Ottawa donne 250 millions à l’Alberta

Rachel Notley, première ministre de l’Alberta, avait profité du passage à Edmonton de Justin Trudeau, au début du mois, pour lui présenter officiellement une demande d’aide financière.
Photo: Larry MacDougal La Presse canadienne Rachel Notley, première ministre de l’Alberta, avait profité du passage à Edmonton de Justin Trudeau, au début du mois, pour lui présenter officiellement une demande d’aide financière.

Ottawa délie les cordons de sa bourse pour venir en aide à l’Alberta, province aux prises avec des turbulences économiques en raison de la dégringolade des prix dans le secteur de l’énergie.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, a confirmé mardi que le fédéral verserait un peu plus de 250 millions à l’Alberta dans le cadre d’un programme de stabilisation. « Les Canadiennes et les Canadiens s’attendent à ce que nous unissions nos efforts pour aider les familles à traverser les périodes difficiles, a plaidé le ministre par voie de communiqué. Lors de mon récent passage à Calgary, j’ai pu moi-même constater les défis auxquels les familles albertaines font face », a-t-il ajouté dans la même déclaration.

Les défis en question sont tels qu’Ottawa a déterminé que l’Alberta était admissible au paiement maximal prévu au programme de stabilisation fiscale fédéral, qui est de 60 $ par habitant, pour un total de 251,4 millions. Le programme de stabilisation fiscale aide les provinces faisant face « à des baisses importantes de leurs revenus d’un exercice à l’autre à cause d’un ralentissement économique exceptionnel », précise le ministère des Finances dans un document d’information.

L’annonce de cette aide financière a été accueillie tièdement par la chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, selon qui la création d’emplois, pour l’Alberta, passe par l’approbation rapide de projets d’oléoducs et l’abandon du projet libéral d’imposer une taxe sur le carbone. « Quand est-ce que le premier ministre va comprendre que de lancer de l’argent emprunté par les fenêtres ne crée pas d’emplois ? », a-t-elle lancé en Chambre.

Le reproche a étonné son interlocuteur. « Je trouve cela comique que cette députée, qui nous exhorte depuis longtemps à aider l’Alberta, nous reproche maintenant que [le transfert de 251 millions] est insignifiant », a répliqué Justin Trudeau.

La première ministre néodémocrate de l’Alberta, Rachel Notley, avait officiellement fait la demande d’aide financière à M. Trudeau lors de la visite de ce dernier à Edmonton au début du mois de février. Le premier ministre libéral s’était engagé lors de cette même rencontre à accélérer les versements de 700 millions déjà prévus en infrastructures pour la province de l’Ouest, où 19 600 emplois ont été perdus en 2015 — le pire résultat à ce chapitre depuis la récession de 1982.

La ministre fédérale de l’Emploi, MaryAnn Mihychuk, répète par ailleurs depuis un certain temps qu’elle planche sur des mesures visant à rendre l’accès à l’assurance-emploi plus flexible pour les travailleurs touchés par la situation économique en Alberta.

Déficit fédéral

L’aide consentie à l’Alberta n’a pas fait l’objet de discussions lors du premier témoignage du ministre Morneau devant le Comité des finances, mardi midi. Le grand argentier du pays, qui avait dévoilé la veille que le déficit fédéral serait d’au moins 18,4 milliards l’an prochain, a plutôt été amené à se porter à la défense du plan économique libéral. Il a soumis aux députés siégeant au comité qu’un gouvernement qui aurait cherché à équilibrer le budget à tout prix aurait plongé le Canada dans une nouvelle récession.

Le gouvernement Trudeau, pour sa part, fait de l’atteinte de l’équilibre budgétaire un objectif et considère les investissements comme sa véritable priorité, a fait valoir le ministre Morneau. « Les autres partis qui ont promis un budget équilibré à tout prix pendant la dernière campagne électorale feraient des compressions de dizaines de milliards de dollars au pire moment, a-t-il suggéré. Pour être franc, cela nous aurait probablement plongé dans une autre récession », a argué M. Morneau.


 
7 commentaires
  • Benoit Simoneau - Abonné 24 février 2016 05 h 14

    La nausée

    Pendant les années fastes, les Albertains n'ont pas su épargner suffisamment (bas impôts; absence de taxe de vente; tous les œufs dans le même panier, soit un panier... pétrolier).

    Et voici maintenant le Québec à la rescousse, à hauteur de 60 millions de notre argent – emprunté en notre nom, de surcroît – pour renflouer leur économie en manque de diversification. Ça donner la nausée.

    Quand l'argent va de l'ouest vers l'est, c'est une véritable abomination. C'est curieux: quand l'argent va dans l'autre direction, on ne trouve rien à redire. Quel drôle de pays.

    • Gilbert Turp - Abonné 24 février 2016 08 h 49

      Pendant ce temps, la Norvège a amassé un fonds de 50 milliards pour effectuer son virage vert.

      Mais les Norvégiens n'ont pas de scrupules à payer leur impôt...

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 24 février 2016 06 h 17

    Wall

    Peut-être que le voisin de l'Alberta, M. Wall, se retiendra maintenant de critiquer la péréquation maintenant que sa voisine en reçoit.

    PL

    • Sylvain Auclair - Abonné 24 février 2016 12 h 34

      Ce n'est techniquement pas de la péréquation, mais un programme différent.

  • Colette Pagé - Inscrite 24 février 2016 09 h 54

    Politique du deux poids deux mesures !

    Est-ce que durant la crise du bois d'oeuvre ou pour la baisse du prix des métaux qui prive le Québec de redevances le Fédéral contribue à renflouer les coffres du Gouvernement.

    Comment expliquer que durant les années fastes l'Alberta ne s'est pas constituée comme la Norvège un fonds de prévoyance ?

  • Ben Batt - Abonné 24 février 2016 10 h 06

    La cigale ou la fourmi ?


    Mme Rona Ambrose ne peut pas approuver pour plusieurs raisons.
    !. Approuver ce serait reconnaitre implicitement que les choix fiscaux des gouvernements conservateurs qui ont régné pendant 40 ans sur l’Alberta se sont drapés dans le rôle de la Cigale alors qu’ils ont toujours affirmé être la fourmi. Et du coup l’hiver économique fait mal, très mal.
    2. Ça fait 10 ans que le nouveau « ancien gouvernement », dans lequel elle était ministre, n’a pas réussi à faire avancer le moindre dossier de pipeline, ni vers le Sud, ni vers l’ouest! Ils ont tout fait pour miner la confiance du public envers les évaluations de ces projets avec comme conséquence que toute personne le moindrement sensé va rejeter ses projets d’énergie fossile. Les deux chemins les plus cours sont barrés et là il ne reste que le chemin vers l’Est, le chemin le plus long (> 500km) et comme corollaire le projet qui apporte le plus de risques. C’est normal qu’elle mène sa bataille d’arrière-garde pour ce projet. Ce serait donc implicitement reconnaitre que toutes les politiques de production d’énergie fossile ne sont que de la fumisterie.

    Ce serait une grave erreur de continuer à aller de l’avant avec la chimère d’exploiter le pétrole le plus sale de la planète. Il faut mettre l’argent dans la vie, pour développer le futur…

  • Bernard Terreault - Abonné 24 février 2016 10 h 25

    Le monde à l'envers

    L'Alberta n'a pas d'impôt sur le revenu, est encore, malgré les récents revers, bien plus riche que les provinces atlantiques, le Québec, le Manitoba, mais tout ce monde doit se cotiser pour l'aider!