Bombardier, le scénario du pire

Bombardier aura consacré 5,4 milliards pour développer sa CSeries.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Bombardier aura consacré 5,4 milliards pour développer sa CSeries.

L’action de Bombardier a repris une partie du terrain perdu vendredi après une semaine catastrophique mais tout le monde attend le 17 février, date des états financiers 2015 où la direction devra, une fois de plus, faire face au barrage de questions. Car tout le monde — actionnaires, employés, gouvernement du Québec et contribuables — attend le gros contrat.

L’avenir de l’entreprise contrôlée par la famille Bombardier-Beaudoin est plus que jamais sous les projecteurs après qu’un deuxième gros contrat est passé sous le nez de sa CSeries cette semaine : une commande arrachée par Airbus en Iran, où le gouvernement a commencé à renouveler sa vieille flotte avec une entente pour 45 avions de la même taille que ceux du fabricant montréalais. (La CSeries se situe dans le créneau des 100 à 150 sièges.)

La semaine précédente, c’était un contrat remporté par Boeing auprès d’United Continental Holdings, qui a signé avec l’entreprise américaine une promesse d’achat pour 40 appareils 737. Que se passera-t-il avec Delta, qui a déjà démontré un certain intérêt pour la CSeries ?

« La compagnie fait face à des conditions de marché très difficiles, nous le savons, mais ce que nous voulons voir à un certain moment, ce sont des commandes fermes pour des appareils CSeries », a insisté en entrevue au Devoir le vice-président du secteur industriel l’agence de notation DBRS, Tim O’Brien. « Il faudrait que les marges de rentabilité s’améliorent et que les bénéfices reviennent. » D’autant plus que le créneau des avions d’affaires pâtit du ralentissement des marchés émergents.

Creux historique et rebond

Le cours de l’action est tombé cette semaine à un creux de 89 ¢, reculant un peu plus de jour en jour sur des volumes de négociation de loin supérieurs à la normale. Vendredi, il est remonté de 10 % à 98 ¢, ce qui lui confère une valeur boursière de 2,3 milliards.

La Bourse de Toronto n’a pas de règles fermes sur le cours minimal d’une action, mais il est connu que certains investisseurs institutionnels n’ont pas l’habitude d’acquérir des actions de pacotille. Toutefois, le titre de Bombardier ne détient plus la palme de celui que les investisseurs vendent le plus à découvert, un honneur qui appartient désormais à la Banque TD, suivie de la Banque Scotia.

Bombardier pourrait encore décrocher des contrats en Iran. Le pays est perçu par certains comme une « mine d’or », comme l’a rapporté cette semaine le site spécialisé Aviation Week. Fort de ses 82 millions d’habitants, il n’aura plus de sanctions sur le dos et doit, de manière relativement urgente, rebâtir sa flotte d’avions. Plus de 400 avions devraient être achetés au cours des prochaines années.

« C’est une occasion pour Bombardier, c’est un environnement positif », a dit une collègue de M. O’Brien, Kam Hon. « C’est un gros pays. Ils ont besoin d’avions de grosse taille pour faire le lien aux pays voisins, mais aussi de plus petits appareils pour le transport intérieur. »

Bombardier, qui aura mis au final environ 5,4 milliards de dollars américains dans la CSeries, a reçu deux coups de pouce successifs cet automne. Le gouvernement du Québec a promis d’injecter 1 milliard de dollars américains pour prendre 49,5 % du projet CSeries et la Caisse de dépôt et placement a annoncé un investissement de 1,5 milliard américain dans la division Transport, celle qui génère les profits.

Quand Boeing et United ont annoncé leur contrat, cependant, un analyste de Valeurs mobilières Desjardins, Benoit Poirier, a estimé que la principale influence pouvant faire bouger le titre, c’est le nombre de commandes à venir pour la CSeries. « Nous croyons aussi qu’une aide possible de la part du gouvernement fédéral pourrait convaincre certains acheteurs potentiels de passer de la parole aux actes, car elle diminuerait les incertitudes entourant la viabilité à long terme de Bombardier », a-t-il écrit le 21 janvier.

« Dans l’intervalle, nous nous attendons à ce que le marché demeure sceptique et nous croyons qu’il y a un vrai risque d’annulation de la CSeries si aucune commande ne se concrétise dans les six prochains mois », a laissé tomber M. Poirier.

Le gouvernement du Québec n’a pas encore versé l’argent promis pour soutenir le projet CSeries, lequel aura besoin, au total, d’environ 2 milliards avant d’être vraiment complété. Le transfert doit se faire en deux versements de 500 millions, soit en avril et en juin.

Bien que le gouvernement Couillard ait procédé à un remaniement cette semaine, c’est Jacques Daoust qui continuera à s’occuper du dossier, même s’il a perdu son poste de ministre de l’Économie. « Le dossier est fort avancé, c’est un dossier qui est complexe et quand il sera terminé, il sera terminé, tout simplement, a dit M. Daoust à la presse à Québec. C’est parce que le processus était en marche. »

10 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 30 janvier 2016 02 h 11

    Un coup de dés

    je ne comprends pas ce dossier, nos adversaires sont importants mais de la a rejeté l'avion le plus avancé pour son époque c'est autre choses, les intérêts financiers sont ils si importants qu'ils sont près a sacrifier un effort unique, peut etre bien, la vie n'est peut etre pas une affaire de mérites, mon père ne disait-il pas que quoique l'on fasse la vie est un coup de dés

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 31 janvier 2016 06 h 33

      Tout est calculé M. Paquette, tout !
      Il ne faut pas oublier ce qu'il a été dit cette semaine en ce qui concerne le pipeline et les maires de Montréal, nous sommes les "bâtards de l'est" qui ne méritent pas de péréquation.
      Nous sommes juste (le Québec) des payeurs d'impôts, de taxes (TPS), de cotisations d'assurance emploi, des procureurs au fond de retraite.pour une équivalence de 60 milliards par année.
      Nous sommes dans un pays qui ne favorise qu'une communauté. Lire le "Bashing" sur le Québec dans les quotidiens anglophones.

  • Normand Paradis - Abonné 30 janvier 2016 08 h 19

    Les meilleurs avions

    Les meilleurs avions de cette catégorie sur le marché doivent trouver un meilleur sort! Il me semble évident que Boing et Airbus s'entendent pour bloquer l'arrivée d'un nouveau concurrent dans le marché aéronautique des appareils de 100 sièges et plus. Ce carcan devra être brisé et nos institutions privés et publiques doivent y concourrir.

  • Colette Pagé - Inscrite 30 janvier 2016 10 h 00

    Chronique d'une mort annoncée ou remise sur les rails !

    Si la C-série est un flop, ce que personne ne souhaite, ne serait-il pas raisonnable que tant le Gouvernement que le ministre Daoust remettent leur démission.

    Investir 1,5 milliards dans un canard boiteux était un risque considérable.

    Risque également pris par la Caisse de dépôt à la suite, il faut le présumer, des pressions du Gouvernement.

    Dans le contexte d'une chute de la valeur de l'action il est prévisible que le Gouvernement fédéral retardera indéfiniment sa contribution financière.

  • Mathieu Bergeron-Legros - Abonné 30 janvier 2016 11 h 07

    Intervention fédérale nécessaire

    Il est primordial que le gouvernement fédéral intervienne. Dans un contexte économique où les gouvernements étrangers investissent dans leurs propres organisations aéronautiques, il est étrange que nous ne voulions pas faire de même. Chronique d'une mort annoncée car Bombardier a été abandonné.
    Des souvenirs de l'Avro Arrow peut-être?

    • André Tremblay - Abonné 30 janvier 2016 14 h 20

      Mais Trudeau n'investira rien car il s'agit dj Québec...

  • Claude Duguay - Abonné 31 janvier 2016 01 h 01

    C Series, un succès technique qui a besoin d'Ottawa

    L’obtention en décembre 2015 de l’homologation du CS100 par le ministère des transports du Canada, constitue pour BOMBARDIER un brillant succès au plan technique de cette innovation puisqu’après 3000 heures de vol, les performances vérifiées de l’appareil rencontrent ou même dépassent les objectifs visés.

    Toutefois, au plan financier, la C Series place BOMBARDIER dans une situation fort difficile puisque AIRBUS et BOEING ont «remotorisé» des modèles d’appareils déjà existants en utilisant le même moteur que celui du CS100 et elles offrent ces versions «remotorisées» à des prix nettement inférieurs à celui demandé pour le CS100 par BOMBARDIER. AIRBUS et BOEING veulent décourager BOMBARDIER ... en attendant de lui racheter la C Series à bon compte.


    Le Canada laissera-t-il ce succès technique passer À VIL PRIX aux mains d' un puissant investisseur étranger? Tous les pays qui ont une avionnerie importante la soutienne d'une manière ou d'une autre. Par exemple, l'IRAN vient de conclure avec la France un achat de 115 appareils, à L'ÉLYSÉE, en présence des présidents des deux pays.

    Claude Duguay, professeur retraité

    • Robert Beauchamp - Abonné 31 janvier 2016 15 h 43

      Et qu'en est-il de la famille Beaudoin qui refuse de se départir de ses actions votantes ce qui aurait permis d'effectuer une transaction avec Airbus? Veulent-il tout empocher ou couler avec le navire en nous faisant partager le risque?