La moitié du monde (du travail) est une femme

Le taux de syndicalisation des femmes sur le marché du travail a rejoint celui des hommes. Et elles se hissent également dans la hiérarchie syndicale, atteignant parfois le sommet dans des organisations dominées par les hommes. Il en va ainsi du Syndicat des cols bleus de Montréal, qui est dirigé par Chantal Racette (au centre). Derrière elle, Lucie Levasseur, présidente de la section québécoise du Syndicat canadien de la fonction publique.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le taux de syndicalisation des femmes sur le marché du travail a rejoint celui des hommes. Et elles se hissent également dans la hiérarchie syndicale, atteignant parfois le sommet dans des organisations dominées par les hommes. Il en va ainsi du Syndicat des cols bleus de Montréal, qui est dirigé par Chantal Racette (au centre). Derrière elle, Lucie Levasseur, présidente de la section québécoise du Syndicat canadien de la fonction publique.

La situation des femmes s’est grandement améliorée à presque tous points de vue sur le marché du travail québécois au cours des trois dernières décennies. Emploi, taux de chômage, rémunération, syndicalisation : la majorité des voyants sont au vert, mais des différences subsistent avec les hommes, tout particulièrement pour les femmes moins scolarisées.

À quelques jours de la Journée internationale des femmes, le 8 mars, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a publié jeudi un portrait de la situation des Québécoises sur le marché du travail au cours des 35 dernières années, soit entre 1980 et 2015. Même si certaines tendances s’observent depuis déjà quelques années, le retour en arrière permet de mesurer l’étendue du chemin parcouru.

« Un des faits les plus marquants du marché du travail des 35 dernières années est la forte progression de la participation des femmes », souligne le document de l’ISQ. Entre 1980 et 2015, la croissance de l’emploi féminin a été de l’ordre de 86 %, comparativement à 25 % pour l’emploi masculin, ce qui permet aujourd’hui aux Québécoises de détenir près de la moitié de l’ensemble des emplois.

Plus touchées par le chômage que les hommes il y a 35 ans, les femmes ont renversé cette tendance depuis le début des années 1990. Près d’une Québécoise sur quatre occupe aujourd’hui un emploi à temps partiel, une proportion demeurée relativement stable au cours des dernières décennies, mais la croissance de l’emploi permanent a été près de deux fois plus forte chez les femmes que chez les hommes entre 2000 et 2015.

L’an dernier, les femmes ont pour la première fois rattrapé les hommes au chapitre du taux de couverture syndicale, à environ 39 %. Au fil des ans, elles ont également effectué d’importants gains en matière de rémunération : l’écart entre le salaire horaire des hommes et des femmes qui sont salariés et qui travaillent à temps plein est cependant resté constant au cours des 15 dernières années. En 2015, les travailleuses ont gagné environ 3 $ dollars l’heure de moins que les travailleurs.

De manière plus spécifique, l’emploi des Québécoises a plus que doublé dans le secteur des services entre 1980 et 2015, de sorte que les femmes y sont désormais plus nombreuses que les hommes. Les professions liées à l’enseignement, au droit ou aux services sociaux, communautaires et gouvernementaux sont celles qui se sont le plus féminisées en 35 ans.

Inégalités qui persistent

L’amélioration de la plupart des indicateurs est réjouissante, admet la professeure à l’École des sciences de l’administration de la TELUQ Marie-Josée Legault, qui étudie notamment l’équité en emploi. Mais certaines inégalités persistantes se cachent derrière les chiffres, juge-t-elle.

Les données dévoilées par l’ISQ indiquent par exemple que la proportion de travailleuses québécoises ayant un diplôme de niveau collégial ou plus est passée d’environ 40 % à plus de 70 % entre 1990 et 2015. Chez les hommes, cette proportion frôle les 65 %.

« Il reste une proportion importante de femmes et d’hommes qui n’ont pas un niveau de scolarité élevé, souligne Mme Legault. C’est incroyable de voir à quel point la qualité des emplois des hommes qui n’ont pas un haut niveau de scolarité est meilleure que celle des femmes qui ont le même niveau de scolarité. »

Ces hommes moins scolarisés peuvent par exemple trouver des emplois bien rémunérés en construction, un milieu qui peine à gonfler son effectif féminin.

La professeure remarque également que le taux d’emploi des femmes ayant des enfants de moins de six ans demeure inférieur à celui des hommes qui se trouvent dans une situation semblable, bien que l’écart ait grandement diminué au cours des dernières décennies.

« Ça révèle une division du travail qui est encore très influencée par le sexe », affirme Mme Legault. À son avis, le gouvernement devrait fournir toutes les ressources nécessaires aux mères (soutien financier, accès à un CPE) pour leur permettre de travailler, si elles le désirent.