La BCE joue son va-tout pour relancer l’activité et les prix

Mario Draghi
Photo: Daniel Roland Agence France-Presse Mario Draghi

La Banque centrale européenne (BCE) a sorti les grands moyens jeudi pour tenter de relancer l’inflation en zone euro, en dévoilant une flopée de nouvelles mesures de soutien à l’économie dont une nouvelle baisse de taux.

Son président, Mario Draghi, engagé dans une lutte sans merci contre l’inflation trop basse, est même allé plus loin que ce qu’on attendait de lui, réjouissant les marchés dans un premier temps, mais donnant aussi l’impression que la BCE a maintenant donné le maximum. Les marchés ont d’ailleurs reviré et terminé en baisse. Francfort a fini sur une forte baisse de 2,3 %, pendant que Paris terminait en recul de 1,7 % et Londres, de 1,8 %.

Le conseil des gouverneurs de l’institution monétaire a décidé d’abaisser encore l’ensemble de ses taux directeurs, déjà au plus bas depuis plus d’un an. Et la BCE pourrait aller encore plus bas, si cela s’avérait nécessaire, a assuré M. Draghi. D’autant qu’elle a revu à la baisse ses prévisions de croissance et d’inflation pour 2016 et 2017.

En parallèle, la banque centrale va muscler à partir d’avril son vaste programme de rachats de dettes, le « QE » pour « Quantitative Easing », en rachetant jusqu’à 80 milliards d’euros de titres de dette chaque mois, contre 60 milliards jusqu’à présent, et ce, jusque mars 2017. Au total, en deux ans, la BCE aura déboursé, à ce titre, 1740 milliards d’euros. La palette des titres éligibles au rachat de dettes a été élargie pour inclure des obligations émises par des entreprises de la zone euro — à l’exclusion des banques.

Un nouveau programme de prêts géants pour les banques complétera le dispositif. L’objectif est d’inciter les banques à faire circuler l’argent dans l’économie, pour faire repartir le crédit, les prix, et la croissance.

« Nous avons montré que nous ne sommes pas à court de munitions », a martelé M. Draghi, indiquant que « l’écrasante majorité » du conseil des gouverneurs s’était rangée derrière les mesures prises jeudi. La preuve, selon lui, de la volonté de la banque centrale de gagner la bataille contre l’inflation trop basse, alors que des rumeurs ont fait état ces derniers mois de dissensions au sein du conseil.

M. Draghi en a profité pour égratigner les partisans du statu quo, au rang desquels le gouverneur de la Bundesbank allemande, Jens Weidmann. Une politique du « non à tout » aurait conduit à « une déflation désastreuse », a martelé l’Italien, prononçant la formule « non à tout » en allemand (« nein zu allem »).

Pas d’inflation

La banque était sous pression pour frapper fort, après avoir déçu les marchés une première fois en décembre. Les effets des outils déjà déployés se font encore attendre. Un an après avoir dégainé la première version de son « QE », l’inflation s’affiche à -0,2 % en zone euro, très loin de l’objectif d’une hausse des prix proche mais inférieure à 2 %. La faute à la chute sans fin des prix du pétrole et à une reprise toujours atone sur le Vieux Continent, assombrie par le ralentissement des économies émergentes.

Les premières réserves se faisaient déjà entendre sur l’efficacité de l’action de la BCE. « C’était le maximum que la BCE puisse faire, mais cela ne suffira pas à lever les doutes sur l’impact de ces mesures », soulignait Carsten Brzeski, économiste chez ING.

De plus en plus d’observateurs mettent en doute la capacité de l’institution à ramener l’inflation vers sa cible — et celle des banques centrales de manière générale à agir sur l’économie. Pour Jonathan Loynes, de Capital Economics, la BCE a dévoilé « un panaché de mesures plus audacieux que ce que la plupart des observateurs attendait ». « La BCE a finalement tenu ses promesses, salue-t-il, mais elle ne peut pas faire des miracles ».

La prévision d’inflation revue en baisse

Francfort — La BCE a drastiquement abaissé jeudi ses pronostics concernant l’inflation en zone euro en 2016, qu’elle voit tomber à 0,1 %, sous l’effet de la faiblesse des cours pétroliers, tout en assurant que la déflation allait être évitée. L’institution monétaire de Francfort attendait jusqu’alors une hausse des prix en zone euro de 1 % pour l’année en cours. « Nous ne sommes pas en déflation », a également affirmé le président de la BCE, Mario Draghi, alors que l’inflation en zone euro est retombée en territoire négatif en février, à -0,2 %. Il table sur une inflation encore négative pendant les mois à venir, avant une remontée des prix en fin d’année. La BCE a également confirmé la lenteur de la reprise économique en zone euro. Elle escompte un PIB en zone euro en hausse de 1,4 % en 2016, 1,7 % en 2017 et 1,8 % en 2018. Auparavant, elle tablait sur une croissance de 1,7 % en 2016 et de 1,9 % en 2017.