Un Québec plus riche, plus novateur et plus vert

Monique Leroux : « Je suis très fière de laisser, pour la prochaine présidence, un groupe financier coopératif solide et en croissance. »
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Monique Leroux : « Je suis très fière de laisser, pour la prochaine présidence, un groupe financier coopératif solide et en croissance. »

Monique Leroux a profité lundi de son dernier discours public en tant que présidente et chef de la direction de Desjardins pour inciter Ottawa et les entreprises canadiennes à faire le choix du développement durable.

Mme Leroux, dont le deuxième mandat à la tête de Desjardins tire à sa fin, a prononcé une allocution aux allures de bilan lundi devant quelque 500 personnes réunies à l’initiative du Cercle canadien de Montréal. Elle n’a cependant pas hésité à prendre position sur l’état de l’économie canadienne et sur la trajectoire qu’elle devrait prendre.

« Je pense qu’une croissance plus verte, bien ancrée dans l’innovation, peut avantager tous les secteurs de l’économie canadienne. Et je crois que cette croissance plus verte sera source d’emplois durables et de qualité », a-t-elle déclaré.

« Il faut qu’on soit un petit peu plus ambitieux, qu’on mette la barre un petit peu plus haut et qu’on se donne des objectifs de croissance, de développement durable, avec de l’innovation au rendez-vous, a-t-elle ajouté après son passage sur scène. Je pense que c’est tout à fait en lien avec les valeurs de toute une génération qui est d’accord avec le développement économique, mais qui veut que ça se fasse dans le respect de l’environnement. »

La présidente de Desjardins a souligné qu’en tant que membre de la coalition IntelliProspérité — composée de représentants du milieu des affaires, des Premières Nations et de syndicats —, elle appuie la lettre envoyée récemment au premier ministre Justin Trudeau pour lui demander de prendre les devants.

Parmi les propositions qui seront rendues publiques au cours des prochaines semaines, la coalition veut que le Canada encourage l’investissement dans les technologies propres, associe un « prix juste » aux activités polluantes et adopte des normes qui encouragent une meilleure utilisation de l’énergie et des ressources naturelles.

« Je crois que le secteur des ressources naturelles et de l’énergie est un secteur très important. Loin de moi l’idée de le décrier, mais je crois que notre niveau d’ambition pour le développer dans une perspective de technologies propres, de développement durable et d’économie verte doit être renforcé », a précisé Mme Leroux en point de presse.

Desjardins dit montrer l’exemple en ayant comme objectif de réduire de 20 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020, par rapport au niveau de 2008.

Maison en ordre

Monique Leroux a entamé son dernier tour de piste comme présidente de Desjardins. Après avoir effectué deux mandats, elle cédera son poste le 9 avril prochain, tout en demeurant dans l’entourage de la personne qui lui succédera pendant une durée trois mois afin de faciliter la transition.

Trois candidats tenteront de lui succéder : deux vice-présidents de Desjardins, Guy Cormier et Robert Ouellette, mais également l’ancien chef du Bloc québécois, Daniel Paillé. Lundi, la présidente sortante a refusé de commenter la présence d’un candidat externe et l’impact que sa nomination pourrait avoir sur l’avenir de l’institution financière. Le processus démocratique doit suivre son cours, a-t-elle laissé entendre.

Chose certaine, la maison qu’elle quitte est en ordre, a-t-elle fait valoir devant le parterre de gens d’affaires. « Je suis très fière de laisser, pour la prochaine présidence, un groupe financier coopératif solide et en croissance, a-t-elle lancé. Je crois que la prochaine présidence pourra bénéficier d’un moteur extrêmement puissant pour soutenir la croissance économique de Montréal, du Québec et, plus largement, de l’économie canadienne. »

Elle affirme qu’entre le début de son premier mandat, en 2008, et l’an dernier, Desjardins a accueilli deux millions de nouveaux membres et clients et a multiplié ses revenus par deux, pour atteindre près de 15 milliards de dollars.

Un des moments marquants de la présidence de Mme Leroux aura été l’acquisition des activités canadiennes de State Farm, conclue au début de l’année dernière. La dirigeante estime que Desjardins pourrait d’ailleurs procéder à d’autres acquisitions dans un avenir rapproché.

« Il y aura des choses à regarder dans l’horizon des cinq prochaines années, c’est incontournable. Le paysage concurrentiel est en train de changer à travers le monde, au Canada et en Amérique du Nord », a-t-elle observé. Elle prévoit notamment une consolidation dans les secteurs de la gestion de patrimoine et de l’assurance.

Lorsqu’elle quittera son poste de présidente de Desjardins, Mme Leroux conservera la présidence de l’Alliance coopérative internationale (ACI). Elle a été élue à la tête de l’ACI en novembre 2015, pour un mandat de deux ans.

7 commentaires
  • Emmanuel Lyng-Sabatier - Inscrit 9 février 2016 08 h 07

    Développement durable

    Monique Leroux est mal placée pour parler de developpement durable, elle qui a dévoyé le mission de Desjardins et l'a transformer en banque en liquidant de nombreuses caisses et mettant à la porte de nombreuses personnes pour le profit.
    De nos jours, Alphonse serait surpris du changement...

    Une présidente qui touche des millions dans un système communautaire est honteux, dans les banques, ils font ce qu'ils veulent c'est du capitalisme à 100%. Elle n'a même pas su faire évoluer la technologie au sein de Desjardins. Il faut savoir que toutes les banques sont très en retard en matière de sécurité informatique, de mise à jour de logiciels, sans compter les milliers de logiciels parfois incompatibles entre eux. Les banques sont la faille de notre système, à vouloir faire du profit à court terme, elles oublient d'investir dans l'essentiel.

    Quand au Québec vert, il n'y a pas de recettes miracles, le futur ce sont les transports en commun électriques et les chemins de fer électrifiés. Mais aucun parti n'en parle. Aucune vision politique pour le futur et cela n'est pas spécifique au Québec mais dans tout l'Occident.

    • Robert Beauchamp - Abonné 9 février 2016 18 h 34

      Faut-il rappeler les espaces verts de l'île Charron que Desjardins a largués qu'il nous a fallu racheter de 2 à 3 fois le prix. La formation offerte en anglais à Lévis depuis la présence d'Ontariens soit, mais de là à obliger les francophones à s'intégrer alors que Desjardins a fondé les caisses pour assurer le développement économique de ses concitoyens francophones. Ah c'est vrai, les balayeurs aussi devront se soumettre.

  • Gilbert Le Blanc - Abonné 9 février 2016 09 h 13

    Je n`y crois plus!

    Non, je n`y crois plusMme Leroiux durtant son mandat a transformé le Mouvement Desjardins en une grosse banque! On a fermé des caisses , des points de service et on a procédé à des regroupements. Par exemple, dans l`arrondissement Desjardins, à Lévis, on a fusionnné cinq caisses en une: la Caisse de Lévis. Son discours ne parle à peu près pas de coopération. Arrêtons de nous conter des histoires! Desjardins devrait fusionner avec la Banque nationale !
    Gilbert Le Blanc

  • Gilbert Troutet - Abonné 9 février 2016 10 h 08

    Pas de leçons à donner

    Quand on se paie un salaire annuel de 3.5 millions $ pour diriger un mouvement «coopératif», on est mal placé pour donner des leçons d'économie. Une croissance plus verte passe d'abord par moins d'appétit de la part des dirigeants et par une répartition plus équitable de la richesse.

    Mme Leroux donne ainsi un bien mauvais exemple de cupidité. Son prédécesseur gagnait 650 000 $ par année : me semble qu'avec ça, on peut déjà vivre décemment.

  • Renaud Guénette - Inscrit 9 février 2016 10 h 41

    L'après carrière

    Madame Leroux serait elle en train de placer ses pions pour s'assurer une carrière politique à droite ? Il semblerait que oui. Alphonse Desjardins se retourne dans sa tombe depuis les changements de cap orchestrés par madame Leroux. Ce mouvement coopératif n'en a, malheureusement, plus que le nom.

  • Jean Richard - Abonné 9 février 2016 11 h 25

    Innovation, l'obsolescence déguisée

    Innovation, ce mot magique qui fait saliver gens d'affaires et entrepreneurs : et si ce n'était rien d'autre qu'une façon détournée de pratique l'obsolescence programmée ?

    On connaît à peu près tous l'histoire de ce fabricant d'ampoules électriques qui, voyant sa croissance ralentir, se mit à produire des ampoules moins durables, ce qui allait obliger les consommateurs à acheter plus d'ampoules puisque ces dernières duraient moins longtemps. Pour mieux faire avaler la couleuvre, il suffisait de dire que les nouvelles ampoules éclairaient plus fort et plus blanc que les anciennes.

    Cette technique de l'obsolescence programmée fut un jour dénoncée. Les gens ont commencé à exiger des objets plus durables et on leur en a vendus. Les bagnoles des années 2010 rouillent beaucoup moins vite que celles des années 70 et leur moteur est souvent increvable. Avec les ordis, finie l'époque où les disques cassaient souvent, sans prévenir.

    Les industriels sont parfois rusés, et les consommateurs parfois idiots. L'obsolescence a mauvaise presse. Dorénavant, ce ne sera plus parce qu'un objet rend l'âme qu'on l'enverra à la casse. Ce sera parce que la quête du bonheur nous aura conduit à désirer un objet nouveau. Le fantasme de la nouveauté, c'est l'essence de l'innovation et ce pourquoi la pub alimente ce fantasme, ce sont les mêmes motifs qu'avec l'obsolescence programmée, mensonge compris. Mensonge ? Un exemple, la voiture verte (électrique). La voiture verte, ça n'existe pas. Ce qui existe, c'est une tentative de rendre obsolète la voiture à pétrole. Les industriels ont mis leurs pions (lobbies) bien en place pour doper la vente de voitures individuelles électriques, se faisant accompagner par les gouvernements dans leurs efforts.

    Bref, peut-on faire un dieu de l'innovation tout en parlant de développement durable quand ce concept d'innovation n'est rien d'autre qu'une mise à jour de l'obsolescence programmée, aux antipodes du développement durable ?