Va jouer dans le trafic!

Avec un parc automobile de voitures sans conducteur connectées entre elles, le nombre d’accidents et la congestion routière diminueraient drastiquement.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Avec un parc automobile de voitures sans conducteur connectées entre elles, le nombre d’accidents et la congestion routière diminueraient drastiquement.

Ce n’est pas de la science-fiction : la voiture autonome se développe à grande vitesse et pourrait être commercialisée d’ici à peine dix ans. Même si les principales avancées se font pour l’instant au sud de la frontière, le Québec n’échappera pas à cette révolution, qui devrait radicalement transformer notre manière de nous déplacer, de travailler… et de nous assurer.

Goodyear a profité du Salon de l’automobile de Genève, qui se déroule ces jours-ci, pour dévoiler en première mondiale ce qui pourrait être le « pneu de demain ». L’Eagle-360 — qui n’est pour l’instant qu’un concept — est un pneu sphérique, muni de capteurs et relié au véhicule par magnétisme.

Selon le fabricant, ce nouveau pneu permettrait des virages plus fluides, réduirait l’espace de stationnement nécessaire et améliorerait la connectivité entre les véhicules.

Photo: Tony Avelar Associated Press La plus reconnue des voitures sans conducteur, celle de Google

« Nous sommes persuadés que le pneu concept Eagle-360 apportera une solution durable et sécuritaire pour nos clients qui utiliseront des véhicules autonomes dans l’avenir », a commenté le président de Goodyear pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, Jean-Claude Kihn.

Le travail des ingénieurs de la compagnie américaine s’ajoute à celui accompli par de nombreux fabricants automobiles pour qui la démocratisation éventuelle de la voiture autonome — ou sans conducteur — ne fait plus de doute. Reste à savoir quand.

Les plus audacieux parlent de cinq ou dix ans, tandis que les analystes les plus conservateurs repoussent l’échéance en 2040 ou même en 2050. La transition se fera sans doute de manière progressive, au rythme des essais des géants de l’automobile.

En marge des dizaines de constructeurs qui se mettent de la partie, Google impressionne avec les quelque 2,2 millions de kilomètres parcourus jusqu’à maintenant par ses voitures d’essai. Au total, à peine une dizaine de collisions, toutes causées par des erreurs humaines, ou presque. En début de semaine, les dirigeants de la multinationale ont reconnu qu’un premier incident, survenu le mois dernier, a été en partie provoqué par un de ses véhicules autonomes.

Nombreux avantages

La voiture autonome ne fait pas seulement rêver les adeptes de nouvelles technologies. Un long article publié récemment dans la revue américaine Time détaille l’étendue des transformations à venir.

Avec un parc automobile de voitures sans conducteur connectées entre elles, le nombre d’accidents et la congestion routière diminueraient drastiquement. Une voiture pourrait vous déposer devant votre restaurant préféré du centre-ville, pour ensuite se trouver une place de stationnement toute seule, quelques rues plus loin. La signalisation routière deviendrait pratiquement inutile, tandis que les routes et les ponts pourraient être plus étroits, donc moins coûteux. Selon une étude rendue publique l’an dernier par le Conference Board du Canada, les avantages économiques de la voiture autonome au Canada se chiffrent à 65 milliards de dollars.

Ottawa tarde cependant à prendre le virage, déplore le Centre d’excellence canadien des véhicules autonomes. Cette organisation réclame notamment une réglementation fédérale permettant de tester, produire et mettre en service de telles voitures. Pour l’instant, seul l’Ontario permet les tests sur ses routes, depuis le 1er janvier.

Aucune décision semblable n’a été prise au Québec, ce qui ne veut pas dire que la province échappera au mouvement. Notre climat hivernal représente toutefois un défi supplémentaire, souligne le spécialiste automobile chez CAA-Québec Jesse Caron. « Les conditions routières sont l’ennemi numéro un pendant quatre à cinq mois par année. Certains jours, la chaussée va être sèche, mais ce sera différent lors des jours de tempête. Et pour l’instant, la technologie n’est pas capable de déjouer ça », dit-il.

Les « perdants »

Bien entendu, l’arrivée des voitures autonomes n’annonce pas que de bonnes nouvelles. Certains soulèvent les craintes liées à la protection de la vie privée ou au piratage des voitures à distance, sans oublier les nombreuses questions éthiques. Qui serait responsable d’un accident causé par une voiture autonome ? Et si une collision devenait inévitable, le véhicule devrait-il privilégier la sécurité de son passager ou celle des autres usagers de la route ?

Parmi les « perdants », on peut nommer les chauffeurs de taxi, les camionneurs et, semble-t-il, les assureurs. Dans un rapport dévoilé l’été dernier, la firme KPMG a estimé qu’en raison du déploiement des véhicules autonomes et de la diminution du nombre d’accidents, la taille du secteur américain de l’assurance automobile pourrait être réduite de 60 % d’ici 2040.

Au Bureau d’assurance du Canada, on dit suivre ce dossier de près. Il est cependant trop tôt pour savoir à quoi ressemblera le marché de l’assurance automobile dans 25 ans, explique-t-on.

« Il est effectivement possible que l’arrivée de ce type de voiture [autonome] sur nos routes ait un impact sur la tarification en assurance automobile, mais il est encore trop tôt pour donner des précisions à cet égard », répond quant à elle la porte-parole de Desjardins Assurances, Valérie Lamarre.

4 commentaires
  • André Savary - Abonné 5 mars 2016 08 h 26

    catastrophe économique...

    Ces super voitures sans conducteur seront évidemment programmées pour une conduite " légale"voire exemplaire, détectant les limites de vitesse, les feux rouges, etc. Alors nos villes et notre province vont se voir privées de millions de beaux dollars récoltés par nos vaillants policiers et appareils sophistiqués...
    Évidemment cela ne réglera en rien la congestion automobile sur nos routes...La même route 20 depuis plusieurs décennies, mais avec beaucoup plus de circulation, sans compter le transport lourd décuplé depuis l’avènement des pistes cyclables et de notre mode de vie.
    Si toute l’énergie et les études pour ces voitures « autonomes » étaient placées en fonction d’un transport collectif interurbain intelligent ?? Monorail, TGV beaucoup de solutions existent, alors pourquoi vouloir encore des autos individuelles ??? Pour se priver du plaisir de conduire, qui j’en conviens devient de moins en moins agréables avec cette lourdeur de la circulation, l’état de nos routes et la météo...

    • Jean Richard - Abonné 5 mars 2016 16 h 49

      Des transports collectifs, des TGV ? On va nous dire que ça coûte beaucoup trop cher et pourtant...

      La STM commence à remplacer ses toutes premières voitures de métro, en service depuis 50 ans. Coût de l'opération, 1,2 G$ payés à 75  % par le gouvernement du Québec (900 M$). Faisons un petit calcul, en considérant que ces voitures sont à la disposition des habitants des villes desservies, soit Montréal, Longueuil et Laval. Considérons également que le métro permet près de 300 millions de déplacements par année. Il pourrait y avoir environ 2,5 millions de personnes différentes qui ont utilisé le métro en un an. Le petit calcul sera le suivant : 900 M$ divisé par 2,5 usagers = 360 $ par personne et ça, pour les 50 ans à venir.

      Chaque usager aura donc reçu 360 $ en subvention pour rouler en métro, un véhicule 100 % électrique avec une empreinte écologique très faible (comparativement).

      Ce même gouvernement qui n'a pas d'argent pour les transports collectifs accorde 8000 $ de subvention à chaque acheteur d'une bagnole individuelle à batterie, plus 1000 $ pour une prise de courant, plus un congé de certaines taxes qui pourraient amener le total à 12 000 $ sur cinq ans. C'est 12 000 $ pour se déplacer en voiture individuelle contre seulement 360 $ pour faire de même avec le transport collectif, soit 33 fois moins. Cherchez l'erreur et continuons à dire qu'on n'a pas les moyens d'avoir des transports collectifs efficaces. Continuons à subventionner grassement la congestion routière, la dégradation du territoire urbain, l'étalement urbain, les menaces environnementales... Et continuons à subventionner les constructeurs automobiles étrangers.

  • Jean-Paul Michon - Inscrit 5 mars 2016 12 h 11

    La grande incertitude

    Cet article fort intéressant manque un peu de hauteur. Les ingénieurs de Google ne voient pas qu'en parallèle de ce développement de la voiture autonome se développe la technologie des drones qui risque à très court terme de voler la vedette de ces nouvelles voitures car, pas de route, pas de pont, pas d’intempérie au sol etc.
    Ces ingénieurs devront rapidement intégrer toutes les technologies qui permettent à l’être humain de se déplacer d’une façon autonome. Il existe aussi les mini-sacs à dos fusée qui permettent de s’élever dans le ciel et de se déplacer d’un point à un autre sans difficulté.
    Les limites de ces nouvelles technologies sont uniquement liées à notre imagination. Hier sur TV5, j’écoutais un reportage sur les voitures équipées de moteurs à hydrogène. C’était fabuleux. Cela démontre que l’avenir est très proche et que les chamboulements seront nombreux tant que d’autres turbulences ne viendront pas retarder le progrès en route.

  • Mario Jodoin - Abonné 6 mars 2016 00 h 50

    Quel manque de vision...

    «La transition se fera sans doute de manière progressive, au rythme des essais des géants de l’automobile.»

    On pense donc qu'il y aura encore des automobiles individuelles en 2040 et 2050, ce qui signifie automatiquement que le réchauffement climatique sera supérieur à deux degrés. Et on n'en parle même pas dans cet article...