Panne de sens

S’il est vrai que les automobilistes ont réalisé des économies avec la chute des prix du pétrole, la diminution n’a pas été égale partout au Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir S’il est vrai que les automobilistes ont réalisé des économies avec la chute des prix du pétrole, la diminution n’a pas été égale partout au Québec.

Plus de la moitié des hausses du prix de l’essence survenues en début de week-end l’an dernier étaient « démesurées » et « sans fondement », avance l’organisme CAA-Québec dans un bilan qui n’impressionne pas l’industrie pétrolière.

Le portrait annuel publié lundi est sans équivoque : le prix du litre d’essence a diminué en moyenne de 16 % dans l’ensemble du Québec, influencé par la chute des cours du baril de pétrole qui est passé d’une centaine à une cinquantaine de dollars en un an. Dans les poches du propriétaire d’une Civic 2014 qui aurait parcouru 20 000 kilomètres, calcule le CAA, cette baisse se traduit par une économie de 300 $.

Si le prix du litre n’a pas reflété avec précision le recul des cours du brut, c’est que plusieurs facteurs entrent en ligne de compte, notamment la faiblesse subite du dollar canadien, le démarrage de la deuxième phase du marché du carbone, qui ajoute quelques sous par litre, et la hausse des marges de raffinage.

Le CAA-Québec a cependant noté lundi que les automobilistes montréalais « ont manifestement fait les frais d’une stratégie choquante de l’industrie : de nombreuses hausses injustifiées les vendredis ». Sur 17 hausses survenues ce jour-là, 11 n’étaient pas justifiées, a-t-il affirmé. Dans son bilan 2014 publié en février 2015, le CAA avait recensé 18 hausses le vendredi, dont 8 étaient selon lui inexplicables.

 

Questions sans réponse

« On comprend extrêmement mal pourquoi ce scénario se répète dans la métropole », a dit en entrevue le directeur des affaires publiques du CAA-Québec, Philippe St-Pierre. « Lorsqu’on voit des hausses substantielles de la sorte, sans que les indicateurs ne l’exigent, si on peut dire ainsi, pour nous ça soulève des questions parce que c’est une stratégie qui est clairement défavorable pour les automobilistes. »

L’organisme préférerait voir les prix évoluer tout au long de la semaine de concert, par exemple, avec le prix de l’essence raffinée à la rampe de chargement. « L’industrie affirme que sur une année complète, ça s’équivaut, mais selon nous ce n’est pas vrai. »

« Comme chaque année, CAA tente de soulever une polémique avec son rapport annuel », a réagi le vice-président de l’est du Canada à l’Association canadienne des carburants. « Sur la question des augmentations, le phénomène a été analysé sous toutes ses formes et il n’y a toujours pas de corrélations ou de théories qui tiennent la route. »

Selon M. St-Pierre, « on ne tente pas de faire de la polémique ». « On prend une photo », dit-il. « On ne fait que constater ce qu’il se passe ces vendredis-là. C’est ce qu’on interroge. »

M. St-Pierre affirme que le phénomène des hausses significatives a disparu ou presque de la région de Québec, où la concurrence s’est récemment accrue avec la vente d’essence par une chaîne à grande surface. « Les stations réagissent plus vite maintenant et ça donne une diversité de prix, ce qu’on n’avait pas auparavant. On a aussi des bonds, mais ils tiennent beaucoup moins longtemps. »

Le prix moyen à Montréal était de 116,8 cents le litre l’an dernier, contre 109,9 à Québec. À 7,6 cents du litre en 2015, comparativement à 7,1 cents en 2014, la marge de profit au détail est également plus élevée à Montréal qu’elle ne l’est ailleurs. À Québec, elle se situait l’an dernier à 4,4 cents, en baisse de 20 %. Elle a également diminué à Sherbrooke, passant de 7,6 à 6,2 cents du litre. Les tendances peuvent parfois se croiser : en 2010, la marge était légèrement plus élevée à Québec qu’à Montréal.

Le cours du pétrole brut est récemment reparti à la hausse. Après avoir sombré sous la barre des 30 dollars américains aux mois de janvier et février, le baril du West Texas Intermediate, référence du pétrole nord-américain, se situe ces jours-ci autour de 38 $. Il se trouve encore bien loin de ses niveaux de 2013, lorsqu’il atteignait plus de 110 $.

1 commentaire
  • Pierre Cardinal - Abonné 9 mars 2016 17 h 59

    panne de bon sens

    Votre titre est amusant, mais je ne crois pas que le sujet mérite un article : le prix de l'essence obéit à la loi du marché de l'offre et de la demande, tout simplement.