Diplomatie d’affaires

Le chef de la CAQ, François Legault, est allé rencontrer le grand patron de Bombardier au siège social de l’entreprise, à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef de la CAQ, François Legault, est allé rencontrer le grand patron de Bombardier au siège social de l’entreprise, à Montréal.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, veut que Québec et Bombardier retournent à la case départ. Il n’est pas rassuré par les développements des dernières semaines et réclame la renégociation de l’entente de 1 milliard $US. Mais l’entreprise ne voit pas les choses du même oeil.

« Je considère que la façon avec laquelle M. Couillard a négocié l’entente avec Bombardier, ce n’est pas à l’avantage des contribuables et des travailleurs du Québec », a déclaré le chef caquiste vendredi en point de presse, à sa sortie d’une rencontre avec le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare.

Même s’il dit avoir confiance en la direction de Bombardier, M. Legault a demandé à M. Bellemare de « reconsidérer » l’entente conclue avec Québec en octobre dernier. Il souhaite que l’entreprise garantisse le maintien de son siège social au Québec et le respect d’un plancher d’emplois dans la province. Il a également évoqué la nécessité de trouver une solution pour les employés d’Aveos, que Québec a selon lui « laissés tomber ».

« Je veux qu’on garde Bombardier, je veux que l’on continue de développer Bombardier au Québec, mais en même temps, on ne peut pas être naïfs. On ne peut pas investir 1,3 milliard en n’ayant aucune garantie si, dans trois ou cinq ans, les employés du Québec sont transférés ailleurs, a-t-il souligné. Je crois que Philippe Couillard aurait dû, dès le début, impliquer le PQ et la CAQ dans la négociation avec Bombardier. Il n’est pas trop tard, l’argent n’est pas encore déboursé. » Les deux versements de 500 millions $US sont en effet prévus le 1er avril et le 30 juin prochains.

Deux discours

Selon M. Legault, Alain Bellemare aurait dit vouloir réfléchir aux demandes de la CAQ. Quelques heures plus tard, un porte-parole de l’entreprise, John Paul Macdonald, a pourtant livré un discours bien différent.

« Je ne pense pas qu’il est question de rouvrir quoi que ce soit », a-t-il indiqué, en précisant que les rencontres sollicitées avec les chefs du PQ et de la CAQ ont pour but d’expliquer la situation dans laquelle se trouve Bombardier.

« Nous avons une force de main-d’oeuvre mondiale et nous sommes obligés de faire des ajustements de temps en temps, a ajouté M. Macdonald. Aucune entreprise ne peut avoir les mains liées en matière de plancher d’emplois. »

Selon le porte-parole, les deux plus importants concurrents de l’entreprise, Boeing et Airbus, ne demandent « pas mieux » que de voir Bombardier faire l’objet de débats corsés.

François Legault a rencontré M. Bellemare après avoir reçu un appel de sa part jeudi. Le chef du PQ, Pierre Karl Péladeau, devrait également obtenir un tête-à-tête la semaine prochaine.

Le premier ministre Couillard a fait valoir en matinée que les chefs du PQ et de la CAQ auraient dû rencontrer plus tôt la direction de Bombardier, tout en les accusant de déformer la réalité dans cette affaire.

Commandes perdues ?

Pendant ce temps, les déboires financiers de Republic Airways, qui s’est placée jeudi sous la protection de la loi américaine sur les faillites, continuent de soulever des questions.

L’entreprise a effectué en 2010 une commande ferme pour 40 avions CS300 — le plus gros modèle de la CSeries —, en plus d’une option pour 40 avions supplémentaires.

La compagnie dit qu’elle pourra fonctionner normalement pendant le processus de restructuration, mais qu’adviendra-t-il des commandes effectuées auprès de Bombardier ? « Nous n’avons aucun indice contraire [de la part du transporteur] concernant notre commande », a fait savoir M. Macdonald, de Bombardier.

Dans les documents qu’elle a déposés en cour, Republic Airways dit ne pas avoir pris d’engagements financiers à l’égard de sa commande ferme de CS300 en raison des retards de livraison auxquels fait face la multinationale québécoise.

Des informations rapportées plus tôt cette semaine par Reuters laissaient par ailleurs entendre qu’Ottawa annoncerait ses couleurs vendredi dans le dossier de Bombardier. Une porte-parole du ministère de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, Stéfanie Power, a toutefois indiqué que des discussions sont toujours en cours avec Bombardier « dans le but de mieux comprendre sa situation et ses priorités ».

Si le gouvernement fédéral acceptait de verser une aide financière semblable à celle de Québec, il est prévu que les deux gouvernements se retrouvent majoritaires au sein du conseil d’administration de la société en commandite créée pour soutenir la CSeries.

7 commentaires
  • Robert Laroche - Abonné 27 février 2016 08 h 01

    Le grand capital et l'ouverture démocratique

    Le grand capital semble incapable d’ouverture démocratique. Il évolue sur un terrain de guerre économique et réclame continuellement des concessions à la démocratie par chantage et autres manipulations au détriment des citoyenNEs et des sociétés civiles.

    Peut-on au Québec négocier un peu mieux nos exigences démocratiques et pensée un grand capital plus citoyens?

    Pour ce faire il est impératif que l’élite québécoise ancre fortement l’économie dans un écologie humaine et cesse de placer la finance comme un dieu à servir.

    • Robert Beauchamp - Abonné 27 février 2016 13 h 54

      Et il nous faudrait décaisser en silence? Arrogance, outrecuidance, effronterie qui fait fi du bien public mais l'empoche comme un dû. Toé tais-toé, pour le moment tu ne comptes pour rien. Nous avons d'autres amis haut-placés.

  • Clermont Domingue - Abonné 27 février 2016 09 h 31

    Prions..

    Si Bombardier ne sort pas du trou, nous aurons perdu des milliers d'emplois et quelques milliards dont nous avons grand besoin en santé et en éducation.

  • Colette Pagé - Inscrite 27 février 2016 09 h 46

    Le Québec s'est fait rouler dans la farine !

    En possession d'une entente gagnante mais mauvaise pour le Québec, pourquoi Bombardier accepterait-elle de la renégocier ? Désormais, un fait demeure : en n'exigeant rien le Québec s'est fait passer un sapin et ceux qui avaient la responsablité de protéger les intérêts du Québec au premier chef du PM ont failli à la tâche.
    De piètres négociateurs déclarés avec raison les chefs du PQ et de la CAQ.

    Partant delà, nous comprenons mieux la motivation du Gouvernement de ne pas rendre l'entente publique.

  • Clermont Domingue - Abonné 28 février 2016 10 h 29

    Legault le plaisantin.

    François Legault se fait du capital politique sur l'incompétence de Philippe Couillard, mais aussi sur la naiveté des Québécois.
    Connaissez-vous une entreprise en faillite qui guarantirait des emplois pour mieux lutter contre ses concurrents?

  • Gilles Gagné - Abonné 28 février 2016 19 h 34

    "Aucune entreprise ne peut avoir les mains liées en matière de plancher d’emplois." dit M. Macdonald mais un moribond corporatif ne peut pas imposer ses conditions à ceux qui fournissent le respirateur artificiel.