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La Chine à l’heure des fusions

Objectif affiché dans le plan «Chine 2025», établi en 2015: constituer une filière aéronautique complète, à même de rivaliser avec les meilleures industries mondiales.
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse Objectif affiché dans le plan «Chine 2025», établi en 2015: constituer une filière aéronautique complète, à même de rivaliser avec les meilleures industries mondiales.

Quelques semaines après les festivités de l’entrée dans l’année du Singe, Pékin entame le grand ménage de printemps dans ses entreprises. Après avoir fusionné ses équipementiers de chemins de fer, puis annoncé la même opération dans le transport maritime, voici le tour de la construction aéronautique. Selon l’agence Bloomberg, ce jeudi ont été publiées les nominations des deux dirigeants d’une nouvelle structure qui réunira quelque quarante entités, dont trois sociétés cotées, travaillant sur les moteurs d’avion. Objectif affiché dans le plan « Chine 2025 », établi en 2015 : constituer une filière aéronautique complète, à même de rivaliser avec les meilleures industries mondiales.

Monter en gamme est devenu une priorité absolue de l’empire du Milieu, s’il veut réussir sa transition vers une économie développée. Mais la nécessité de se développer dans de nouveaux secteurs de l’industrie et des services n’est pas la seule raison qui se cache derrière les fusions en série qui devraient émailler 2016. Il s’agit de sortir de l’ornière un secteur industriel public qui menace d’entraîner le pays par le fond.

Photo: Ed Jones Agence France-Presse La Chine, qui a d’abord fusionné ses équipementiers de chemins de fer et procédé à la même opération dans le secteur maritime, s’attaque maintenant à son secteur aéronautique.

C’est notamment lui qui est responsable des surcapacités considérables qui se sont accumulées en Chine et débordent sur le monde entier. Dans le papier, le verre, l’aluminium, l’acier ou le ciment, les capacités des usines se sont effondrées. Selon une étude d’Oxford Economics citée par The Economist, la différence entre capacité et production réelle est passée de zéro en 2007 à 13 % en 2015. Dans le seul secteur de l’acier, les surcapacités représenteraient deux fois la production du numéro un mondial, ArcelorMittal. Résultat, un effondrement des prix intérieurs et mondiaux et des pratiques de dumping qui ont provoqué une levée de boucliers en Europe et aux États-Unis.

Une arme à double tranchant

Cette situation est la conséquence directe des plans de relance qui ont suivi la crise financière de 2008. Alors que, depuis les années 1990, le secteur public chinois avait connu une cure d’amaigrissement considérable et une amélioration parallèle de sa compétitivité, le phénomène s’est inversé avec un déluge d’argent pour financer de nouvelles infrastructures, des usines et des équipements. Mieux connectées aux autorités, les entreprises d’État ont profité à plein de ces largesses. Avec la fin du boom immobilier et le ralentissement des exportations, les grands groupes publics ont vu leur dette exploser et leurs comptes virer au rouge.

Le gouvernement chinois a donc trouvé la parade : fusionner à tour de bras. Mais qu’elles aient pour objectif de préparer l’avenir ou d’effacer les erreurs du passé, la solution de la fusion est une arme à double tranchant. Faute de restructuration, le mouvement risque d’accroître le problème plutôt que de le résoudre. Et au passage d’étouffer l’initiative privée qui est, aujourd’hui, le plus solide moteur de la Chine.