L’argent ne pousse pas dans les arbres, mais il pourrait tomber du ciel

En 1969, l’économiste américain Milton Friedman imaginait une méthode radicale pour lutter contre la déflation : un hélicoptère larguant depuis les airs des montagnes de billets sur les villes, afin de gonfler le porte-monnaie des consommateurs et les inciter à dépenser plus, faisant ainsi remonter les prix. Ainsi était née la notion d’« helicopter money » ou « hélicoptère monétaire ».
Photo: Aris Messinis Agence France-Presse En 1969, l’économiste américain Milton Friedman imaginait une méthode radicale pour lutter contre la déflation : un hélicoptère larguant depuis les airs des montagnes de billets sur les villes, afin de gonfler le porte-monnaie des consommateurs et les inciter à dépenser plus, faisant ainsi remonter les prix. Ainsi était née la notion d’« helicopter money » ou « hélicoptère monétaire ».

Et si la Banque centrale européenne distribuait de l’argent directement aux ménages pour faire repartir l’inflation ? Hérésie pour beaucoup, l’idée est « très intéressante », a récemment reconnu le président de la BCE, Mario Draghi, remettant au goût du jour un vieux débat.

En 1969, l’économiste américain Milton Friedman imaginait une méthode radicale pour lutter contre la déflation : un hélicoptère larguant depuis les airs des montagnes de billets sur les villes, afin de gonfler le porte-monnaie des consommateurs et les inciter à dépenser plus, faisant ainsi remonter les prix. Ainsi était née la notion d’« helicopter money » ou « hélicoptère monétaire ».

Photo: Aris Messinis Agence France-Presse Le président de la BCE, Mario Draghi, en a surpris plus d’un en commentant l’idée de recourir à l’«hélicoptère monétaire».

« C’est un concept très intéressant […] mais nous ne l’avons pas encore vraiment étudié », a déclaré contre toute attente M. Draghi la semaine dernière en conférence de presse. Hétérodoxe et controversé, l’hélicoptère monétaire n’a encore jamais été utilisé à grande échelle dans l’histoire moderne.

Les propos de M. Draghi ont suffi à enflammer les spéculations autour de l’usage d’un tel outil, au moment où, partout, les doutes grandissent quant à l’efficacité des politiques monétaires pour faire grimper les prix. « L’hélicoptère monétaire fait actuellement l’objet d’intenses réflexions dans les milieux universitaires et les banques centrales », estime Marcel Fratzscher, président de l’institut économique allemand DIW. « Ce serait toutefois vraiment un instrument de dernier recours, si plus rien d’autre ne fonctionnait. »

Prêts géants gratuits pour les banques, achats massifs de dettes sur les marchés à travers le programme « QE », taux au plus bas, la BCE, comme sa consoeur japonaise d’ailleurs, a multiplié les efforts ces deux dernières années pour tenter de faire remonter les prix. En abreuvant les banques d’argent frais, la BCE espère stimuler l’octroi de prêts aux ménages et entreprises, et relancer la croissance. En Europe, le financement de l’économie passe presque exclusivement par le crédit bancaire.

Mais depuis trois ans, l’inflation est systématiquement sous la cible d’un taux « proche mais inférieur à 2 % », définition pour la BCE de la stabilité des prix. Lestés par l’effritement des cours du pétrole, les prix ont même reculé sur un mois en février. L’octroi de prêts ne progressant que très lentement, une grande partie de l’argent déversé par la banque centrale reste coincé dans les tuyaux du circuit financier, sans parvenir aux consommateurs.

Le recours à l’hélicoptère monétaire permettrait de contourner les banques pour verser de l’argent directement dans la poche des ménages. Si les sommes actuellement injectées par la BCE « étaient réparties entre tous les habitants de la zone euro, chaque citoyen pourrait recevoir jusqu’à 175 euros chaque mois », fait valoir le collectif « QE for people », un regroupement d’associations et d’économistes favorables à cette mesure.

En pratique, l’hélicoptère monétaire peut recouvrir d’innombrables formes : distribution de coupons aux citoyens à dépenser dans les magasins, programme d’investissement, ou baisse d’impôts, le tout financé par la banque centrale.

Michaël Malquarti, économiste de la banque helvétique SYZ, plaide quant à lui depuis plusieurs années pour que la Banque nationale suisse puisse verser de l’argent directement aux citoyens grâce au système d’assurance-maladie du pays. « J’aimerais voir la Suisse comme une pionnière dans ce domaine. Cela pourrait faire tomber une barrière psychologique », déclare à l’AFP M. Malquarti. Mais en zone euro, où cohabitent 19 États et systèmes fiscaux différents, la mise en oeuvre d’une telle mesure se heurte à d’importantes difficultés techniques, logistiques et éthiques. Sans parler des obstacles légaux : si rien n’empêche en principe la BCE de verser de l’argent aux citoyens, les traités européens lui interdisent en revanche formellement de financer directement les gouvernements.

« Jusqu’à présent, pour avoir de l’argent, il fallait normalement le gagner. Si la BCE se mettait à distribuer de l’argent sans contrepartie, cela constituerait un énorme bouleversement des habitudes économiques et mettrait l’économie de marché en danger », pointe également Jörg Krämer, économiste de Commerzbank.

Mais « si tout le reste échoue, le débat autour de l’hélicoptère monétaire va passer à l’étape supérieure », juge Christophe Rieger. Pour Jonathan Loynes, économiste de Capital Economics, « la leçon des dernières années, c’est que des politiques qui semblaient inimaginables peuvent devenir réalité ».


L’inflation de base révisée à la hausse

Londres — L’inflation de base de la zone euro a été révisée à la hausse jeudi pour le mois de février, ce qui a propulsé l’euro vers de nouveaux gains. L’agence statistique officielle de l’Union européenne a témoigné jeudi d’une inflation de base de 0,8 %, alors qu’elle avait précédemment annoncé une hausse de 0,7 %. L’inflation de base exclut des catégories volatiles comme le carburant, les aliments, l’alcool et le tabac. L’inflation est toutefois demeurée inchangée à -0,2 %.
1 commentaire
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 18 mars 2016 08 h 00

    Pas si bête

    À l'heure actuelle, presque toute la croissance de la richesse est accaparée par le 1% qui l'utilise principalement pour spéculer à la bourse. Or l'économie futile ne crée presque pas d'emploi.

    Toute richesse qui parvient au 99% est utilisé à acheter des biens et des services; très peu est épargné. Donc presque tout servirait à l'économie réelle. Les usines de mettraient à produire davantage, le chômage régresserait (dans certaines parties de l'Europe), etc.