cofondateur Jack Dorsey, poussé dehors en 2008, est revenu prendre le poste de directeur exécutif.

Le jeune entrepreneur de 39 ans estime que parmi les priorités de Twitter pour cette année, il va notamment lui falloir devenir plus intuitif et progresser sur les vidéos en direct.

Le réseau a aussi effectué quelques modifications le mois dernier pour mettre en haut de son fil les « meilleurs » tweets, malgré des protestations. La possibilité de rallonger les posts, pour le moment limités à 140 caractères, a également été ouvertement évoquée.

320 millions
Le nombre d’utilisateurs actifs par mois stagne à 320 millions, dont 254 millions hors des États-Unis. Le patron de l’entreprise dit toutefois que 500 millions d’internautes de plus accèdent à Twitter sans se connecter à un compte.
2,2 milliards
Le chiffre d’affaires annuel, fondé essentiellement sur la publicité, est passé de 1,4 milliard en 2014 à 2,2 milliards en 2015. Mais Twitter n’a jamais réussi à dégager de bénéfices. En 2015, ses pertes ont été de 521 millions, un peu moins que les 577 millions de l’année précédente.

La place de l'oiseau parmi les grands réseaux sociaux

Avec ses 320 millions d’utilisateurs actifs, Twitter est encore à bonne distance du roi des réseaux sociaux, Facebook, qui en compte 1,5 milliard, même s’il se rapproche des 400 millions d’Instagram, le site d’échange de photos appartenant à Facebook.

Mais en utilisant une mesure plus large, l’aura de Twitter est bien moins imposante.

Les vidéos de YouTube, propriété d’Alphabet (Google), réunissent en effet un milliard d’utilisateurs, et d’autres sites d’échange de messages, comme WhatsApp (900 millions), le chinois QQ (860 millions), Facebook Messenger (800 millions) et le chinois WeChat (650 millions) le dépassent largement, selon le cabinet Statista. Google + affiche plus de 400 millions d’utilisateurs, mais la plupart des analystes estiment qu’ils y sont très peu actifs.

Quant au réseau professionnel LinkedIn, il compte 414 millions d’utilisateurs enregistrés, tandis que Pinterest, qui permet de partager ses goûts et objets fétiches, en a 100 millions.

SnapChat, connu pour ses messages qui s’autodétruisent en quelques secondes et sa popularité chez les jeunes, revendique également 100 millions d’utilisateurs par jour, et un nombre en constante augmentation de partenariats avec des médias.

Mais malgré tous ces concurrents, Twitter, avec sa limite de 140 caractères par message et la possibilité qu’il offre de communiquer avec la communauté entière des internautes, garde une place à part dans le paysa­ge des réseaux sociaux, et reste une ressource importante d’annonces et de diffusion d’actualité chaude.

Aux États-Unis, quelque 17 % des adultes utilisent Twitter, dont près des deux tiers le considèrent comme une source d’informations, selon une étude de l’institut de recherche Pew parue l’an dernier.

Twitter est également un acteur non négligeable du secteur de la publicité en ligne, selon le cabinet eMarketer : sa part de marché est passée de 0,9 % à 1,2 % entre 2014 et 2015. Ses recettes publicitaires devraient bondir de 45 % cette année pour atteindre 2,95 milliards de dollars, puis 3,98 milliards de dollars en 2017.

Des totaux qui cependant le laisseront encore loin de Facebook, géant du secteur avec 17 milliards de dollars de recettes publicitaires en 2015, tandis qu’Instagram approche ce chiffre.

Certains analystes se disent malgré tout convaincus que les finances de Twitter ne peuvent que s’améliorer, tant le réseau est devenu une source incontournable d’information. Pour le cabinet d’analyse Trefis, Twitter est en train de devenir un « service Internet de base », essentiel aux internautes et par conséquent attractif pour les annonceurs. « Twitter continue d’attirer les individus, les entreprises, les célébrités et les grands responsables du monde », faisait remarquer Trefis dans un rapport paru en février. « Sa capacité à relayer des informations rapidement auprès d’un public concerné est ce qui rend cette plateforme unique. Nous pensons que de plus en plus d’internautes vont se rendre compte de cette position unique et rejoindre cette plateforme », faisait encore valoir Trefis.