Un gel de la production s’impose, disent les Émirats arabes unis

Alors que le pétrole est tombé en début d’année au plus bas depuis 2003, les marchés ont beaucoup varié ces derniers temps face aux rumeurs d’une baisse concertée de l’offre entre grands pays producteurs.
Photo: Klarim Sahib Agence France-Presse Alors que le pétrole est tombé en début d’année au plus bas depuis 2003, les marchés ont beaucoup varié ces derniers temps face aux rumeurs d’une baisse concertée de l’offre entre grands pays producteurs.

Abou Dhabi — Les Émirats arabes unis, l’un des principaux membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), ont estimé mardi qu’un gel du niveau de la production de pétrole par les pays producteurs pousserait à la hausse les prix, tombés à leur plus bas en 13 ans.

« Je pense que les prix actuels vont obliger tous [les pays] à stabiliser leur production » au niveau de janvier, a déclaré le ministre émirati de l’Énergie, Suhail al-Mazroui. Mi-février, l’Arabie saoudite et la Russie — les deux premiers producteurs de brut — avaient proposé, avec le Qatar et le Venezuela, que tous les pays producteurs de pétrole gèlent leur production à son niveau de janvier afin de soutenir les prix. « Le gel [du niveau] de production n’est plus un choix mais une nécessité à laquelle tous [les producteurs] doivent s’engager », a ajouté le ministre émirati, cité par l’agence officielle Wam.

Selon lui, le marché pétrolier international est confronté à un excès de l’offre et non pas à une faiblesse de la demande. « Si on s’engage à stabiliser la production, on verra l’impact sur le marché », a-t-il encore dit, soulignant que « c’est le marché qui fixe les prix ».

En novembre 2014, la décision de l’OPEP — sous la pression de l’Arabie saoudite — de ne pas réduire l’offre pour soutenir le marché en baisse avait contribué à l’effondrement des cours. En l’absence d’une réduction de la production pour soutenir les prix, il est « nécessaire de s’entendre sur une stabilisation de la production », a répété M. Mazroui, soulignant que son pays « se range avec la majorité sur toute décision qui serait prise pour rétablir l’équilibre sur le marché pétrolier ».

Alors que le pétrole est tombé en début d’année au plus bas depuis 2003, les marchés ont beaucoup varié ces derniers temps face aux rumeurs d’une baisse concertée de l’offre entre grands pays producteurs. Les investisseurs ont été encouragés par l’annonce d’une nouvelle réunion à la mi-mars entre l’Arabie saoudite, le Qatar, le Venezuela, tous trois membres de l’OPEP, et la Russie. Les efforts se concentrent actuellement sur la coopération entre membres et non-membres de l’OPEP, a indiqué le ministre émirati, précisant que le cartel n’avait pas convoqué de réunion extraordinaire.

Le gouvernement saoudien a réaffirmé lundi sa volonté d’oeuvrer « avec tous les grands producteurs pour limiter la volatilité » des marchés pétroliers. Dans un communiqué publié par l’agence officielle Spa au terme de sa réunion hebdomadaire, le gouvernement de Ryad s’est dit ouvert à toute action de coopération et a promis de continuer à investir dans le secteur pétrolier pour « maintenir sa capacité de production afin de répondre à toute demande additionnelle ou remédier à une perturbation de l’offre ».

Les compagnies pétrolières d’accord

Dans la foulée, le président russe Vladimir Poutine a indiqué mardi que les groupes pétroliers russes étaient d’accord pour geler leur niveau de production d’or noir, comme proposé en février face à la chute des cours. Ouvrant une réunion sur le sujet avec des dirigeants des principales compagnies pétrolières russes, M. Poutine a évoqué les pourparlers menés par le ministre de l’Énergie, Alexandre Novak, en vue d’un accord entre pays producteurs pour maintenir la production.

« Comme me l’a rapporté le ministre, vous êtes tous d’accord avec cette proposition, il y a même des propositions plus radicales mais vous n’êtes pas tous d’accord », a déclaré le président, selon le compte rendu publié par le Kremlin. Il a précisé que l’idée était de « fixer la production de la Russie en 2016 à son niveau de janvier », qui était un record pour la période postsoviétique, à 10,8 millions de barils par jour en moyenne.

Malgré le refus de l’Iran, les cours du pétrole sont nettement remontés depuis, soutenus par l’annonce d’une nouvelle réunion à la mi-mars entre l’Arabie saoudite, le Qatar, le Venezuela, tous trois membres de l’OPEP, et la Russie. Après la réunion dirigée par M. Poutine, M. Novak a confirmé que les groupes pétroliers avaient indiqué soutenir un gel qui devrait réduire la volatilité du marché. En revanche, « nos compagnies ne proposent pas […] une baisse de la production, d’autant plus que c’est impossible dans les conditions géopolitiques actuelles », a-t-il déclaré, cité par l’agence Interfax.

Cette dégringolade a plongé la Russie, visée par ailleurs par des sanctions décrétées par les Occidentaux à cause de la crise ukrainienne, dans une récession partie pour se prolonger une deuxième année.


L’Iran exporte davantage de pétrole

Téhéran – Les exportations pétrolières de l’Iran ont augmenté de 400 000 barils par jour durant le mois iranien de Bahman (21 janvier — 19 février), a déclaré le ministre du Pétrole, Bijan Namadar Zanganeh, cité mardi par les médias. « L’ensemble des exportations de pétrole et de condensats [hydrocarbures liquides] ont atteint durant le mois de Bahman 1,75 million de barils par jour, a déclaré M. Zanganeh. Cela représente une hausse de 400 000 barils/jour par rapport à la même période l’année précédente. » La production pétrolière de l’Iran, qui était légèrement supérieure à 2,8 millions de barils par jour (mbj), dépasse désormais les 3,2 mbj, cet excédent de production ayant été entièrement affecté aux exportations. Maintenant qu’une partie de ces sanctions sont levées, Téhéran veut reprendre ses parts de marché et refuse de geler sa production. Ce mois-ci, le porte-parole du gouvernement iranien avait également reproché à certains pays membres de l’OPEP de ne pas vouloir reconnaître le « droit de l’Iran » à reprendre ses parts de marché perdues. Il leur avait demandé de baisser leur niveau de production pour « permettre à l’Iran de revenir à un quota d’avant les sanctions ».