Sanofi contre Aventis - Un «hold-up» chez les pharmaceutiques

Le groupe français Sanofi-Synthélabo a lancé le 26 janvier une offre publique hostile de 48 milliards d’euros sur son concurrent franco-allemand Aventis.
Photo: Agence Reuters Le groupe français Sanofi-Synthélabo a lancé le 26 janvier une offre publique hostile de 48 milliards d’euros sur son concurrent franco-allemand Aventis.

Paris — Peu habituée aux raids boursiers agressifs, l'industrie pharmaceutique est agitée depuis le 26 janvier par l'offre publique hostile de 48 milliards d'euros lancée par le groupe français Sanofi-Synthélabo sur son concurrent franco-allemand Aventis, qui a qualifié l'opération de «hold-up».

«Ce n'est pas une offre, c'est une tentative de hold-up! C'est dangereux sur le plan industriel, dangereux sur le développement, dangereux sur le plan social», s'est insurgé le président du directoire d'Aventis, Igor Landau, dans une entrevue accordée vendredi dernier au quotidien Les Échos.

«C'est une offre qui n'est contre personne», a assuré le président de Sanofi-Synthélabo, Jean-François Dehecq, sans cacher que l'absorption d'Aventis serait une façon, pour son laboratoire, d'éviter d'être mangé lui-même plus tard. «Ce qui se passe aujourd'hui sur la société Aventis pourrait très bien se passer demain sur la société Sanofi», a-t-il prévenu.

Une proie facile

Sanofi-Synthélabo pourrait en effet devenir une proie facile pour un autre grand laboratoire fin 2004, lorsque son capital sera fragilisé par le départ prévisible de son actionnaire de référence Total. De plus, un risque de perte de brevet pèse sur son médicament-vedette, l'antithrombotique Plavix. Si elle a lieu, cette perte aurait des effets dévastateurs sur la croissance de Sanofi, donc sur le cours de ses actions. Bon marché et aisément accessible, le groupe risquerait alors de passer sous le contrôle d'un prédateur quelconque.

Et dans ce cas, «Aventis pourrait être dans les rangs des acquéreurs potentiels pour des raisons identiques à celles qui précipitent l'offre de Sanofi-Synthélabo aujourd'hui», souligne une étude du Crédit lyonnais.

L'épreuve de force engagée par M. Dehecq se heurte à la résistance de sa cible Aventis et à la mobilisation des syndicats, surtout en Allemagne où Aventis emploie environ 9000 personnes. Les synergies de 1,6 milliard d'euros sur lesquelles table Sanofi en cas de fusion ne peuvent «malheureusement provenir pour l'essentiel que d'une réduction des effectifs», a averti Igor Landau. Mais Sanofi assure le contraire. «Dans toute ma carrière, je n'ai jamais fait de plan de licenciements et je ne suis pas prêt à en faire aujourd'hui pour la première fois», a affirmé Jean-François Dehecq.

Le terrain financier

Après cette première bataille de déclarations, la guerre entre les deux laboratoires ne devrait pas tarder à se déplacer sur le terrain financier. Selon les analystes, Sanofi devra relever son prix (60,43 euros par action pour le moment) pour avoir une chance de réussir son raid. Pour l'instant, le prix proposé est jugé insuffisant par les marchés, et «ridicule» par le patron d'Aventis, selon qui le tarif devrait être d'au moins 40 % supérieur pour être convaincant.

De son côté, Aventis étudie «tous les scénarios» pour échapper au mariage forcé, y compris l'entrée en lice d'un «chevalier blanc», un autre grand groupe prêt à faire monter les enchères au-delà des moyens de Sanofi.

Concernant cet hypothétique sauveur, plusieurs noms sont évoqués, comme le britannique GlaxoSmithKline. Selon le quotidien Wall Street Journal, le suisse Novartis étudie aussi actuellement la faisabilité d'un rapprochement avec Aventis.

Un porte-parole de Novartis a refusé de commenter cette information, qui laisse les analystes sceptiques. «Novartis est plutôt intéressé par un rachat de Roche», son concurrent suisse dont il détient un tiers du capital, a observé Marc Munz, gérant de portefeuille pour la société d'investissement Dynacapital.