Pékin abaisse le taux de sa monnaie

Pékin — La banque centrale chinoise (PBOC) a abaissé lundi le taux de référence du yuan à son plus bas niveau depuis un mois, bien que Pékin ait martelé durant le récent G20-Finances n’avoir aucune intention d’alimenter la dépréciation de sa devise.

La PBOC a fixé à 6,5452 yuans pour un dollar, en baisse de 0,2 % par rapport à vendredi, le taux-pivot autour duquel le renminbi (autre nom du yuan) est autorisé à fluctuer face au billet vert, dans une marge de 2 % de part et d’autre. Après de très longs mois de silence, le gouverneur de la PBOC Zhou Xiaochuan avait pourtant répété vendredi, en marge d’une réunion des grands argentiers du G20 à Shanghai, qu’il ne voyait « aucun fondement [économique] à une dépréciation persistante du renminbi. Nous n’aurons pas recours à des dévaluations compétitives pour avantager nos exportations », a-t-il également insisté, alors que les fluctuations du yuan exacerbent la crainte d’une « guerre des devises ».

Le secrétaire américain au Trésor, Jack Lew, a pour sa part rappelé lundi depuis Pékin : « Il est crucial que la Chine continue d’avancer de façon ordonnée vers un système de changes [où le cours du yuan serait] davantage déterminé par les marchés. »

En août dernier, la Chine avait ébranlé les places financières mondiales en dévaluant brutalement le yuan d’environ 5 % par rapport au dollar : une décision largement perçue comme un coup de pouce à ses exportateurs, bien que Pékin s’en soit défendu. La PBOC a de nouveau exacerbé la défiance générale début janvier, en abaissant le taux-pivot de la devise durant huit séances consécutives, laissant redouter une dévaluation rampante. Le yuan a reculé d’environ 1,4 % par rapport au dollar en janvier.

Pékin se targue d’assouplir les restrictions sur la convertibilité du yuan pour tenir compte des mouvements du marché, mais il promet en même temps de maintenir la devise stable : des promesses contradictoires qui compliquent l’équation pour le gouvernement, confronté de surcroît à des fuites massives de capitaux. Le repli du renminbi, associé à l’essoufflement économique, encourage les investisseurs à acheter des dollars — et l’hémorragie des capitaux, en retour, accroît lourdement la pression à la baisse sur le yuan. La Chine semble cependant désireuse d’enrayer la glissade de sa monnaie, et puise désormais abondamment dans ses colossales réserves de devises étrangères pour racheter des yuans et soutenir le cours du renminbi.


Les banques prêtent davantage

 

Énième mesure d’intervention, la Chine a de nouveau abaissé le ratio de réserves obligatoires imposé aux banques, leur permettant ainsi d’accorder davantage de crédits : un moyen de soutenir une activité économique à la peine, mais aussi d’éviter l’assèchement du système financier face aux fuites de capitaux. La PBOC a annoncé lundi que le taux des réserves obligatoires, c’est-à-dire la part de leurs dépôts que les banques sont tenues de garder dans leurs coffres, allait diminuer de 0,5 point de pourcentage. La mesure, en augmentant mécaniquement le volume de prêts que les banques peuvent accorder, doit contribuer à « maintenir le niveau de la liquidité » disponible, a expliqué la PBOC. Et donc favoriser l’accès des entreprises à des financements.

L’institution n’avait guère de choix, commentaient les analystes de Bank of America Merrill-Lynch : « Étant donné les fuites massives et continues de capitaux hors de Chine […] il est nécessaire pour la PBOC d’injecter de nouvelles liquidités en permanence » pour éviter que le système financier ne se retrouve à sec. En effet, la forte dépréciation du yuan et la détérioration de l’économie chinoise poussent de nombreux investisseurs affolés à acheter des dollars : les flux de capitaux hors du pays ont atteint selon certaines études 1000 milliards de dollars l’an dernier.

Or, l’assèchement des liquidités disponibles peut rendre les banques réticentes à se prêter des fonds entre elles, provoquant un net renchérissement du crédit : ce que Pékin veut absolument éviter en plein ralentissement économique. « La PBOC illustre le message que les dirigeants chinois ont répété tous azimuts ces derniers jours : il reste des marges de manoeuvre pour soutenir l’économie » et ils sont déterminés à agir, rappelle Mark Williams, du cabinet Capital Economics.