Montréal ne profite pas assez de son savoir

Montréal possède des actifs importants en matière de savoir, notamment ses quatre universités, mais à partir de ceux-ci, elle ne dégage pas assez de valeur ajoutée. C'est la principale conclusion du rapport d'un Comité conseil sur Montréal, ville de savoir créé dans la foulée du sommet de Montréal, à l'initiative du recteur de l'UdeM, Robert Lacroix, qui y était chef de la délégation Éducation, santé et Recherche. Le comité, a notamment interrogé une centaine de Montréalais «de la génération montante». À la question «Montréal est-elle une ville de savoir? », 43 % d'entre eux se sont dits «ambivalents», 23 % ont carrément répondu non. Bref, 34 % seulement ont répondu par l'affirmative.

Pour ce groupe témoin, la principale faiblesse de Montréal, outre le déclin des infrastructures, est le fait que «le bassin d'emplois reste trop limité» dans les secteurs à fort contenu technologique, ce qui limite les possibilités de changer d'emploi. Par ailleurs, Montréal est peu présente dans les «services supérieurs», c'est-à-dire la comptabilité, le conseil en gestion, la finance, l'assurance et l'immobilier, tous des secteurs qui ne représentent que 7 % des emplois à Montréal contre 11 % à Toronto. Sur ce plan, Montréal se situe au dernier rang par rapport aux grandes villes américaines.

Une Baie-James du savoir

Le recteur Robert Lacroix a toutefois insisté, lundi, lors de la rencontre de presse qui a suivi la divulgation du rapport, pour dire que Montréal est tellement bien dotée en matière de recherche, qu'elle est l'équivalent d'une «Baie-James qui n'attend que d'être harnachée». Concrètement, la métropole occupe «le premier rang canadien pour le nombre de publications scientifiques et le nombre de professeurs-chercheurs universitaires». Aussi, comme le rapport le soulignait, la concentration d'étudiants universitaires y est presque équivalente à celle de Boston. On y signale également que Montréal détient des mandats de Recherche et de développement mondiaux pour des entreprises comme Ericsson, Merk Frost, Boehringer Ingeheim, BAE Systems, Rolls-Royce, Harris, Motorola et IBM.

Mais en définitive, les résultats en matière d'économie du savoir sont décevants. Par exemple, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, qui participait à la rencontre, a fait remarquer que la métropole a peu de brevets octroyés per capita dans les domaines de pointe par rapport au reste de l'Amérique du Nord. Aussi, seulement 20 % des Montréalais possèdent un diplôme universitaire par rapport à une moyenne de 28 % pour les métropoles nord-américaines. Autre raison pour travailler contre le décrochage scolaire, d'une part. D'autre part, Montréal, qui accueille moins de diplômés universitaires que Toronto et Vancouver, doit rectifier le tir en cette matière. Par ailleurs, le maire Tremblay a confirmé au Devoir qu'il témoignera à la Commission sur le financement des universités, qui commencera ses travaux le 17 février, pour plaider la cause de Montréal, «ville universitaire».

Florida à Montréal

Le rapport, constituant d'abord une réflexion, ne comporte pas de plan d'action précis. Le maire et le recteur ont toutefois évoqué certains projets concrets pouvant s'inscrire dans cette réflexion: la Cité étudiante internationale, un projet de 240 millions dont on ne connaît pas encore l'emplacement, qui permettra à la fois de loger des étudiants et de lutter contre la crise du logement; «le quartier des spectacles», qui contribueraient à retenir les travailleurs du savoir à Montréal, eux qui sont des nomades très sensibles à la qualité de vie. Mais notons que la centaine de Montréalais interviewés par les auteurs du rapport ont tous répondu que Montréal serait la ville où ils choisiraient de s'établir «s'ils n'avaient aucune autre contrainte». Et ce, devant des cités comme New York, Boston, Paris et San Francisco. Devant de tels résultats, Gérald Tremblay a dit vouloir inviter à Montréal le fameux chercheur américain Richard Florida, connu entre autres pour son «indice bohémien» qui sert à mesurer la «concentration d'individus ayant des occupations de type créatif ou culturel». Sur ce plan, Montréal se classe au 10e rang des agglomérations de plus d'un million d'habitants. M. Tremblay estime que le chercheur «a peut-être raté quelque chose» et qu'il doit venir à Montréal pour mieux s'imbiber de la réalité montréalaise.