Pause prolongée avant une hausse des taux d’intérêt

Janet Yellen prend bonne note de l’amélioration de l’économie américaine, notamment du marché de l’emploi.
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Janet Yellen prend bonne note de l’amélioration de l’économie américaine, notamment du marché de l’emploi.

Préférant rester prudente quant à une économie mondiale fragile et imprévisible, la Réserve fédérale américaine révise à la baisse ses prévisions de croissance aux États-Unis et coupe de moitié la hausse probable de ses taux d’intérêt cette année.

Comme tout le monde s’y attendait, la banque centrale américaine a laissé son taux directeur inchangé mercredi à l’intérieur d’une fourchette comprise entre 0,25 % et 0,50 %. Elle avait fait de même à la dernière réunion de son comité de politique monétaire (FOMC) de janvier qui suivait de peu une première hausse d’un quart de point de pourcentage annoncée au mois décembre, après sept années de taux d’intérêt à leur plancher absolu.

La Fed note pourtant que l’activité économique américaine « continue de croître à un rythme modéré » à la faveur notamment de « gains importants » en matière d’emplois, de la poursuite de la hausse des dépenses des ménages, de l’amélioration du secteur de la construction, et en dépit des investissements anémiques des entreprises.

Le principal souci, de l’avis de la Fed, vient toutefois de la « conjoncture économique et financière mondiale ». On pense notamment aux ralentissements de la croissance en Chine et au choc infligé par la chute des prix des ressources naturelles aux pays exportateurs, comme le Canada, mais aussi aux grandes angoisses qui affligent les marchés boursiers depuis plusieurs mois.

Corrections à la baisse

« Si les conditions financières se sont nettement améliorées récemment, la croissance économique à l’étranger apparaît plus molle que prévu », a expliqué en conférence de presse la présidente de la Fed, Janet Yellen.

Aussi, les membres du FOMC ont-ils légèrement revu à la baisse leurs dernières prévisions de croissance du mois de décembre, d’une médiane de 2,4 % à 2,2 % pour cette année, et de 2,2 % à 2,1 % pour l’année prochaine, et laissant 2018 à 2 %.

Le FOMC a aussi admis qu’il n’augmentera vraisemblablement pas ses taux d’intérêt aussi vite qu’il le croyait en décembre, la médiane des prédictions de ses membres laissant entrevoir seulement deux hausses de 0,25 point de pourcentage plutôt que quatre cette année. La Fed se rallie ainsi à l’opinion de la plupart des experts et des marchés qui tablaient depuis quelque temps déjà sur une hausse totale des taux d’intérêt cette année de seulement 0,50 point pourcentage, voire moitié moins. Pour 2017 et 2018, la Fed continue de croire qu’elle pourra ensuite augmenter d’environ 1 point de pourcentage chaque année pour arriver, à la fin de la dernière année, à un taux directeur de 3 %.

Tout cela demeure cependant bien incertain. En janvier, la Fed avait eu tellement de mal à déterminer si les risques en présence pesaient plus du côté d’une possible amélioration de la situation ou d’une dégradation, ou alors qu’ils s’équilibraient entre les deux, qu’elle avait choisi de faire l’impasse sur cette habituelle partie de son communiqué. Apparemment pas plus fixée aujourd’hui, elle a de nouveau décidé de se défiler mercredi.

En attendant le retour de l’inflation

La Fed a notamment de la difficulté à s’y retrouver avec un double mandat qui consiste à garder l’inflation stable aux alentours de 2 % et à poursuivre le plein-emploi qu’elle fixe à 4,9 %.

De son propre avis, le taux de chômage devrait déjà se situer autour de 4,7 % cette année, et même continuer à descendre jusqu’à 4,5 % d’ici 2018. Cette statistique générale ne tient pas compte des travailleurs découragés qui ont renoncé à se chercher un emploi ni de ceux qui ont été forcés d’accepter des emplois à temps partiel à défaut de trouver mieux, mais la situation s’améliore indéniablement, a expliqué Janet Yellen.

En ce qui a trait à l’inflation, on est encore loin du compte, la Fed prévoyant un taux de seulement 1,2 % cette année, mais qui remontrait à 1,9 % l’an prochain, et enfin à 2 % l’année d’après. Les événements ont semblé lui donner raison mercredi, de nouvelles statistiques sur le mois de février rapportant une augmentation générale des prix de seulement 1 % en 12 mois.

Cela est largement le fait de l’impact temporaire de la baisse des prix de l’essence de même du recul du prix des importations avec l’appréciation du dollar américain, a fait valoir Janet Yellen. Les prix finiront par augmenter sous l’effet notamment de la remontée de l’emploi et, par voie de conséquence, des salaires, bien que ce phénomène se fasse lui aussi attendre. Enfin, on verra bien.

Tout cela annonce qu’on peut d’ores et déjà faire une croix sur autre hausse du taux directeur de la Fed à sa prochaine réunion prévue en avril, estime Francis Généreux. L’économiste au Mouvement Desjardins, comme plusieurs de ses confrères, fait le pari de deux hausses de 0,25 point de pourcentage cette année, l’une en juin et l’autre en décembre.