Bulletin moyen pour la zone euro en 2015

La Grèce a vu son PIB reculer de 0,6 % au dernier trimestre de 2015, elle qui est en récession depuis sept ans.
Photo: Aris Messinis Agence France-Presse La Grèce a vu son PIB reculer de 0,6 % au dernier trimestre de 2015, elle qui est en récession depuis sept ans.

L’économie de la zone euro a affiché sa meilleure performance depuis quatre ans en 2015, mais les nuages s’accumulent pour 2016 notamment à cause des turbulences boursières et du ralentissement en Chine, selon des données publiées vendredi.

L’économie de la zone euro a progressé de 0,3 % au quatrième trimestre, au même rythme modéré qu’au trimestre précédent, ce qui porte à 1,5 % la croissance sur l’année 2015, selon la première estimation de l’Office européen des statistiques. Ces données sont conformes aux attentes des analystes. Dans ses précédentes prévisions, publiées le 4 février, la Commission européenne envisageait une croissance légèrement meilleure en 2015 : +1,6 %. « Cette croissance de 1,5 % en 2015, qui suit une hausse de 0,9 % en 2014 est la meilleure performance depuis 2011 », constate Howard Archer, économiste d’IHS Global Insight.

Mais tous les analystes s’accordent à dire qu’il n’y a pas de quoi pavoiser. Tout d’abord, la zone euro a mieux commencé 2015 qu’elle ne l’a terminé : +0,5 % de croissance au premier trimestre, +0,4 % au second et +0,3 % aux troisième et quatrième. « Nous n’avons pas de panne de croissance dans la zone euro pour l’instant. Mais le ralentissement au quatrième trimestre en France et les commentaires de l’Office allemand des statistiques suggèrent que la croissance a été surtout soutenue par les investissements des entreprises et des ménages, ainsi que les dépenses publiques », ont commenté les analystes de Capital Economics.

La première économie de la zone euro, l’Allemagne, a ainsi vu son PIB progresser de 0,3 % au quatrième trimestre, inchangé par rapport aux trois mois précédents. « C’est la consommation intérieure des ménages et des entreprises qui a, à elle seule, tiré la croissance. Le commerce extérieur a eu une contribution négative », a précisé l’Office allemand des statistiques, exportations et importations reculant toutes les deux, les premières de manière plus marquée que les secondes.

En France, la croissance a très légèrement ralenti : +0,2 % d’octobre à décembre, contre +0,3 % au troisième trimestre. L’Italie a également faibli : +0,1 % au quatrième trimestre, contre +0,2 % les trois mois précédents. Quant à l’Espagne, elle a continué sur sa lancée : +0,8 % au quatrième trimestre, comme au troisième.

La Grèce engluée

Talon d’Achille de la zone euro, la Grèce a déçu avec un recul de son PIB de 0,6 % au quatrième trimestre. « Cela montre que l’économie ne s’est toujours pas remise de la panique sur son éventuelle sortie de la zone euro l’an dernier », selon les analystes d’ING Bank. La Grèce reste engluée dans la récession pour la septième année consécutive depuis la crise de 2008, en raison surtout des mesures d’austérité imposées par ses créanciers. Une brève reprise s’était affichée fin 2014.

Pour la zone euro, les économistes ont désormais les yeux rivés sur 2016, alors que plusieurs signaux négatifs s’accumulent. « Nous avons tablé sur une croissance de 1,7 % en 2016, mais cette prévision apparaît de plus en plus discutable actuellement et nous allons peut-être devoir la réviser à la baisse », a reconnu l’analyste d’IHS Global Insight. En présentant ses prévisions du 4 février, la Commission européenne avait rabaissé ses prévisions pour 2016, tablant sur une croissance de 1,7 % et non plus 1,8 % comme elle le prédisait le 5 novembre dernier. « Il y a clairement des risques baissiers qui s’accumulent en raison des problèmes mondiaux de croissance et de la volatilité des marchés financiers, a admis Howard Archer. Ce qui en zone euro est renforcé par les inquiétudes sur le secteur bancaire. »

Ainsi, l’Allemagne, très exportatrice, pourrait pâtir des faiblesses de plusieurs grands marchés. Du fait de la qualité de ses produits et de sa position de force chez ses clients, elle a longtemps semblé largement immunisée contre les risques extérieurs — ralentissement de la croissance chinoise et d’autres marchés émergents, tensions géopolitiques — mais la multiplication des facteurs de risque commence à se faire sentir sur les indicateurs, notamment de l’industrie.

L’Italie a timidement renoué avec la croissance

Milan — L’Italie a confirmé vendredi son retour à la croissance économique en 2015, après trois années de récession, mais avec un taux encore très bas, 0,7 %, ce qui pourrait compliquer l’équation du gouvernement concernant le déficit public. Au quatrième trimestre, le PIB a augmenté de 0,1 % par rapport au trimestre précédent et de 1 % sur un an, des résultats moins bons que prévus, les analystes tablant respectivement sur une progression de 0,3 % et de 1,2 %. Sur l’ensemble de 2015, la hausse du PIB a été égale à 0,7 %, un chiffre qui a également déçu. La Banque centrale d’Italie avait effet dit mi-janvier prévoir une croissance de 0,8 %, puis de 1,5 % en 2016 et 2017, des chiffres globalement conformes aux estimations du gouvernement. Le ministre de l’Économie Pier Carlo Padoan a néanmoins assuré ne pas être « inquiet » après la publication de ce chiffre : « Évidemment, nous aurions préféré une décimale au-dessus, mais une décimale compte peu, parce que l’important c’est la direction prise par l’économie qui est en croissance après trois années de récession profonde. » Dans ce contexte, la Commission européenne a d’ores et déjà revu à la baisse début février ses prévisions pour la croissance italienne, tablant sur des taux de 1,4 % en 2016 et de 1,3 % en 2017, contre 1,5 % et 1,4 % précédemment.