Pétrole, la dégringolade se poursuit

La dégringolade des prix du pétrole et les reculs des marchés boursiers à travers le monde n'ont pas empêché les courtiers de la Bourse de Francfort de se déguiser pour le carnaval, mardi.
Photo: Daniel Roland Agence France-Presse La dégringolade des prix du pétrole et les reculs des marchés boursiers à travers le monde n'ont pas empêché les courtiers de la Bourse de Francfort de se déguiser pour le carnaval, mardi.

New York — Les cours du pétrole ont chuté mardi et poursuivi un très mauvais début de semaine, après des rapports mensuels de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et du département américain de l’Énergie, tous deux sceptiques sur un rebond du marché.

Après avoir déjà perdu plus d’un dollar la veille, le cours du baril de référence (WTI) pour livraison en mars a cédé 1,75 $US à 27,94 $US sur le New York Mercantile Exchange (Nymex).

La séance de mardi a commencé avec « un rapport très défavorable de l’AIE, que ce soit sur la situation actuelle ou ses prévisions », a noté Matt Smith, de ClipperData. Bras énergétique de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’agence a douché les espoirs d’une remontée des prix à court terme en estimant que le monde devrait rester submergé d’or noir face à une demande fragile. « Elle juge, ce qui est une opinion très partagée, qu’il n’y aura pas dans l’immédiat de réunion entre l’OPEP et la Russie », a souligné John Kilduff, d’Again Capital. Après avoir chuté en janvier au plus bas depuis 2003, le marché a essayé à plusieurs reprises de rebondir sur fond de spéculations sur une réduction concertée de l’offre entre le cartel et Moscou, mais cette idée semble encore irréaliste pour de nombreux observateurs.

Peu avant la fin de la séance new-yorkaise, le département de l’Énergie des États-Unis a publié son propre rapport mensuel, « qui a en gros dit la même chose que l’AIE », selon les termes de M. Smith. Alors qu’il tablait en janvier sur un baril de Brent, référence européenne du brut, à 40 $US le baril en moyenne cette année, il a abaissé sa prévision à 38 $US, bien qu’il n’ait pas changé celle sur le WTI, également attendu à ce prix en 2016.

L’AIE a confirmé que le monde devrait rester submergé d’or noir face à une demande fragile. « Dans ces conditions, le risque de baisse à court terme s’est accentué », a estimé l’AIE dans son rapport mensuel de février, évoquant également un accroissement probable des stocks. Ainsi, a estimé l’agence basée à Paris, mieux vaut ne pas compter sur une baisse concertée de l’offre entre les principaux producteurs, membres ou non de l’OPEP, pour voir les prix remonter. « La spéculation continuelle sur un accord entre l’OPEP et les principaux producteurs non-OPEP en vue de réduire la production n’est rien d’autre que de la spéculation », a-t-elle prévenu : « la probabilité d’une réduction concertée est très faible ».

Au contraire, l’OPEP devrait continuer à pomper vigoureusement cette année, accentuant l’excès d’offre. Iran, Irak et Arabie saoudite en tête, le cartel pétrolier a extrait 32,63 millions de barils par jour (mbj) en janvier, ce qui représente une hausse de 280 000 barils par jour par rapport au mois précédent et de près de 1,7 mbj sur un an.

En tout, la production mondiale s’est repliée de 200 000 bj le mois dernier, à 96,5 mbj, affectée par la baisse de la production hors OPEP qui devrait décliner de 600 000 bj en 2016 à 57,1 mbj. Pour autant, il est prématuré de tabler sur une reprise des cours du fait d’une forte chute de la production américaine de pétrole de schiste : « il se peut qu’elle continue encore à résister », a souligné l’AIE.

Face à ce surplus d’offre, la croissance de la demande mondiale va perdre en vigueur, affectée par des ralentissements en Europe, en Chine et aux États-Unis. Selon l’AIE, la consommation devrait croître de 1,2 mbj cette année à 95,6 mbj, en légère diminution par rapport aux 95,7 mbj anticipés dans son précédent rapport et notablement moins que la hausse de 1,6 mbj enregistrée en 2015.

« Si ces chiffres se révèlent corrects, il est très difficile de voir comment les prix du pétrole pourraient remonter significativement à court terme dans un marché déjà submergé de pétrole », a-t-elle conclu.

La dette publique des pays du Golfe devrait doubler

Koweït — La dette publique des six monarchies pétrolières du Conseil de coopération du Golfe (CCG) devrait doubler et leurs avoirs baisser du tiers d’ici 2020, affirme un rapport économique publié mardi. Cumulant des déficits budgétaires de 160 milliards de dollars en 2015 et projetant un déficit de 159 milliards de dollars en 2016 en raison de la chute des prix du pétrole, ces pays vont s’endetter lourdement ou puiser dans leurs réserves financières, selon ce rapport. Les six pays du CCG, Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Oman, Qatar et Koweït, pompent ensemble quelque 18 millions de barils de pétrole par jour. Le rapport élaboré par M.R. Raghu, chef des recherches au Kuwait Financial Centre (Merkaz), estime que la dette des six pays devrait atteindre dans cinq ans 59 % de leur PIB total, alors qu’elle n’était qu’à 30 % fin 2015. Les réserves cumulées des six pays qui représentent 140% de leur PIB à 2200 milliards de dollars fin 2015 devraient baisser, durant ces cinq années, à 100 % du PIB, affirme le chercheur. Le pétrole assurait environ 80 % des revenus de ces pays avant la chute du prix du baril qui a perdu 75 % de sa valeur depuis la mi-2014.
1 commentaire
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 10 février 2016 09 h 36

    submergé de pétrole

    Et l'OPEP ne déroge pas; ils produisent du pétrole qui ne leur coûte presque rien à plein tuyau.

    Des fois... j'ai l'impression qu'ils cherchent à foutre en l'air l'industrie pétrolière mondiale comme EI cherche à détruire la civilisation.

    Mais... Qu'est-ce que je connais là-dedans, je ne me noie pas dans les détails.

    Non, je ne perçois qu'un groupe qui a une main d'étranglement sur un autre et qui ne cesse de serrer. Et un autre (pas tellement lointain) qui «pioche» par en dessous ce même groupe qui «dépense» des millions qu'ils n'ont pas parce que le prix du «pétrole» baisse.
    Je fais sûrement des liens trop «faciles».
    Que voulez-vous, je ne suis qu'un «généraliste», pas un «expert».

    PL