La Banque du Canada attend le budget Morneau

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz

La Banque du Canada maintient ses taux d’intérêt inchangés en attendant de voir ce que réserve le premier budget du gouvernement Trudeau.

La banque centrale canadienne n’a surpris personne mercredi en laissant inchangé son taux cible du financement à un jour à 0,50 %.

Dans le bref communiqué expliquant sa décision, elle a noté que « la croissance du [produit intérieur brut] du Canada au quatrième trimestre n’a pas été aussi faible qu’escompté, mais les perspectives d’évolution à court terme de l’économie demeurent sensiblement les mêmes qu’en janvier », soit la dernière fois où elle a mis à jour ses prévisions économiques et financières.

Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le ministre canadien des Finances, Bill Morneau

Cette fois-là, elle avait rappelé que le Canada était engagé dans une longue et difficile transition économique forcée par l’effondrement des prix des ressources naturelles. Elle en avait profité pour réviser ses prévisions de croissance réelle à 1,2 % pour 2015, 1,4 % pour cette année, et 2,4 % pour l’an prochain.

Rien de tellement nouveau

Depuis ce temps, dit la Banque du Canada, « l’économie mondiale progresse largement comme [elle] l’avait anticipé » bien que « la volatilité des marchés financiers […] semble s’atténuer ». L’institution présidée par le gouverneur Stephen Poloz se dit confortée aussi dans ses attentes du mois de janvier en ce qui a trait entre autres à la tenue de l’emploi en dépit des pertes subies dans les provinces de l’Ouest, des dépenses des ménages, des investissements des entreprises « qui restent très faibles » et de la tendance de fond en matière d’inflation. Le fait que « les exportations hors énergie gagnent en vigueur » ne semble pas tellement changer non plus le portrait d’ensemble.

Il est vrai que le récent rebond des prix du pétrole et l’évolution des attentes des marchés à l’égard des politiques monétaires au Canada et aux États-Unis ont aidé le dollar canadien à remonter de 9 % après avoir touché un creux de 13 ans en janvier, admet-on, mais tout indique que « le bas niveau des prix du pétrole continuera de peser sur la croissance au Canada » et que le huard ne déviera pas tellement du niveau prédit au début de l’année, soit aux alentours d’une moyenne de 72 ¢US.

La Banque du Canada a rappelé qu’elle doit mettre à jour l’ensemble de ces prévisions au mois d’avril, soit après que le gouvernement de Justin Trudeau aura présenté son premier budget à Ottawa le 22 mars. Un peu comme elle l’avait déjà fait en janvier, elle a souligné qu’alors seulement elle pourra procéder à une « une évaluation de l’incidence des mesures budgétaires contenues dans le prochain budget fédéral »,a-t-elle souligné.

Au tour du gouvernement

Pour l’analyste de la Banque Nationale Paul-André Pinsonnault, le message envoyé par Stephen Poloz est on ne peut plus clair. « L’orientation future de la politique monétaire dépendra en grande partie de ce que fera le gouvernement fédéral sur le front budgétaire. Mais à en croire les propos du premier ministre, Justin Trudeau, il semble que la politique budgétaire prendra le relais, permettant à la Banque de rester sur la touche. »

Rappelons que durant la campagne électorale, Justin Trudeau a promis un plan de relance économique d’environ 10,5 milliards seulement pour l’année 2016-2017. Le mois dernier, il a été obligé d’admettre que le ralentissement économique est plus grave que prévu et que cela pourrait porter le déficit budgétaire de cette année à 18,4 milliards avant même que n’y soient incluses les mesures de relance promises.

« Les mesures de stimulations fiscales d’Ottawa ne feront pas de miracles », a prévenu Douglas Porter, de la Banque de Montréal.

En janvier, les marchés financiers situaient à 60 % la probabilité d’une ou de plusieurs nouvelles baisses des taux d’intérêt par la Banque du Canada, rappelle Paul-André Pinsonnault. Aujourd’hui, cette probabilité est tombée à 40 %.

« Selon toute vraisemblance, les autorités continueront d’opter pour le statu quo du taux cible des fonds à un jour pour les trimestres à venir, a estimé pour sa part l’analyste du Mouvement Desjardins Benoit P. Durocher. Ce ne sera probablement pas avant la fin de 2017 que les conditions seront réunies pour amorcer une première hausse des taux d’intérêt directeurs au pays. »

Son collègue de la Banque TD, Brian DePratto, croit qu’il faudra attendre jusqu’en 2018.