Suspension des travaux au chantier de Chandler - Papiers Gaspésia a demandé la protection des tribunaux

Québec — Rien ne va plus pour l'usine Gaspésia à Chandler. Le grand chantier de 500 millions qui fait face à un dépassement de coût de 200 millions est arrêté depuis que la société en commandite Papiers Gaspésia s'est placée, vendredi soir, sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers.

Les travaux sont suspendus sine die et les 650 travailleurs du chantier ont été mis à pied. Les trois actionnaires du projet — le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FTQ) (50 %), la Société générale de financement (SGF) (25 %) et Tembec (25 %) — poursuivaient leurs discussions, hier, afin de sauver la relance de l'usine.

En vertu de la loi, Gaspésia est protégée de ses créanciers pour une période de 30 jours. «Légalement, on a 30 jours. Mais, en pratique, les chantiers comme ça, on ne peut pas les laisser sans solution pour très longtemps», a indiqué, hier, au Devoir le président de la SGF, Henri Roy, qui se donne de une à deux semaines avant d'en arriver à une conclusion.

La part de la SGF

Jeudi dernier, le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, accompagné de la ministre déléguée au Développement régional et au Tourisme et députée de Bonaventure (et non pas de Matapédia, comme l'a désignée

M. Audet lors de la conférence de presse), Nathalie Normandeau, a annoncé que la SGF était prête à combler sa part du dépassement de 200 millions, tout en demandant aux deux autres actionnaires de faire de même. M. Audet a aussi rejeté la demande du Fonds de solidarité qui exige que le prêt d'Investissement Québec, consenti à Gaspésia à ce jour, soit 68 millions, soit converti en capital-actions ou en prêt sans intérêt, comme le solde du prêt à venir, soit quelque 65 millions.

«C'est comme dire: les actionnaires ne paient rien et ils quêtent 200 millions de Québec», a fait valoir M. Roy. Jusqu'ici, le projet a entraîné des débours de 300 millions sur un devis de 500 millions prévu à l'origine et maintenant de 700 millions. «Ce que la SGF a essayé de faire [la semaine dernière], c'est de prendre les devants et d'annoncer sa participation en espérant que les deux autres actionnaires [suivraient]», a dit M. Roy.

Or cela ne s'est pas produit. Tembec, à laquelle on demande 50 millions de plus, est restée sur sa réserve, sans annoncer sa couleur. Le Fonds de solidarité, qui a radié les trois quarts de son investissement fait à ce jour dans Gaspésia, a voulu limiter son réinvestissement dans le projet à 65 millions alors que sa quote-part est de 100 millions.

Comme M. Audet l'avait fait la semaine dernière, M. Roy a imputé une partie du dépassement — de 100 à 120 millions du 200 millions — à un problème de productivité des travailleurs. Les actionnaires cherchent d'ailleurs à améliorer cette productivité, ce qui pourrait permettre de résorber une partie du dépassement, a fait savoir le président de la SGF.

Hier, à Montréal, alors qu'il commentait le jugement de la Cour suprême concernant la Place des arts, le président de la FTQ, Henri Massé, a dit qu'il ne croyait pas que le dépassement de coût était principalement le fait de la faible productivité des travailleurs.

«Je réagis mal parce que c'est un projet qui est complexe. Dans le temps, on avait un agenda extrêmement serré. Il y a eu des problèmes de toutes sortes, des coûts qui ont été sous-estimés au départ. C'est facile de mettre ça sur le dos des travailleurs, sur la productivité. Moi, je suis convaincu que ce n'est pas vrai», s'est-il exclamé. «C'est une question d'argent purement et simplement, point à la ligne.»

Trouver une solution rapidement

M. Massé semblait toutefois trouver la situation délicate et, pour cette raison, n'a pas voulu dire tout ce qu'il pensait ou savait. «Je pourrais en déballer moi aussi très longuement sur la place publique. Nous, ce qu'on veut à l'heure actuelle, ce n'est pas laver notre linge sale, c'est trouver une solution pour relancer ce chantier-là le plus rapidement possible.»

M. Massé veut obtenir des garanties quant à la survie et à la rentabilité du projet avant de s'engager plus loin. «Ce qu'on veut c'est un projet qui soit rentable et qui tienne la route. S'il fallait que le Fonds mette 100 millions, tel que l'a demandé le ministre [du Développement économique et régional], et que le gouvernement ne fasse pas quelques changements à travers les prêts qu'il a faits à travers Investissement Québec, c'est un projet qui ne sera[it] pas rentable.»

Malgré ces réserves et nuances, M. Massé s'est dit optimiste. «On pense que c'est faisable, et on est prêt à travailler dans ce sens-là.»

Avec la Presse canadienne