La croissance de l’économie canadienne est une moins bonne nouvelle qu’il n’y paraît

« De façon générale, la croissance économique est un peu plus robuste que ce que prévoyait la Banque du Canada », selon l'économiste principal au Mouvement Desjardins, Benoît P. Durocher.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne « De façon générale, la croissance économique est un peu plus robuste que ce que prévoyait la Banque du Canada », selon l'économiste principal au Mouvement Desjardins, Benoît P. Durocher.

Ottawa — L’économie canadienne a crû d’un mince taux annuel de 0,8 % dans les trois derniers mois de 2015, une croissance du PIB tout de même meilleure que les prévisions d’un résultat nul, a indiqué, mardi, Statistique Canada.

Au final, le PIB réel a progressé de 1,2 % en 2015, un taux correspondant à environ la moitié de celui enregistré en 2014, la diminution de la formation brute de capital fixe des entreprises ayant limité la croissance économique. La demande intérieure finale a augmenté de 0,5 %, après s’être accrue de 1,6 % en 2014, a indiqué Statistique Canada.

Le résultat meilleur qu’anticipé du PIB réel du Canada au quatrième trimestre demeure tiède, une situation largement attribuée par l’agence fédérale aux faiblesses des investissements des entreprises, des exportations et de la demande intérieure. Ces éléments ont partiellement plombé l’élan économique offert par un important déclin des importations. Bien qu’un tel déclin présente un indice positif pour le PIB réel, la chute des importations ne doit pas réjouir les Canadiens outre mesure, ont prévenu des experts.

« Il s’agit d’une manchette plutôt positive au premier abord, mais en commençant à regarder dans le détail, on constate qu’il s’agit d’un rapport plutôt négatif », a affirmé l’économiste de la TD Brian DePratto. « En fait, le fort élan à la croissance est venu du déclin majeur des importations, ce qui n’est pas vraiment le portrait souhaité », a-t-il ajouté.

M. DePratto a indiqué que le dollar canadien plus faible avait probablement contribué à la glissade des importations, tout en soulignant que le déclin était aussi le fait d’une baisse significative de la demande intérieure. Les économistes consultés par Thomson Reuters sur le PIB réel s’étaient attendus à un résultat nul au quatrième trimestre.

Frappée par la chute profonde et soudaine des prix du pétrole, l’économie canadienne était en récession technique dans la première moitié de 2015. Le PIB avait rebondi et enregistré une hausse de 2,4 % au troisième trimestre.

La demande intérieure finale a diminué de 0,2 % au quatrième trimestre, après avoir été stable aux deuxième et troisième trimestres. Cette baisse est attribuée par l’agence fédérale à une diminution des investissements des entreprises. Les dépenses de consommation finale des ménages ont augmenté de 0,2 %, après avoir progressé de 0,5 % au troisième trimestre. Les exportations de biens et de services ont diminué de 0,6 %, après avoir progressé de 2,6 % au troisième trimestre. Les importations ont diminué de 2,3 %, soit une troisième baisse trimestrielle consécutive.

« La croissance du PIB au quatrième trimestre et le point de départ de 2016 [soit la croissance de la production de décembre] ont surpassé les attentes. Cependant, il n’y a guère de quoi se réjouir. Le commerce extérieur a fortement contribué à la croissance pour les mauvaises raisons, les importations ayant baissé plus vite que les exportations. La baisse des importations peut s’expliquer par la faiblesse de la demande intérieure, limitée par une nouvelle baisse des investissements des entreprises et une croissance timide des dépenses de consommation. Dans l’ensemble, le tableau du quatrième trimestre ressemble à celui de 2015, c’est-à-dire que la faible demande intérieure est compensée par le commerce extérieur, ce qui a entraîné une baisse de la croissance du PIB réel l’année dernière au rythme le plus lent enregistré depuis la récession de 2009 », a commenté Krishen Rangasamy, économiste principal à la Financière Banque Nationale.

Benoît P. Durocher, économiste principal au Mouvement Desjardins, acquiesce. « Visiblement, l’économie canadienne n’est pas en super-bonne santé. De plus, l’amélioration du solde commercial survenue à l’automne s’est faite pour la mauvaise raison, soit une nette diminution des importations, ce qui constitue un autre symptôme de la faiblesse de la demande intérieure. » L’économiste se console toutefois à l’idée que « de façon générale, la croissance économique est un peu plus robuste que ce que prévoyait la Banque du Canada ».