L'ABC de l'IP

IP: n. m., sigle de «protocole Internet» (en anglais). Langage informatique qui permet aux appareils électroniques de toute nature de converser en sons, en images ou en données. Téléphonie IP: n. f., système qui permet aux êtres humains de se parler dans ce même langage.

Créée à l'origine pour transporter des données et non pas un signal vocal, ce langage consiste à tout fractionner en petits paquets de données numériques prêts à être envoyés sur les réseaux de télécommunications. Chaque paquet choisit alors le chemin le plus court pour se rendre à destination, où le message original peut être reconstitué de façon cohérente.

Un tel mode de transmission comporte toutefois un problème: il entraîne des retards dans la réception de certains paquets. Des retards qui, s'ils n'ont que peu d'impacts sur la réception de données, peuvent considérablement affecter la qualité d'une conversation téléphonique à force d'interruptions plus ou moins longues.

«L'oreille humaine détecte la moindre interruption qui dépasse 150 millisecondes, d'où l'importance d'assurer une grande fluidité dans le flot d'information», explique Denis Deslongchamps, ingénieur et président d'Alcani, une firme spécialisée en téléphonie IP.

L'introduction de liens Internet à haute vitesse, de modems plus performants ainsi que de systèmes informatiques d'aiguillage assurant, sur les réseaux, la priorité aux paquets qui comportent de l'information liée à la voix ont récemment permis d'éliminer ce problème.

Du coup, les compagnies propriétaires d'infrastructures de télécommunications ont vu l'intérêt de tout traduire en protocole IP de manière à maximiser le volume de données charrié sur leurs réseaux. «De façon classique, on ne peut tenir sur un même lien qu'une seule conversation téléphonique en même temps, avec toutes les pauses et les temps morts que cela implique», note Mehran Ebrahimi, professeur de management et technologies à l'UQAM. «Le protocole IP et ses petits paquets permettent d'utiliser chaque espace disponible pour envoyer simultanément une foule de données sonores, vidéo ou autres, échangées entre une foule de personnes différentes.»

Bell Canada ne s'y est d'ailleurs pas trompée. Elle disait récemment compter réduire de 30 % les coûts d'exploitation de son réseau actuel de télécommunications en procédant à sa conversion à la technologie IP, soit des économies de 900 millions à 1,6 milliard de dollars.

La nouvelle téléphonie IP empruntera les lignes privées des compagnies de télécommunications plutôt que de passer, comme autrefois, par le réseau Internet public. La raison officielle à cela est d'en contrôler la qualité et la sécurité. Il y a toutefois une autre raison, plus intéressée celle-là. «Les compagnies ne veulent pas d'un service gratuit, dit Mehran Ebrahimi. Avec le contrôle des serveurs et des relais, elles pourront en ouvrir ou en fermer l'accès à qui elles voudront.»

É. D.