Le Canada peut faire plus pour relancer l’économie

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Les gouvernements au Canada pourraient faire mieux pour augmenter sa croissance économique à court et plus long terme ainsi que fournir leur part d’efforts dans l’urgente relance de l’économie mondiale, estime l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

La plupart des pays ont toujours autant de mal à tenir leurs belles promesses passées de réformes structurelles censées redonner des bases solides à une croissance mondiale « atone », déplore le forum international dans une nouvelle édition de son rapport Objectif croissance dévoilé vendredi en marge de la réunion des ministres des Finances et des banquiers centraux des pays du G20 à Shanghai. Et le Canada ne fait pas exception.

Il faut dire que ce dernier a su bien rebondir après la Grande Récession, admet-on d’emblée. Il faut dire aussi qu’à l’instar d’autres pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni, la Suisse et l’Australie, mais contrairement à beaucoup d’autres, le Canada peut compter sur un environnement d’affaires relativement propice à l’entrepreneuriat et un marché du travail flexible et en bonne santé.

Mais il souffre d’autres lacunes importantes auxquelles il tarde à s’attaquer. L’une des plus importantes, dit l’OCDE, est sans doute son manque de productivité.

Pour améliorer son sort, le Canada devrait commencer par améliorer ses programmes d’aide à la recherche et au développement en réduisant ses crédits d’impôt extraordinairement généreux à l’égard des entreprises et en utilisant les économies ainsi réalisées pour subventionner directement des projets précis sélectionnés dans le cadre de concours.

L’OCDE recommande aussi d’abaisser les barrières aux investisseurs étrangers en abolissant les limites dans les secteurs clés comme les télécommunications, le transport aérien et la télévision, ainsi qu’en réduisant les tracasseries administratives de la réglementation environnementale et même la discrimination dont sont victimes les fournisseurs étrangers de services professionnels ainsi que de transport routier et aérien.

Toujours pour améliorer la productivité canadienne et pour réduire les inégalités, on encourage également une amélioration de l’accessibilité et de l’efficacité de l’éducation postsecondaire en offrant plus de bourses aux étudiants issus de milieux défavorisés et en encourageant une spécialisation des institutions d’enseignement. Reprenant des idées aussi défendues dans le rapport de la commission Godbout sur la fiscalité québécoise, l’OCDE plaide pour une réduction de crédits d’impôt profitant surtout aux plus riches en même temps qu’une augmentation des taxes environnementales et des taxes à la consommation en échange d’une baisse des impôts sur le revenu des particuliers et les profits des entreprises.

On y va aussi d’autres propositions, allant de la privatisation de Postes Canada à une meilleure intégration du marché de l’électricité au Canada en passant par l’assouplissement des règles d’accès à certaines professions et l’élimination des contrôles de certains prix du commerce de détail.

Urgence

« Le ralentissement inquiétant de l’économie mondiale exige de toute urgence une action globale des pouvoirs publics, faisant appel à tous les instruments dont disposent les gouvernements en matière de politiques monétaires, budgétaire et structurelle », a déclaré le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, dont l’organisme révisait encore une fois à la baisse, la semaine dernière, ses prévisions de croissance pour 2016 et 2017.

Comme le Fonds monétaire international (FMI) mercredi, l’OCDE a rappelé aux pays du G20 leur engagement de 2014 d’adopter les mesures à court et à long terme nécessaires pour rehausser d’au moins deux points de pourcentage le taux de croissance de leur économie en cinq ans. Or, à l’exception de quelques pays, dont l’Espagne, l’Italie, le Japon, la Chine, l’Inde et le Mexique, le ralentissement du rythme des réformes déjà observé en 2013 et 2014 s’est poursuivi en 2015, déplore-t-on.