Malgré l'ordonnance de la Commission des relations de travail - Les travailleurs d'Alcan s'accrochent à Arvida

Québec — Les travailleurs de l'usine Alcan d'Arvida au Saguenay continuaient hier d'exploiter les salles de cuves Svderberg malgré l'ordonnance de la Commission des relations de travail, annonçant même un gain de productivité.

Depuis une semaine, les travailleurs «ont réussi à augmenter la productivité de leur usine tout en fabriquant plus de 1500 tonnes métriques d'aluminium», écrit le président du Syndicat national des employés de l'aluminium d'Arvida (SNEAA-TCA), Claude Patry, dans un communiqué.

«Ces 1500 tonnes d'aluminium ont permis à la compagnie Alcan de faire environ de 2 250 000 $ en ventes. Une fois les processus de transformation et d'alliage terminés, c'est près de quatre fois plus, soit près de neuf millions de dollars en ventes, que les travailleurs d'Alcan ont réussi à produire», dit-il.

En outre, le syndicat prétend que la production a pu se dérouler rondement en dépit des «manoeuvres de sabotage et de non-collaboration de part de la direction».

Les travailleurs ont pris en main les opérations afin de protester contre la décision d'Alcan de cesser dès cette année l'exploitation des vieilles cuves Svderberg, soit 10 ans plus tôt que prévu, éliminant ainsi 560 emplois.

Alors qu'Alcan appelle au dialogue tout en maintenant que la décision est irrévocable, les travailleurs en colère continuent de produire à plein régime, sans supervision patronale. «L'atmosphère de travail est excellente, car les travailleurs sont motivés à défendre une cause, écrit M. Patry. Ils démontrent aussi qu'ils ont à coeur de produire de l'aluminium.»

Les employés bénéficient d'ailleurs de l'appui inconditionnel des citoyens de Saguenay, qui étaient plusieurs milliers samedi dernier à manifester bruyamment contre la fermeture de l'usine.

Malgré l'atmosphère de crise, le gouvernement du Québec préfère se tenir à l'écart et s'en remet entièrement à son mandataire Serge Brault, le président de la Conférence des arbitres, pour tenter de trouver une solution à l'impasse.

«Il y a un mandataire qui fait son travail. Je vais le laisser travailler. On va lui laisser les coudées franches», a dit la ministre responsable du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Françoise Gauthier hier lors d'un point de presse à Québec.

M. Brault, qui doit rencontrer les syndiqués aujourd'hui, remettra son rapport d'ici 30 jours.

Une région durement frappée

La région du Saguenay-Lac-Saint-Jean est durement frappée depuis quelques mois par des annonces de mises à pied. Peu avant que le couperet ne s'abatte sur les travailleurs d'Alcan, 700 employés de l'usine d'Abitibi-Consol de Port-Alfred apprenaient leur licenciement.

La situation est à ce point critique que le maire de Saguenay, Jean Tremblay, est venu à Québec hier où il a pu s'entretenir avec le premier ministre Jean Charest. Les deux hommes ont convenu de mettre en place un comité chargé de jeter les bases d'un «plan stratégique de développement» d'ici l'été prochain. «J'espère que ça va porter fruits», a dit le maire Tremblay lors d'un point de presse à l'issue de la rencontre. «Je viens ici parce que ça va mal, très mal chez nous», a-t-il ajouté, précisant «n'être pas plus optimiste qu'il ne le faut».