L’OCDE demande aux États de prendre les grands moyens

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a fortement révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour le Canada, mais aussi de plusieurs autres économies, et en appelle « de toute urgence » à un renforcement des politiques de relance des gouvernements.

L’OCDE ne croit plus, comme en novembre, que le Canada connaîtra un taux de croissance réelle de 2 % cette année. Elle ne s’attend plus désormais qu’à un taux de 1,4 % en 2016 et de 2,2 % (plutôt que de 2,3 %) l’an prochain.

Cela a été sa plus forte correction à la baisse pour un pays développé en 2016, mais pas la seule. L’OCDE a également réduit ses attentes à l’égard des États-Unis (de 2,5 % à 2 %) et de l’ensemble de la zone euro (de 1,8 % à 1,4 %), dont l’Allemagne (de 1,8 % à 1,3 %). Comme la situation n’est guère plus brillante dans plusieurs autres économies, comme la Chine et le Brésil, elle a réduit ses prévisions pour l’économie mondiale tout entière de 3,3 % à 3 % cette année.

« Les perspectives qui se dessinent sont celles d’une croissance mondiale quasiment stationnaire », a observé sa chef économiste, Catherine Mann. Qui plus est, « les risques d’instabilité financière sont considérables », ajoute son organisme.

Bien que généralisée, la dégradation des perspectives est particulièrement marquée dans « les économies tributaires de leurs exportations de produits de base, comme le Brésil et le Canada », a-t-on noté.

Le moral dans les talons

Ces nouvelles prévisions économiques pour le Canada sont assez proches de celles de la Banque du Canada (1,4 % pour 2016 et 2,4 % pour 2017) et du Fonds monétaire international (1,7 % et 2,1 %). On estime que la croissance de l’an dernier a été de 1,2 %.

Cela fait écho au pessimisme ambiant rapporté encore une fois jeudi dans la plus récente enquête du Conference Board auprès des entreprises. Son indice de confiance a baissé pour un troisième trimestre consécutif. La confiance en l’économie et les intentions d’investissement sont à leur plus bas niveau depuis la Grande Récession de 2008-2009. La proportion de répondants s’attendant à une dégradation de la situation au cours des six prochains mois au Canada a bondi depuis l’automne de 22 % à 44 %. Seulement le tiers des entreprises estiment que le temps serait bien choisi pour investir principalement en raison de la faiblesse de la demande, de celle du dollar canadien et de celle des prix des ressources naturelles.

Gouvernements demandés

La gravité de l’ensemble de la situation commande une réaction énergique des gouvernements, a dit l’OCDE. Aussi accommodantes soient-elles, les politiques monétaires ont atteint leurs limites.

« Compte tenu des risques à la baisse importants que représentent la volatilité du secteur financier et la dette des économies de marché émergentes, les pouvoirs publics doivent renforcer leur action collective de toute urgence, en recourant davantage à la politique budgétaire et aux politiques structurelles propices à la croissance, afin de dynamiser l’expansion économique et réduire les risques financiers », a déclaré Catherine Mann.

L’OCDE déplore la lenteur des gouvernements à passer de la parole aux actes en la matière même si la faiblesse des taux d’intérêt leur permettrait « de mener des politiques budgétaires expansionnistes […] tout en préservant la viabilité des finances publiques ».

Elle estime que l’effet conjugué d’une augmentation de 0,5 % des investissements publics de l’ensemble de ses pays membres ajouterait la première année environ 0,6 % de croissance au Canada ainsi que dans la zone euro et un peu plus encore aux États-Unis.

Cet effort supplémentaire des gouvernements équivaudrait à environ 10 milliards au Canada.