Selon un rapport de l'OIT - Abolir le travail des enfants profiterait aux pays pauvres

Quelque 350 millions d’enfants travaillent à travers le monde, selon l’Organisation internationale du travail (OIT). Près de 250 millions sont astreints à des tâches occupant la totalité ou la majeure partie du temps qu’ils pourraient passer e
Photo: Agence Reuters Quelque 350 millions d’enfants travaillent à travers le monde, selon l’Organisation internationale du travail (OIT). Près de 250 millions sont astreints à des tâches occupant la totalité ou la majeure partie du temps qu’ils pourraient passer e

Genève — Éliminer le travail des enfants pourrait être largement bénéfique aux économies des pays pauvres en l'espace d'une seule génération: une telle décision finirait en effet par être davantage payante sur le long terme que l'exploitation d'une main-d'oeuvre jeune, selon l'Organisation internationale du travail (OIT).

Dans un rapport de 133 pages rendu public hier, cette agence des Nations unies souligne que l'abolition du travail des enfants et l'introduction de l'éducation universelle dans les pays en développement coûteraient environ 760 milliards $US d'ici 2020. Mais la mesure se révélerait hautement bénéfique car le gain financier net sur deux décennies atteindrait 4100 milliards, soit cinq fois plus. La majeure partie des gains serait due à une productivité plus élevée et à des coûts médicaux réduits pour les écoliers qui échappent ainsi à des conditions de travail néfastes pour la santé.

«Ce qui est une bonne politique sociale est aussi une bonne politique économique», a résumé le directeur général de l'OIT, Juan Somavia. «Éliminer le travail des enfants apportera un énorme retour sur investissement — et un impact inestimable sur la vie des enfants et des familles.»

350 millions d'enfants

À l'heure actuelle, quelque 350 millions d'enfants travaillent à travers le monde, selon l'OIT. Près de 250 millions sont astreints à des tâches occupant la totalité ou la majeure partie du temps qu'ils pourraient passer en classe. Sur ce nombre, près de la moitié sont malheureusement assujettis à ce que l'agence onusienne qualifie de «pires formes de travail», prostitution, travail dans les mines et esclavage dans différentes industries. Une centaine de millions d'enfants occupent des emplois que l'OIT estime «acceptables», comme la distribution de journaux après l'école.

L'étude rassemble des données provenant de pays comme le Brésil, le Sénégal, le Kenya, l'Inde, le Pakistan et les Philippines.

L'OIT a chiffré très précisément le manque à gagner subi par les familles dont les enfants cessent de travailler: 246,8 milliards $US. Elles auraient donc besoin en contrepartie du soutien de l'État et des bailleurs de fonds internationaux.

L'agence des Nations unies cite le programme brésilien Bolsa Escola garantissant aux familles pauvres le revenu qu'elles perdent en envoyant un enfant à l'école — initiative qui améliore souvent les perspectives de l'ensemble d'une famille.

L'Organisation internationale du travail avance aussi que les enfants qui ne travaillent pas se portent probablement mieux sur le plan de la santé. Et qu'en conséquence, les autorités sanitaires des pays pauvres pourraient économiser chaque année 1,4 milliard $US.

Avec ce rapport, l'OIT espère bien entendu susciter un débat parmi les décideurs.