Où en est l’investissement responsable?

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Un globe terrestre montrant l’étendue des changements climatiques exposé à la conférence de Paris.
Photo: Miguel Medina Agence France-Presse Un globe terrestre montrant l’étendue des changements climatiques exposé à la conférence de Paris.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La tendance est maintenant planétaire. C’est du moins ce que constate Rosalie Vendette, conseillère principale en investissement responsable (IR) chez Desjardins Gestion de patrimoine. Et la conférence de Paris 2015 sur le climat (COP21) ne peut que venir accentuer cette évolution.

« La conférence de Paris a permis à la communauté internationale d’en arriver à un consensus, soit celui de limiter l’augmentation de la température terrestre à deux degrés Celsius, voire idéalement à un et demi, si l’on veut éviter les effets désastreux du réchauffement climatique. Or, pour y parvenir, chacun des pays devra se doter d’objectifs nationaux et régionaux. »

Ces objectifs nationaux et régionaux auront un effet d’entraînement sur l’activité des différents secteurs économiques qui devront alors modifier leurs pratiques afin de réduire leur empreinte carbone, mais aussi de faire leurs les principes sur lesquels se fonde l’investissement responsable. « Les entreprises devront donc prendre le virage, sinon elles risquent de se retrouver du mauvais côté de l’important et inévitable clivage qui se créera entre les entreprises qui prennent une position de leadership et celles qui ne le font pas. »

Et le secteur financier n’échappe pas à cette règle. Mais heureusement, il en est conscient. À preuve, le Financial Stability Board (FSB) a profité de la tenue de la COP21 pour annoncer la création d’un groupe de travail sur les divulgations environnementales dans le secteur financier qui sera présidé par Michael Bloomberg. Rappelons que le FSB, aujourd’hui sous la gouverne de Mark Carney, le directeur actuel de la Banque d’Angleterre, est une organisation internationale de coordination et de coopération entre les grandes institutions financières nationales, comme les banques nationales, et les institutions internationales, comme le Fonds monétaire international.

Importance de l’investissement responsable

Si ces vénérables institutions ont cru bon de lancer un chantier de réflexion sur le lien entre le secteur financier et l’environnement, c’est que l’investissement responsable prend du galon. « On compte aujourd’hui de par le monde environ 1400 institutions financières, fonds de retraite et gestionnaires de portefeuille, donc des détenteurs d’actifs, qui ont adhéré aux Principles for Responsible Investment et qui présentement ont sous gestion une somme totale de 59 000 milliards de dollars américains. » À plus petite échelle, au Canada, selon l’Association canadienne pour l’investissement responsable, les actifs IR sous gestion totaliseraient une somme de 1000 milliards de dollars, ce qui représente une augmentation de 68 % en deux ans. Et chez Desjardins, principale institution financière en investissement responsable au Québec, l’actif sous gestion s’établit à 2 milliards de dollars, en hausse de 400 millions par rapport à l’année dernière.

La philosophie sur laquelle repose le principe de l’investissement responsable découle du concept du développement durable, qui stipule que tout développement doit obligatoirement tenir compte à la fois des facteurs économiques, environnementaux et sociaux en cause. En adhérant au concept du développement durable, les entreprises et les organisations devaient alors prendre en considération les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs pratiques. Et les investisseurs, de leur côté, devaient tenir compte de ces mêmes facteurs ESG dans l’évaluation des risques associés aux titres dans lesquels ils voulaient investir, plutôt que de s’en tenir aux seuls risques financiers.

Et pour se donner en cette matière davantage de cohérence, plusieurs investisseurs institutionnels, et dans certains cas même privés, ainsi que des gestionnaires d’actifs ont fondé l’organisation internationale Principles for Responsible Investment (PRI). Les membres qui font partie de cette organisation doivent mettre en pratique les six principes de l’investissement responsable, dont les trois premiers concernent la prise en compte des facteurs ESG dans l’analyse et la gestion d’un portefeuille d’actifs, et dont les trois derniers portent sur la reddition de comptes, celle des entreprises dans lesquelles ils investissent comme de la leur.

La stratégie

Et la prise en compte de ces facteurs ESG par les investisseurs se fait selon plusieurs stratégies. La plus évidente, mais la moins répandue, est l’exclusion pure et simple d’une entreprise d’un portefeuille de placement. La stratégie la plus courante est celle que l’on qualifie d’intégration des facteurs ESG. Dans ce cas, l’investisseur consent à investir dans la mesure où l’entreprise s’engage à mettre en place dans ses pratiques les facteurs ESG et il se sert de son pouvoir d’actionnaire pour accompagner l’entreprise dans sa démarche. Si cette stratégie a le mérite d’inciter les entreprises à prendre le virage ESG, elle ne fait pas de discrimination, puisqu’il n’y a pas d’exclusion. Ainsi, une entreprise pétrolière pourrait faire partie d’un fonds d’investissement responsable, ce qui peut être considéré par certains comme une contradiction. « Mais c’est une contradiction seulement en apparence. Prenons, par exemple, la compagnie Suncor, impliquée dans les sables bitumineux, qui a mis en place des facteurs ESG dans ses pratiques et qui adhère pleinement aujourd’hui au principe selon lequel on doit fixer un prix aux émissions de carbone. En serait-elle venue à adhérer à ce principe avec une stratégie basée sur l’exclusion ? »

Présentement, l’investissement responsable est surtout l’affaire des grands investisseurs institutionnels et des gestionnaires de fonds de placement, mais l’individu qui en partage les principes peut trouver aujourd’hui sur le marché des produits financiers adaptés à ses convictions. Il suffit de l’indiquer à son conseiller ou planificateur financier. D’ailleurs, à cet égard, Desjardins offre depuis un bon moment plusieurs portefeuilles de placement IR. « Nous venons même d’en ajouter un nouveau. Ce que l’investisseur individuel doit réaliser, c’est qu’il n’a pas à faire le choix entre ses convictions et le rendement, puisque le rendement de nos produits IR est comparable à celui des autres produits financiers. »