La CSN se dit intriguée par le conflit entre Chantier Davie et la Société des traversiers

Le gouvernement conservateur de Stephen Harper a octroyé en 2012 des contrats de construction navale aux chantiers maritimes Seaspan, à Vancouver, et Irving, à Halifax, mais aucun navire n’a encore été construit.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Le gouvernement conservateur de Stephen Harper a octroyé en 2012 des contrats de construction navale aux chantiers maritimes Seaspan, à Vancouver, et Irving, à Halifax, mais aucun navire n’a encore été construit.

La CSN dit veiller au grain, afin que les 189 mises à pied déjà annoncées au chantier maritime Davie, en raison d’un litige avec la Société des traversiers, ne deviennent pas plus importantes.

Au cours d’une entrevue mercredi dans le cadre du conseil confédéral de la CSN à Montréal, le président de la centrale, Jacques Létourneau, s’est dit préoccupé par ce litige qu’il a qualifié d’« énigmatique ». Des médias régionaux ont déjà laissé entendre que le nombre de mises à pied pourrait dépasser les 200, voire 250 si le litige ne se règle pas bientôt. « Nous, on est intervenus auprès du syndicat pour essayer de voir un peu plus clair avec l’entreprise pour savoir qui dit vrai, parce que l’entreprise prétend que le gouvernement du Québec, par la Société des traversiers, ne respecte pas ce qui a été conclu, et vice-versa », a résumé M. Létourneau.

Le fond du litige vient de modifications qui ont été apportées au système électrique de deux navires, ce qui a entraîné une augmentation des coûts du contrat. La Davie veut être payée pour ses travaux supplémentaires, mais la Société des traversiers refuse de payer. Les travailleurs mis à pied ont, en quelque sorte, fait les frais de ce litige entre les deux sociétés.

Le ministre des Transports, Jacques Daoust, a déjà proposé un rapprochement entre les parties par un mécanisme de médiation. « On a fait des interventions auprès de M. Daoust et c’est clair qu’on va continuer à intervenir pour s’assurer que les emplois soient maintenus. Jusqu’à maintenant, ça reste quand même un peu énigmatique. Les informations qu’on a, d’un côté comme de l’autre, paraissent contradictoires. Les deux côtés se relancent la balle. Nous, on a été jusqu’à maintenant assez prudents quand même ; on ne s’est pas lancé dans des condamnations ni de l’entreprise ni du gouvernement », a ajouté M. Létourneau.

Fait à noter : la CSN représente à la fois les syndiqués de la Davie et ceux de la Société des traversiers.

M. Létourneau signale d’ailleurs que le syndicat de la Davie sera bientôt en négociation pour le renouvellement de sa convention collective. « C’est un syndicat qui s’en va aussi en négociation, donc c’est une question qui va être sur la table et qui a été avancée auprès de l’entreprise. Ça pourrait peut-être être une possibilité de permettre que les contrats fassent en sorte qu’on maintienne les emplois à ce niveau-là », a indiqué le président de la CSN.

Une offre à reconsidérer

Dans un autre litige, avec le fédéral cette fois, le député conservateur Steven Blaney affirme que le gouvernement Trudeau a rejeté trop rapidement les deux offres non sollicitées qui ont été soumises par le chantier naval Davie pour la construction de navires et de brise-glaces de la Garde côtière canadienne. La compagnie de Lévis est située dans la circonscription de M. Blaney.

« C’est irresponsable de ne pas prendre en considération une offre compétitive qui permettrait de fournir des navires additionnels dont nous avons grandement besoin », a-t-il dit.

Bien que l’ex-ministre assure soutenir la Stratégie nationale d’approvisionnement en matière de construction navale adoptée sous le gouvernement conservateur, il explique que rien n’empêche les libéraux fédéraux de commander de nouveaux navires qui seraient bâtis en marge du programme existant. « Soyons clairs. Nous nous attendons à ce que les chantiers navals livrent les navires pour lesquels ils ont remporté un contrat [en vertu du programme national de construction navale] en temps et en respectant le budget, a déclaré M. Blaney en entrevue à La Presse canadienne. Mais quels sont les besoins de la Marine et de la Garde côtière ? Ils ont d’énormes besoins et s’il y a de la place pour des navires additionnels, eh bien, il faudrait s’y attarder. »

Aucun navire n’a encore été construit dans le cadre du programme de construction navale, annoncé il y a cinq ans. Les chantiers navals qui ont remporté les contrats — à Halifax et Vancouver — se sont plutôt lancés dans de vastes programmes de modernisation.

Davie a offert de reconstruire — ou de construire — sept brise-glaces et des navires de soutien de la Garde côtière pour un montant qui oscillerait entre 1,5 et 1,7 milliard. Les autorités fédérales ont toutefois déclaré qu’elles ne répondraient pas à cette offre non sollicitée. « Le gouvernement ne commente pas ou ne répond pas à des soumissions non sollicitées », a signifié la porte-parole du ministère des Travaux publics, Michele LaRose.

Le ballon lancé par Davie a été perçu comme une tentative délibérée d’ébranler le chantier naval Seaspan de Vancouver, qui doit construire plusieurs des navires qui sont dans la mire de Davie. Seaspan et le chantier naval Irving à Halifax ont remporté les contrats octroyés par le gouvernement fédéral. M. Blaney soutient que ces deux entreprises — qu’il a visitées — travaillent déjà à pleine capacité et que les navires commandés ne pourront être livrés avant plusieurs années encore.