Le pessimisme est mauvais conseiller

Les perspectives économiques ne sont pas si sombres, estime l'économiste en chef de la CIBC.
Photo: Le Devoir Les perspectives économiques ne sont pas si sombres, estime l'économiste en chef de la CIBC.

L’économiste qui a abaissé ses prévisions canadiennes à deux reprises en un mois invite les investisseurs à se détendre. Il constate un excès de pessimisme dans le marché et entrevoit des signes avant-coureurs d’inversion de tendance.

« Les perspectives économiques ne sont pas aussi sombres que le craignent nombre d’entre eux », écrit Avery Shenfeld, économiste en chef de la Banque CIBC, dans un message aux investisseurs.

Le 28 janvier, Marchés mondiaux CIBC abaissait ses prévisions 2016 pour la deuxième fois en un mois. L’institution estimait alors que la progression du PIB canadien ne sera que de 1,3 % cette année, alors que le mois précédent, elle misait sur une croissance de 1,7 %. Avery Shenfeld invitait alors à ne pas sombrer dans « une surdose de pessimisme ». Mais la chute persistante des prix des matières premières, pétrole en tête, forçait une révision en chaîne des scénarios. « Il est inhabituel pour nous de réévaluer les perspectives d’une année complète à peine un mois après les avoir publiées, mais d’un autre côté, nous traversons une période inhabituelle », avait souligné l’économiste. « Même si le PIB du pays est moins lourdement exposé au secteur des ressources naturelles qu’il ne l’était il y a un an, nous n’en sommes qu’aux premières étapes des effets négatifs de débordement dans les autres secteurs. »

Jeudi, l’économiste admettait qu’il a constamment rétrogradé ses perspectives de croissance canadienne et mondiale depuis le deuxième semestre de 2014. Or, « la clameur du marché lui donne désormais l’impression d’être un optimiste qui voit la vie en rose », peut-on lire dans le communiqué de la CIBC.

« Les perspectives ne sont pas aussi sombres que le craignent certains, et les taux [d’intérêt] ne sont pas à la tendance négative partout. » Avery Shenfeld met notamment en exergue ce scénario largement véhiculé sur le marché obligataire évoquant un recours de la Réserve fédérale américaine à l’arme des taux d’intérêt négatifs. Ces anticipations ne font qu’ignorer un trop grand nombre de faits sur le terrain, dit-il. « Ces derniers jours, nous observons ce qui pourrait être des signes avant-coureurs de l’inversion de cette tendance […] Les États-Unis ne prennent pas le chemin du Japon, loin de là. Ils ne sont pas non plus assis sur un écart de production massif comme celui qui ronge encore l’Europe. »

Dans son analyse déposée jeudi, Avery Shenfeld anticipe une croissance du PIB canadien de 1,4 % cette année, contre 1,2 % en 2015. Pour les États-Unis, la croissance attendue est de 2,2 % en 2016, contre 2,4 % l’an dernier. Pour 2017, le PIB canadien pourrait croître de 2,3 %, surpassant la cible de 2,1 % retenue pour les États-Unis. Mais pour y parvenir, un coup de pouce fiscal devra venir du budget fédéral. « La politique monétaire est ici sans influence, étant donné l’endettement du secteur des ménages et le tassement de l’essor immobilier », écrit l’économiste, qui estime qu’Ottawa dispose de la marge de manoeuvre requise.


Perspectives favorables pour Montréal et Québec

L’année 2016 devrait être favorable pour Montréal et Québec du point de vue économique, selon une analyse du Conference Board du Canada dévoilée jeudi. Montréal et Québec devraient croître respectivement de 2,3 et 2 %. Selon le codirecteur du Centre d’études municipales de l’organisation, Alan Arcand, « la dépréciation du dollar canadien et la vigueur de l’économie américaine sont de bonnes nouvelles » pour les deux plus grandes villes de la province et leurs industries axées sur l’exportation. L’embellie économique de Montréal sera principalement attribuable au renforcement du secteur manufacturier, au rebond de la construction et aux gains constants dans le secteur des services. À Québec, les secteurs de l’hébergement, des services alimentaires et du commerce de détail devraient continuer à profiter d’un huard plus faible. Sur une note moins positive, les mesures d’austérité du gouvernement provincial freinent la croissance de l’administration publique dans la capitale.
1 commentaire
  • Bernard Plante - Abonné 4 mars 2016 08 h 52

    L'éternelle chanson du coup de pouce fiscal!

    L'économiste de la CIBC nous dit que pour relancer l'économie les entreprises auront besoin d'un coup de pouce fiscal. Franchement! A-t-il oublié que plus de 600 milliards de dollars dorment dans les comptes bancaires des compagnies canadiennes? Si la fiscalité était si désavantageuse, comment les entreprises auraient-elles réussi à accumuler une telle somme?

    Le problème ne provient pas de la fiscalité mais de la frilosité d'une génération d'entrepreneurs au bord de la retraite qui ne bouge plus et ne prend plus aucun risque, préférant laisse son argent dormir à la banque. Vivement la relève!