Les pays producteurs en panne de revenus

À Caracas, au Venezuela, des citoyens font la file pour s’approvisionner dans un supermarché. Le président du pays, Nicola Maduro, avait décrété l’état d’«urgence économique» le 15 janvier pour faire face aux difficultés auxquelles le pays est confronté avec la chute des prix du pétrole, mais l’opposition a rejeté le décret quelques jours plus tard, enfonçant un peu plus le pays dans un crise politique.
Photo: Ronaldo Schemidt Agence France-Presse À Caracas, au Venezuela, des citoyens font la file pour s’approvisionner dans un supermarché. Le président du pays, Nicola Maduro, avait décrété l’état d’«urgence économique» le 15 janvier pour faire face aux difficultés auxquelles le pays est confronté avec la chute des prix du pétrole, mais l’opposition a rejeté le décret quelques jours plus tard, enfonçant un peu plus le pays dans un crise politique.

Mesures d’austérité, appels au secours aux institutions financières ou encore privatisations partielles : les pays pétroliers prennent des mesures d’urgence pour faire face à l’effondrement brutal de leurs revenus budgétaires.

« Il n’est plus possible d’attendre », a prévenu mardi le ministre russe de l’Économie, Alexeï Oulioukaïev, appelant à combler au plus vite le trou laissé dans les comptes de Moscou par la chute des cours des hydrocarbures qui représentent la moitié des rentrées budgétaires. Devant une situation critique, il a appelé à la mise en oeuvre urgente de privatisations discutées de longue date, son gouvernement cherchant à réduire sa participation dans certains groupes publics comme le géant pétrolier Rosneft.

La chute du prix du baril, qui se situe autour de 30 $US le baril, contraint les pays producteurs à chercher d’autres revenus ou à réduire leurs dépenses. « C’est une source de risque », prévient Olivier Garnier, chef économiste groupe, à la Société générale. « Les déficits publics se creusent fortement. Et pour maintenir la paix sociale et les dépenses en armement, les pays producteurs ne sont pas en mesure de couper dans les dépenses publiques », assure-t-il à l’AFP.

Le Fonds monétaire international (FMI) avait d’ailleurs alerté des conséquences de la chute du baril à la mi-janvier, à l’occasion de l’actualisation de ses perspectives économiques. « La baisse des prix du pétrole met à rude épreuve la situation budgétaire des pays exportateurs et pèse sur leurs perspectives de croissance », a indiqué l’organisation.

Ces dernières années, avec un baril qui battait des records, les pays producteurs ont certes accumulé d’importantes réserves de change, mais elles commencent à fondre. En Arabie saoudite, contraint d’appliquer des mesures d’austérité comme d’autres pays du Golfe, elles ont baissé à 611,9 milliards de dollars à la fin 2015, leur plus bas niveau depuis 2011, après des retraits massifs pour combler le déficit budgétaire.

Pour Ludovic Subran, chef économiste chez Euler Hermes, la situation n’est pas toutefois alarmante pour l’instant. « Aujourd’hui, nous disposons au moins d’un an sur les réserves de change pour les pays exportateurs en Afrique. Les autres sont encore aidés par les institutions internationales » comme le FMI ou la Banque mondiale, a-t-il expliqué à l’AFP.

Mais le soutien des institutions financières internationales signifie souvent mesures impopulaires d’austérité ou des privatisations, avec des risques de conflits sociaux. « Les marges de manoeuvre sont très faibles. La croissance ralentit et les ajustements sont coûteux avec des cures d’austérité et de la récession », assure Christine Rifflart, auteur d’une récente étude de l’OSCE intitulée Pays émergents : la fin de la très grande illusion.

Le Nigéria négocie actuellement des emprunts avec la Banque africaine de développement et la Banque mondiale pour financer une partie du déficit de 2200 milliards de nairas (15 milliards $CAN) dans son budget 2016. La directrice du FMI, Christine Lagarde, avait pourtant tenté de calmer le jeu il y a un mois lors d’une visite à Abuja. « Franchement, vue la détermination et la résilience dont font preuve la présidence et son équipe, je ne vois pas pourquoi il y aurait besoin d’un programme d’aide du FMI » au Nigeria, avait-elle assuré. C’est finalement la Banque mondiale, organisation jumelle du Fonds, qui s’implique.

Le Venezuela, dont l’économie est en pleine débâcle, est quasiment entièrement dépendant de ses ventes d’or noir qui lui apportent 96 % de ses devises, a choisi une autre voie. Le ministre du Pétrole, Eulogio del Pino, a pris son bâton de pèlerin et commencé samedi une tournée en Russie, au Qatar, en Iran et en Arabie saoudite, pour promouvoir auprès de ces pays producteurs d’or noir, membres ou non de l’OPEP, une stratégie pour enrayer la chute des cours.

Banques canadiennes

Mais la dégringolade des cours du pétrole ne touche pas que des pays émergents. Elle pourrait affaiblir aussi les banques canadiennes qui ont consenti 42 milliards de dollars de prêts au secteur des hydrocarbures, a averti lundi la banque Nomura.

À 31,62 $US lundi à la clôture à New York pour le baril de référence (WTI), les prix du brut « se situent probablement sous le seuil de rentabilité de plusieurs producteurs », observe la banque japonaise dans une note. « Il y a une inquiétude croissante que cette situation puisse affaiblir les banques canadiennes », dont les prêts directs aux groupes pétroliers et gaziers atteignent 6 % des prêts commerciaux, souligne l’auteur de l’étude, Charles St-Arnaud, économiste chez Nomura. En prenant en compte les secteurs dépendant directement de l’industrie pétrolière, l’exposition des grandes banques canadiennes s’élève à 123 milliards, soit 17 % des prêts commerciaux.

« Actuellement, il n’y a pas de menace imminente, mais si les prix des matières premières devaient continuer à être bas, cela entraînerait une plus grande exposition et une hausse des créances dépréciées », relève M. St-Arnaud. Cet analyste juge que « la situation requiert une surveillance permanente, car des pertes importantes des banques pourraient avoir un effet très négatif sur l’économie [canadienne] », qui tourne déjà au ralenti depuis 18 mois et la chute des cours du brut.

Des réserves financières au plus bas

Riyad — Les réserves financières de l’Arabie saoudite ont atteint leur plus bas niveau en quatre ans, après des retraits massifs pour combler le déficit budgétaire qui s’est creusé avec la chute des prix du pétrole, indique un rapport publié mardi. Le premier pays exportateur mondial de pétrole a vu ses réserves baisser à 611,9 milliards de dollars à la fin 2015, leur niveau le plus bas depuis 2011. Elles atteignaient 732 milliards de dollars il y a un an, précise la Saudi Jadwa Investment. Le rapport prévoit une baisse de ces réserves à 500 milliards à la fin de 2016 avec la chute de 75 % du prix du baril depuis la mi-2014. Deuxième producteur mondial de pétrole après la Russie, l’Arabie saoudite a enregistré en 2015 un déficit budgétaire record de 98 milliards après la baisse de 60 % de ses revenus pétroliers à 118 milliards. Riyad a aussi adopté un budget 2016 en déficit de 87 milliards, mais Jadwa estime qu’il atteindra plutôt 107 milliards. Pour atténuer ces déficits, l’Arabie saoudite a pris des mesures d’austérité. Les prix des carburants ont augmenté de 80 % et ceux de l’électricité, de l’eau, du gaz et d’autres produits ont également progressé. Le gouvernement a en outre emprunté à hauteur de 30 milliards de dollars sur le marché intérieur.
29,88 $US
Le baril de pétrole
«light sweet crude» a terminé sous les 30 $US à New York dans un marché déprimé devant l’absence de concertation internationale pour réduire la production et la perspective de stocks en hausse aux États-Unis.