Un Nobel contre l'administration Bush - Joseph Stiglitz critique le budget 2005

L’administration Bush a présenté lundi son projet de budget 2005.
Photo: Agence Reuters L’administration Bush a présenté lundi son projet de budget 2005.

Paris - Le Prix Nobel d'économie américain Joseph Stiglitz a sévèrement critiqué hier le projet de budget 2005 présenté la veille par l'administration Bush, qu'il estime à la fois irréaliste, improductif et dangereux pour l'emploi.

«Un des succès de l'économie américaine réside dans l'innovation. Or le budget 2005 augmente les dépenses militaires et réduit le reste, notamment l'éducation et la recherche», a déclaré M. Stiglitz en marge d'une conférence devant les étudiants de l'Institut d'études politiques de Paris.

Selon lui, cette stratégie «improductive» de l'administration Bush «est une bonne nouvelle pour l'Europe» qui cherche à rattraper le niveau de la croissance américaine. De plus, «ce budget étrangle tous les budgets non militaires, et le Congrès ne va certainement pas réduire les dépenses de cette sorte en année électorale», a-t-il ajouté.

Quant à la croissance américaine, «elle sera modérée en 2004, de l'ordre de 4 %» et «restera de toute façon limitée par le fort taux d'endettement des ménages et les énormes déficits budgétaire et commercial, qui créent beaucoup d'incertitudes», a indiqué M. Stiglitz.

«Les baisses d'impôts des dernières années décidées par l'administration Bush», qui ont creusé le déficit budgétaire à un niveau record de 521 milliards de dollars (prévus à la fin de l'année 2004), «n'ont que peu joué sur la croissance au regard de leur importance», notamment la majorité d'entre elles, ciblée sur les hauts revenus, a-t-il indiqué.

«Et le président veut plus de réduction d'impôts, donc son manque de réalisme va rendre les gens encore plus nerveux», a-t-il conclu. «L'économie américaine a perdu trois millions d'emplois en trois ans, et aujourd'hui, les prévisions les plus optimistes disent que l'économie devrait croître juste assez pour ne pas que le marché du travail n'empire», a-t-il ajouté. «C'est pourquoi nous avons besoin d'autres stimulations fiscales que celles des républicains, centrées sur les hauts revenus.»