Le Canada est plus attrayant quand le huard plonge

Les Américains devraient dépenser plus d’argent au Canada avec la baisse de la valeur du huard.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les Américains devraient dépenser plus d’argent au Canada avec la baisse de la valeur du huard.

La faiblesse du huard devrait inciter les Canadiens et les Américains à dépenser plus au Canada, mais les États-Unis conserveront largement l’avantage, estime la Banque TD.

La chute marquée depuis 2014 de la valeur du dollar canadien par rapport au billet vert américain devrait rapporter cette année environ 5 milliards de plus en revenus touristiques directs au Canada, prévoit une analyse de la Banque TD dévoilée lundi. Entre, d’un côté, les visiteurs américains et canadiens qui redécouvriront les attraits canadiens et, de l’autre côté, tous les Canadiens qui continueront d’aller au sud de la frontière, le Canada continuera cependant d’accuser à ce chapitre un déficit annuel d’environ 11 milliards.

« On ne peut pas parler d’un revirement spectaculaire de situation, mais cela donnera tout de même un coup de pouce à une croissance économique [canadienne] qui en a bien besoin », notent ses auteurs, les économistes Derek Burleton et Admir Kolaj.

Si la tendance amorcée l’année dernière se maintient, les dépenses au Canada des visiteurs américains devraient augmenter de 6 % cette année à 9,6 milliards, soit 2,5 milliards de plus qu’en 2013 et un sommet en dix ans, prédit la TD. De plus en plus incités à se tourner vers d’autres destinations étrangères ou à rester au pays, les Canadiens devraient réduire pendant ce temps leurs dépenses aux États-Unis à 20 milliards, soit 3 milliards de moins qu’en 2014, à la faveur notamment d’un recul de 21 % l’an dernier et d’un autre 14 % cette année des visites d’un jour au sud de la frontière, et de la diminution moitié moins forte des séjours de plus longue durée.

Ces changements sont essentiellement le résultat de la dépréciation du dollar canadien depuis 2013, explique la Banque TD. Une dépréciation qui n’est pas près de se renverser avec un huard qui devrait se maintenir tout juste au-dessus des 70 ¢ US durant la première moitié de l’année avant de remonter un peu aux alentours de 72 ¢ et 73 ¢ en même temps que le prix du pétrole.

Revenue aujourd’hui légèrement au-dessus des 71 ¢, la devise canadienne a traversé 12 jours d’enfer le mois dernier qui l’ont amenée à 68 ¢, son niveau le plus bas en 13 ans et point d’orgue d’une chute de 25 % en deux ans. Le huard semble au moins partiellement victime d’une réaction exagérée des marchés à la baisse des prix du pétrole, disait vendredi Sal Guatieri. L’économiste de la Banque de Montréal estime en effet que son niveau d’équilibre devrait plutôt se trouver à environ 74 ¢.

Les économistes de la Banque de Montréal pensent maintenant que le huard finira par rejoindre ce niveau à compter de l’été 2017, mais qu’avant cela, il pourrait fort bien encore une fois piquer du nez. On craint même qu’il passe cet été sous la barre des 68 ¢ si la Banque du Canada décide de réduire une dernière fois ses taux d’intérêt ce printemps pour stimuler l’économie et que sa vis-à-vis américaine garde le cap sur au moins deux hausses du loyer de l’argent cette année aux États-Unis.

Les charmes limités du Canada

On pourrait espérer que cela fera du Canada une destination touristique encore plus prisée cet été. Après tout, plus de 38 millions d’Américains vivent à moins de 160 kilomètres des frontières canadiennes et, il y a une quinzaine d’années seulement, les dépenses des Américains au Canada étaient presque équivalentes à celles des Canadiens aux États-Unis, rappelle la Banque TD dans son étude.

Le contexte a toutefois changé depuis. À l’époque, le Canada avait depuis longtemps la réputation d’être un pays bon marché pour les Américains. Puis il y a eu le resserrement des contrôles frontaliers après les attaques du 11-Septembre, puis l’augmentation du prix de l’essence puis la Grande Récession, dont les familles américaines ne sont pas sûres de s’être encore remises totalement. Contrairement à leurs aînés, les jeunes Américains semblent moins attirés par la nature et les grands espaces canadiens que par l’Italie, l’Australie, l’Angleterre ou la France.

Les Canadiens de leur côté passent moins souvent la frontière américaine pour faire leurs emplettes et sont probablement moins portés aussi à faire des achats en ligne aux États-Unis, rapporte la Banque TD. Comme il est difficile de se passer du soleil et de la chaleur du Sud, ceux qui vont quand même aux États-Unis pour plusieurs jours tendent également à y rester moins longtemps, les plus fortes baisses chez les snowbirds s’observant pour les séjours de plus de deux mois et les plus fortes baisses pour les autres types de voyageurs s’observant dans les séjours de plus de deux semaines. Le nombre de voyages vers d’autres pays étrangers que les États-Unis, dont le Mexique, le Royaume-Uni, la France et Cuba, a aussi augmenté de 10 % dans les 11 premiers mois de 2015.

Une bonne partie de l’argent que les Canadiens ne dépenseront pas aux États-Unis ira dans des voyages dans leur propre pays ou pour d’autres sortes de dépenses chez les commerçants locaux, note la Banque TD. Mais comme le climat économique est morose, une autre partie de l’argent épargné sera vraisemblablement mise de côté.

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