La Caisse d’économie solidaire enregistre des gains significatifs

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Le manque d’informations disponibles propres à vulgariser la complexité des produits et des enjeux en investissement responsable expliquerait la méconnaissance des Québécois.
Photo: iStock Le manque d’informations disponibles propres à vulgariser la complexité des produits et des enjeux en investissement responsable expliquerait la méconnaissance des Québécois.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les Québécois font dans l’ensemble preuve de méconnaissance à l’endroit des produits financiers, à plus forte raison en ce qui concerne l’investissement socialement responsable (ISR), qui s’avère encore un produit marginal en matière de placement ; les données colligées à ce sujet le confirment. N’empêche que la Caisse d’économie solidaire Desjardins a réalisé, au cours des 15 dernières années, des gains appréciables dans la diffusion et la progression d’un investissement qui promeut des valeurs sociales et environnementales.

Une étude réalisée par l’Observatoire de la consommation responsable ESG/UQAM, intitulée « Les Québécois et l’investissement responsable, portrait 2014 »,démontre que 16,2 % des personnes interrogées avaient entendu parler de ce type d’investissement et savaient précisément ce que c’était, que 26 % en avaient entendu parler sans savoir vraiment ce que c’était et que 56,9 % n’en avaient jamais entendu parler.

Conseiller principal de l’équipe de soutien au projet coopératif de la Caisse, Bernard Ndour fournit cette explication à propos de tels résultats : « Premièrement, et toujours selon ce document, il y a moins de quatre Québécois sur dix qui possèdent une bonne connaissance du domaine financier en général ; à peine un tiers de ceux-ci se tient régulièrement au courant des questions du même ordre. » Il en découle que, « quand on arrive à l’étape supplémentaire de l’ISR, qui est un produit un peu plus pointu, on se heurte à cette méconnaissance qui touche le secteur financier dans sa globalité ».

Il signale un autre facteur qui entre en ligne de compte : le manque d’informations disponibles propres à vulgariser la complexité des produits et des enjeux en investissement responsable. Enfin, signe encourageant malgré tout, l’étude laisse voir que bon nombre de Québécois sont tout de même prêts à changer leur comportement par rapport à l’épargne, ce qui serait de nature à favoriser l’ISR dans cette mesure : « 55 % de ceux-ci voulaient préparer leur retraite de manière intelligente et réfléchie et plus d’un tiers envisageait de choisir l’ISR pour arriver à ce but. »

Une gestion des finances plus éclairée

Il y a des chiffres encourageants qui indiquent que ce genre d’investissement connaît une nette remontée malgré des débuts modestes, il y a environ un quart de siècle. En 2015, Desjardins avait sous gestion 1,6 milliard de dollars d’actif ISR. Au Canada, cet actif atteint les 1000 milliards de dollars et représente maintenant 31 % de tout l’actif sous gestion au pays.

De son côté, la Caisse d’économie solidaire Desjardins a enregistré des avancées intéressantes : 85 % des produits d’épargne des membres individuels sont des produits d’investissement responsable. Ce pourcentage se traduisait par 651 millions de dollars, en chiffre absolu, au 31 décembre 2014.

Colette Harvey, directrice de l’équipe de Soutien au projet coopératif de la Caisse d’économie solidaire Desjardins, se remémore que c’est le Mouvement Desjardins qui, en 1990, a mis en place le premier fonds socialement responsable : « Il était un précurseur dans ce domaine et a sans doute inspiré la Caisse qui a embarqué dans ce bateau il y a tout de même une quinzaine d’années. Ce qui a été au coeur de notre implication dans ce type d’investissement, c’est qu’il s’est agi d’un projet qui, dès le départ, a été placé à l’intérieur de notre mission. On s’est alors dit qu’on allait conseiller les citoyens dans leur volonté de gérer leurs finances personnelles de manière socialement responsable, ce qui était un élément très fort qui venait s’ajouter à l’intérieur de l’énoncé de cette mission. »

 

Un lent départ, mais une croissance progressive

À partir d’une telle volonté, la Caisse est passée à l’étape suivante : des moyens ont été mis en place pour faire progresser la vente des produits ISR. Mme Harvey rapporte ce qui s’est passé : « Il nous est apparu que la meilleure façon de le faire était de recourir aux services de nos conseillers qui sont dans les bureaux. »

Ils se présentaient comme la plus efficace courroie de transmission : « Ce sont eux qui parlent de retraite et de produits de placement ; ils peuvent transmettre de l’information à ce sujet. On a donc commencé à écrire un guide de formation continue qui leur était destiné à titre de support dans leurs interventions, en 2004-2005. » Environ deux ans plus tard, en 2007, la proportion des produits socialement responsables détenus à l’intérieur des portefeuilles des membres se chiffrait à 6 %  : « Ce fut une date charnière dans les étapes de notre cheminement. »

Par la suite, en 2009, la Caisse s’associait aux signataires des principes de l’ISR, par souci de cohérence : « De 6 %, on s’était progressivement rendu jusqu’à 12 % à partir de 2007, et voilà qu’on atteignait 22 %. » Elle ajoute que, il y a environ deux ans, la Caisse a utilisé ses surplus pour contribuer financièrement à l’élaboration d’un site d’information grand public (ethiquette.ca) destiné à faire connaître davantage ces produits: « En 2015, lors d’une assemblée générale portant spécifiquement sur l’ISR, on a même soumis à Desjardins une résolution pour l’encourager à continuer à développer davantage ceux-ci ; nous, on ne génère pas les fonds, mais on sent dans nos bureaux que les membres veulent avoir accès encore plus à ce genre de produits. »

À ce sujet, Bernard Ndour intervient : « Chez Desjardins, depuis la mise sur pied du premier fonds en 1990, il n’y a pas eu une multiplication de ceux-ci mais on a assisté rapidement à une amélioration de ceux qui étaient déjà offerts. La preuve en est que le tout premier qui a été créé s’internationalise présentement pour pouvoir élargir son impact. »

À titre de responsable de la formation et du transfert d’expertise, il tient ces propos au sujet du rôle qui lui est dévolu auprès des conseillers : « Mes interventions portent sur les enjeux ESG [environnemental, social et de gouvernance] des produits d’épargne. » Il souligne, dans cette optique, que « le travail qui a été accompli à la Caisse depuis plusieurs années touche autant la fibre personnelle de ces derniers que leur expertise en matière de connaissance des produits et des enjeux ; il m’appartient de renforcer cette formation et de la mettre à jour ».